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I. La Comprehension et la Pratique Methodistes
Perspectives historiques
86. Pour les méthodistes,
les agents de discernement ont été façonnés par les
origines historiques du mouvement dans l'Angleterre du dix-huitième
siècle. Ils ont hérité des doctrines et des structures de
base de l'Église chrétienne transmises par la Réforme
anglaise du seizième siècle. Ils croient que John Wesley et les
gens appelés méthodistes furent suscités par Dieu dans une
situation particulière pour une tâche particulière,
c'est-à-dire " pour réformer la nation,
particulièrement l'Église, et pour répandre la
sainteté scripturaire dans le pays ". Doctrinalement,
les premiers méthodistes adhéraient à l'enseignement de
l'Église d'Angleterre. Wesley faisait grand cas des formulaires
doctrinaux anglicans, spécialement des trente-neuf Articles de religion,
des homélies, et particulièrement du Livre de la Prière
commune. Pour les anglicans
de son temps, le Livre de la Prière commune demeurait le véhicule
de la foi de la Réforme dans l'existence quotidienne et hebdomadaire des
paroisses. Wesley fut fidèle à cette expression de la foi tout le
long de son ministère. Il y ajouta sa lecture des anciens Pères
de l'Église.
87. Du point de vue de l'organisation, les
méthodistes croient que le Saint-Esprit guidait activement le
développement du mouvement méthodiste. La plupart des traits de
la pratique méthodiste ne furent pas prévus d'avance mais
découverts comme des moyens providentiels d'accomplir la mission. "
'Le méthodisme est venu du ciel, selon les besoins, pièce par
pièce', s'écriait un des Prédicateurs en 1836, avec une
exubérance excessive mais pardonnable ". Charles Wesley trouvait là
un clair parallèle avec l'Exode :
Capitaine de l'armée d'Israël,
et guide de tous ceux qui cherchent la terre là-haut …
Conduits pas ton Esprit qui ne peut errer,
nous ne nous égarerons pas dans le désert ;
nous ne nous inquiéterons pas de la bonne direction
et ne perdrons pas notre route providentielle ;
aussi loin du danger que de la peur,
car l'amour, l'amour tout-puissant, est avec nous.
88. Les premiers méthodistes comprenaient leur
mouvement comme un réveil du christianisme authentique. Ils cherchaient
à apporter à nouveau la vérité de l'Évangile
à l'esprit des gens et à partager l'amour de Dieu qui change la
vie avec ceux qui ne le connaissaient pas dans leur cœur. Pour eux, la
vérité de l'Évangile était le message de l'amour de
Dieu pour tous et du commandement divin d'aimer Dieu et le prochain en retour.
Leur ministère était prophétique, annonçant le
salut, individuel et social, à leurs contemporains.
89. Étant donné la situation dans
l'Angleterre du dix-huitième siècle, certains thèmes
avaient besoin d'être mis en relief. En particulier, Wesley centrait sa
prédication et son enseignement surtout sur les doctrines ayant plus
directement trait au salut : le péché originel, la justification
et la sanctification. Il y
voyait " la teneur générale de l'Écriture "
qu'il comprenait comme étant l' " analogie de la foi ",
c'est-à-dire le sens de tout le message de l'Écriture qui sert de
clé pour interpréter les différents passages. Vu le niveau
relativement bas de la vie spirituelle en Angleterre, de son temps, et les
difficultés qu'avait l'Église à toucher de nouvelles
couches de la population, cet accent sur la sotériologie était la
meilleure façon de remplir la mission qui lui avait été
proposée. Il considérait cependant ses sociétés
comme existant au sein de l'Église d'Angleterre. Son héritage
anglican, y compris l'acceptation des Symboles anciens et l'étude des
sources patristiques, le reliait à l'Église universelle. À
plusieurs reprises il a indiqué que le méthodisme n'était
nullement une nouveauté ; il était plutôt " la vieille
religion, la religion de la Bible, la religion de l'Église primitive, la
religion de l'Église d'Angleterre ". Dans ses publications il
cherchait à instruire ses prédicateurs et bien sûr tout le
peuple méthodiste de ce que l'ensemble de la foi chrétienne avait
à offrir. Les cinquante volumes de sa Bibliothèque
chrétienne comprennent des auteurs de l'Église ancienne, du
catholicisme ultérieur, de la Réforme, des non-conformistes
puritains et des théologiens anglicans. Les hymnes de son frère,
Charles Wesley, étaient un puissant véhicule pour instruire le
peuple de la foi chrétienne.
90. Le but était de
diffuser la sainteté scripturaire, et cette mission conduisait au
recrutement de prédicateurs laïcs et ordonnés. Souvent, face
à l'opposition officielle et à la risée populaire, ils voyageaient
beaucoup, prêchant l'Évangile aux déshérités,
regroupant les gens en sociétés et exerçant sur eux une
sollicitude pastorale. Les prédicateurs
s'assemblèrent pour la première fois en Conférence en
1744, dans le but de guider le réveil. Des précédents
existaient dans l'Église d'Angleterre. Par exemple, d'autres
sociétés privées se développaient, qui gouvernaient
leur action par des réunions de leurs dirigeants et, au niveau le plus
officiel, la constitution de l'Église d'Angleterre autorisait les Convocations
du clergé. Une
approche conciliaire du discernement de la volonté de Dieu pour leur
mouvement leur apparaissait ainsi la meilleure façon de
procéder.
91. Pour les premiers méthodistes, la
Conférence illustrait le caractère social du christianisme. Elle
avait plusieurs fonctions. Premièrement, elle déterminait la
doctrine pratique des prédicateurs méthodistes(" que
prêcher " ). Deuxièmement, elle était un lieu d'éducation
et d'encouragement (" comment prêcher ") Troisièmement,
elle supervisait la mission de l'Église et le déploiement des
ministres (" que faire "). Quatrièmement, elle était
une occasion de faire rendre compte aux prédicateurs de leur
prédication et de leur manière de vivre. Bien qu'il soit exact
que Wesley avait le contrôle final des décisions de la
Conférence, les débats avaient sur lui une certaine influence. Pour l'Angleterre et l'Irlande, la
décision fut prise en 1784 que la Conférence continuerait
d'exister après la mort de Wesley. Un acte légal fut établi
pour assurer la continuation collégiale du méthodisme. La
Conférence fut considérée de ce fait comme " le
Wesley vivant ". Ainsi, la détermination de la doctrine, le
maintien de la discipline et l'affectation des prédicateurs pour le bien
de la mission furent rattachés à la Conférence.
92. La situation
américaine était quelque peu différente. Vu
l'indépendance politique et le grand besoin de soin pastoral, Wesley
prit des mesures pour munir le méthodisme américain d'une
liturgie, d'un ministère ordonné et d'une direction
générale. Les Américains acceptèrent cette
dernière, à la condition que la Conférence des
prédicateurs élirait des surintendants, bientôt
appelés évêques dans l'Église épiscopale
méthodiste. La Conférence exerçait l'autorité en
matière de décisions doctrinales, les évêques
étaient ses dirigeants et avaient seuls autorité pour
l'affectation des prédicateurs.
93. A partir de 1816, les
évêques eurent la responsabilité de superviser les
études, le programme de formation des prédicateurs. Les
évêques eux-mêmes étaient itinérants, comme
ils le disaient dans leurs notes au Livre de Discipline de 1798 : " Notre
grand plan, en toutes ses parties, mène à un ministère
itinérant. Nos évêques sont des évêques
voyageurs. Tous les ordres divers qui composent nos
Conférences sont employés sur le mode des tournées. Nous
gardons autant que possible tout en mouvement ". De bien des manières ils exerçaient
une autorité doctrinale informelle. Francis
Asbury et Thomas Coke fonctionnaient comme enseignants de l'Église par
leur prédication et leur édition des Doctrines et de la
Discipline. Néanmoins,
l'autorité finale en matière doctrinale reposait dans ce qui est
devenu la Conférence générale. En 1830 un groupe de
laïcs et de ministres ordonnés méthodistes formèrent
l'Église Protestante Méthodiste et ajoutèrent pour la
première fois un nombre égal de laïcs à la
Conférence. D'autres branches ajoutèrent
ultérieurement une représentation laïque significative, et
la pratique est maintenant universelle.
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