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Les évêques
101. Parmi les divers
ministères et charismes à l'œuvre dans l'Église
depuis les temps les plus reculés, le service primordial est depuis le
début celui de l'évêque. Les
catholiques conçoivent le collège des évêques comme
continuant la sollicitude des apôtres pour toutes les Églises. Les
évêques, assistés par les presbytres et les diacres, sont
appelés à conduire à la sainteté, en servant
l'unité de l'Église avec le Christ par la parole et le sacrement.
Le Deuxième Concile du
Vatican a enseigné que la plénitude du sacrement de l'ordre est
donné à l'épiscopat par l'ordination. Au cœur du
ministère de l'évêque est le service pastoral de
l'unité de l'Église dans l'amour et la vérité. Afin
d'être d'efficaces instruments de ce service, les évêques
doivent avoir l'autorité indispensable pour assurer l'unité qui
est si essentielle à la vie et à la mission de
l'Église.
102. L'unité dans l'amour
et l'unité dans la vérité ne vont pas l'une sans l'autre,
et il en est de même de la direction pastorale et de l'autorité doctrinale,
centrées toutes deux avant tout sur la célébration de
l'eucharistie. Les communautés apostoliques ont besoin de personnes qui
proclament l'Évangile avec autorité, sous l'autorité du
Christ lui-même. Il y a " une interdépendance dans la
communion entre l'instinct spirituel de tout le corps des fidèles et
ceux qui ont pouvoir de poser des actes normatifs de discernement de ce qui est
ou non fidèle à la tradition chrétienne ". C'est
là le rôle doctrinal spécifique des évêques
dans l'Église : " La charge d'interpréter de façon
authentique la Parole de Dieu écrite ou transmise a été
confiée au seul magistère vivant de l'Église, dont
l'autorité s'exerce au nom de Jésus-Christ ".
103. La fonction doctrinale
(magisterium) de l'Église n'est pas au-dessus de la Parole de Dieu mais
elle la sert, n'enseignant que ce qui a été reçu. Comme
maîtres, les évêques doivent d'abord écouter la
Parole, puis la méditer dans leur coeur avec crainte devant le mystère
de la révélation divine, et ensuite l'exposer avec fidélité.
104. Les évêques
sont des membres du peuple fidèle chargés d'un service
spécial au nom du Christ. L'Église est une communauté sous
l'autorité du Christ ressuscité. C'est le Christ qui est le chef
de l'Église, exerçant une épiscopè invisible sur sa
foi et sa vie, son culte et sa mission (cf.1 P 2, 25).
105. Les catholiques comprennent que la direction invisible
du Christ comme pasteur et maître s'exerce de multiples manières,
et spécialement par le collège des évêques. Les
évêques sont signes et instruments du Christ en tant que
tête et pasteur de son Église, et ils participent ainsi de
l'autorité par laquelle le Christ lui-même édifie, instruit
et sanctifie son Corps. Cette compréhension du ministère des
évêques est essentielle à une présentation catholique
de leur autorité doctrinale, exercée au nom du Christ, mais
toujours comme service de la communion des Églises dans l'amour et dans
la vérité.
106. La proclamation de
l'Évangile est le premier des devoirs de l'évêque. Les
évêques sont des hérauts de la foi et des maîtres qui
participent de l'autorité du Christ. Le Christ veut lui-même
travailler par eux pour préserver l'Église
indéfectiblement dans la vérité. Il y a de nombreuses
manières pour un évêque d'enseigner avec autorité :
par des lettres pastorales à son diocèse ; dans des
rassemblements diocésains ; en s'impliquant dans des assemblées
et des commissions nationales et internationales ; par des homélies dans
sa cathédrale ou dans les paroisses ; en célébrant
l'eucharistie qui est la source de la 'sainte communion' des Églises en
Christ. L'évêque enseigne l'Église
locale et, avec ses frères évêques, l'Église
universelle. Il annonce avec
autorité une foi qui est déjà vécue dans
l'Église qu'il sert. Avec amour il prête l'oreille et parle
à l'Église qui est menée par l'Esprit de
vérité. L'enseignement de chaque évêque n'est pas en
soi garanti contre toute erreur par le Saint-Esprit ; il y a eu et il peut y
avoir des évêques dont l'enseignement et la vie sont contraires
à l'Évangile qui leur est confié. L'enseignement d'un
évêque est toujours plus fructueux quand il dit la
vérité dans l'amour, témoignant de cette
vérité non seulement par ses paroles mais aussi par une vie de
sainteté.
107. L'autorité d'un
évêque comme premier pasteur et maître d'un diocèse
est territoriale et personnelle. Son autorité territoriale
s'étend dans le diocèse à tous les baptisés. Son
autorité personnelle implique une attention particulière aux
prêtres et aux diacres, spécialement ceux de son clergé
diocésain, ainsi qu'aux communautés religieuses présentes
dans le diocèse. Dans les deux cas, l'exercice de la
responsabilité épiscopale requiert de fréquentes
consultations des prêtres et des fidèles. Chaque diocèse a
le devoir de créer de telles structures de consultation. D'une part, les
prêtres et les diacres autorisés par un évêque
participent au ministère liturgique, doctrinal et pastoral, et les
prêtres doivent être consultés au moyen du conseil
presbytéral. D'autre part, les laïcs collaborent aussi avec les
évêques et les prêtres dans l'exercice du ministère
liturgique, doctrinal et pastoral, et on les consulte de bien des
manières, notamment dans les conseils paroissiaux ou pastoraux et les
synodes diocésains. Les laïcs ont des responsabilités
spécifiques dans la catéchèse, l'éducation et la
communication, dans le dialogue œcuménique et interreligieux et
dans le rayonnement missionnaire de l'Église. De cette manière et de bien d'autres ils
contribuent au ministère d'enseignement de l'Église.
108. Par sa nature même
comme service de la communion de l'Église, le ministère de
l'évêque ne peut être exercé qu'en communion avec ses
collègues dans l'épiscopat. L'évêque ne peut
enseigner et diriger avec autorité que s'il est en communion d'esprit et
de cœur avec les évêques du monde entier et de tous les
siècles. L'unité catholique des évêques avec la foi
de l'Église depuis les apôtres est exprimée par
l'ordination dans la succession apostolique : le collège des évêques
aujourd'hui, en continuité avec le collège des apôtres,
reçoit de nouveaux membres par la prière et l'imposition des
mains. Une manière de signifier cela est qu'ordinairement la
participation d'au moins trois évêques est requise pour
l'ordination d'un autre évêque. L'unité catholique des
évêques avec l'Église universelle aujourd'hui est
exprimée et servie par leur communion vivante avec l'évêque
de Rome. Unis à lui, les évêques ensemble sont
l'autorité suprême dans l'Église. Leur service doctrinal
normatif est exercé surtout dans un concile œcuménique. Ils
peuvent aussi enseigner dans d'autres rencontres (par ex. le synode des
évêques, les conférences épiscopales et les synodes
des Églises catholiques orientales), et chacun enseigne dans son
diocèse.
109. Lorsque les
évêques exercent leur suprême autorité doctrinale, le
Saint-Esprit guide et protège leur discernement et leur annonce de la
vérité de l'Évangile. Les successeurs des apôtres
ont reçu du Seigneur le don spirituel de proclamer avec autorité
la vraie foi. C'est là un don (charisme) du Seigneur, et comme tous les
charismata (cf. 1 Co 12-13) il doit être exercé dans l'amour. Le
charisme sûr de vérité est donné à tous les
évêques dans la succession apostolique, non pour
révéler de nouvelles doctrines mais pour assurer la
fidélité de l'Église à la Parole de Dieu.
110. Dans un concile
œcuménique, les évêques, en communion avec
l'Évêque de Rome, peuvent définir solennellement une
doctrine en matière de foi ou de mœurs. Les catholiques croient
qu'en cela les évêques sont préservés de toute
erreur par le Saint-Esprit, de sorte que " tout le troupeau du Christ soit
préservé et progresse dans l'unité de la foi ". Cette
préservation de l'erreur est ce que l'on entend par l' "
infaillibilité " de leur proclamation doctrinale. Dans les
définitions doctrinales la vérité de foi est infaillible,
mais cela ne veut pas dire que la façon dont ces définitions sont
formulées, promulguées ou présentées, ne pourrait
pas être améliorée. Dans une
tradition vivante il y a toujours place pour d'autres réflexions
théologiques et explorations doctrinales. Cela fait partie du processus
de réception de l'enseignement et de son appropriation dans la vie de
foi de la communauté. Une doctrine ne peut être définie que si elle est en harmonie
avec les autres doctrines. De telles déclarations n'ajoutent pas
à la vérité de l'Évangile, mais servent à
clarifier la compréhension qu'en a progressivement l'Église, et
aide à discerner ce qui est ou non en conformité avec la
tradition apostolique. Les définitions doctrinales visent à
éclairer et à rendre sûr le chemin de la foi. Les
évêques enseignent aussi la vérité de
l'Évangile infailliblement lorsque, même étant
dispersés à travers le monde, mais maintenant leur communion
entre eux et avec l'évêque de Rome, ils sont unanimes dans leur
enseignement normatif d'une matière de foi qu'il faut tenir
définitivement .
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