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Moyens de grâce
52. " Le Verbe s'est fait chair et il a habité
parmi nous " (Jn 1, 14). Le Fils de Dieu est entré dans l'histoire
humaine comme l'un de nous, prenant sur lui la vie et la souffrance humaines.
Sur le modèle de l'incarnation, Dieu continue de rendre visible
l'Invisible, et il appelle les hommes et les femmes à être les
signes et les canaux de la présence divine. Un point vital d'accord
entre les méthodistes et les catholiques romains est le besoin d'une
participation libre et active, par la grâce, à l'œuvre de
salut de Dieu. " En appelant les disciples et en donnant le Saint-Esprit,
Dieu s'est engagé à œuvrer avec son peuple (2 Co 1, 5-7 ; 6,
1). Les premiers chrétiens savaient qu'ils étaient appelés
à participer à la mission de Dieu et à proclamer le
règne de Dieu comme Jésus l'avait fait (Lc 10, 9 ; 11 ; Jn 20,
20-3). La vocation de
l'Église reste la même ". Ceci est vrai non seulement de
l'action de Dieu par l'Église pour le salut de toute l'humanité,
mais aussi au sein de la communauté de l'Église. Dieu choisit
d'œuvrer avec, dans et par divers ministres et leurs ministères.
Les croyants deviennent coopérateurs de Dieu (cf. 1 Co 3, 9),
travaillant avec Dieu et Dieu travaillant en eux (cf. 2 Co 6, 1). En tout ceci
ils s'appuient sur la primauté de grâce de Dieu, par-dessus qui
l'emporte sur toutes les faiblesses et limitations humaines, et sur la
présence invisible, active et puissante du Saint-Esprit qui souffle
où il veut.
53. Les méthodistes et les catholiques romains sont
d'accord que Dieu se sert de moyens de grâce qui sont des canaux fiables.
Dans ce contexte, la Commission mixte a reconnu le besoin d'explorer ensemble
plus profondément la signification de " sacrement ". Son
rapport précédent, Vers une déclaration sur
l'Église, commença à le faire, spécialement en
référence au baptême et à l'eucharistie. Les
sacrements sont " des signes extérieurs de la grâce
intérieure, ils consistent en des actions et des paroles par lesquelles
Dieu rencontre son peuple ". Ces actions de l'Église que nous
appelons sacrements sont des signes efficaces de la grâce car ils ne sont
pas des actes simplement humains. Par la puissance du Saint-Esprit ils
apportent dans nos vies l'action vivifiante et jusqu'au don de soi du Christ
lui-même. C'est l'action du Christ qui est incarnée et rendue
manifeste dans les actions de l'Église qui, avec la réponse de
foi, reviennent à une rencontre réelle avec Jésus
ressuscité. À
la fin de La Tradition apostolique, réfléchissant sur le
ministère ordonné, la Commission a également marqué
le besoin " d'une réflexion commune plus profonde sur la nature du
sacrement ".
54. Dans La Parole de vie la
discussion sur la vie sacramentelle part du Christ lui-même en tant que
" sacrement primordial ", " à la fois signe de notre
salut et instrument par lequel il se réalise ". En tant
qu'incorporée au Christ, " l'Église peut être
conçue analogiquement en termes de sacrement ". Le texte Vers une
déclaration sur l'Église décrivait déjà
l'Église comme " rendue apte à servir comme signe, sacrement
et prémisse du Royaume de Dieu dans le temps entre les temps ", et
affirmait également que " le Christ opère par son
Église ". Le Mystère du Verbe fait chair et le
mystère sacramentel de l'Eucharistie orientent sur une vue de
l'Église basée sur l'idée sacramentelle,
c'est-à-dire que l'Église tire sa forme de l'Incarnation dont
elle a son origine et de l'action eucharistique par laquelle sa vie est
constamment renouvelée. La mission de l'Église n'est " rien
d'autre qu'une participation à la mission continuée du Fils et du
Saint-Esprit exprimant l'amour du Père pour toute l'humanité
" ; " pareille participation à la mission du Christ n'est
possible que par l'effusion du Saint-Esprit ".
55. Les sacrements sont considérés comme des
cas particuliers de la révélation du mystère divin. Ils
" découlent de la nature sacramentelle de l 'auto-communication de
Dieu aux hommes en Christ. Ils sont des manières spécifiques pour
Jésus ressuscité de réaliser parmi nous, par la puissance
du Saint-Esprit, sa présence salutaire et son action efficace ". Le
Christ s'adressait lui-même en signes, en actions et en paroles à
ceux qui venaient à lui dans la foi : " Après la passion, la
mort et la résurrection du Christ, le Sauveur continue ses paroles et
ses actions parmi nous au moyen des signes sacramentels ". Les catholiques
romains tiennent sept rites, notamment l'ordination, pour des sacrements au
sens strict, tout en considérant le baptême et l'eucharistie comme
fondamentaux. Les méthodistes n'attribuent une réalité
pleinement sacramentelle qu'au baptême et à l'eucharistie (en tant
qu'institués directement par le Christ), mais ils tiennent
également d'autres pratiques pour des " moyens de grâce
".
56. Les catholiques distinguent aussi les 'sacrements' des
autres moyens de grâce. Un sacrement est un moyen de grâce garanti,
enraciné dans l'engagement de Dieu à être avec son peuple.
Le Christ s'engage librement à être présent avec puissance
à travers ces signes, quoique nous ne grandissions en sainteté
qu'en lui répondant avec une foi active dans l'amour. Le Christ s'engage
à travailler sous ces modes particuliers afin que tous puissent
bénéficier de son amour fidèle. Les catholiques
comprennent cet engagement du Seigneur ressuscité à être présent
dans les sacrements comme l'accomplissement pratique de sa promesse
d'être avec son Église jusqu'à la fin des temps (cf. Mt 28,
20). La confiance dans la présence et l'action du Christ dans les
sacrements se fonde sur la fidélité de Dieu au peuple qu'il a choisi.
Les catholiques croient que Dieu se sert aussi d'autres rites et d'autres
formes de ministère comme moyens de grâce, même s'ils ne les
considèrent pas comme des sacrements.
57. Dans ce contexte les catholiques distinguent les
sacrements des " sacramentaux ". Au sens strict, les sacramentaux sont
des signes institués par l'Église et enracinés dans le
sacerdoce baptismal de tous les croyants. Ils incluent toujours une
prière, accompagnée souvent d'un geste tel que l'imposition des
mains, le signe de la croix ou l'aspersion d'eau bénite. Les sacramentaux
ne confèrent pas la grâce du Saint-Esprit de la même
manière que les sacrements, mais par la prière de l'Église
leur but est d'aider à préparer les croyants à recevoir le
libre don de la grâce de Dieu et à y coopérer. Les
sacramentaux incluent des bénédictions de personnes et de choses.
Certaines bénédictions consacrent des personnes à Dieu
d'une manière spéciale ou mettent à part des objets et des
lieux pour l'usage religieux. " Toute personne baptisée est
appelée à être 'une bénédiction' et à
bénir ".
58. Les méthodistes ne reconnaissent que le
baptême et la Cène comme sacrements directement institués
par le Christ, mais ils voient dans d'autres pratiques de la vie
chrétienne des " moyens de grâce institués ".
John Wesley parlait de " canaux ordinaires " par lesquels Dieu fait
passer la grâce. Il utilisait des passages de l'Écriture pour
montrer que le Christ a commandé que tous les chrétiens se
servent de ces moyens, promettant par là même que la grâce
serait donnée par eux. De tels moyens 'institués' incluent la
prière, l'étude des Écritures, le jeûne et les
œuvres de miséricorde. Par 'œuvres de miséricorde' on
entend la pratique de faire le bien physique et moral du prochain par des actions
telles que nourrir les affamés, vêtir ceux qui sont nus, visiter
les prisonniers, instruire et exhorter ceux qui cherchent Dieu. C'est ainsi que
tous ces gestes sont des moyens de grâce institués, avec le
baptême et la Cène.
59. Les méthodistes reconnaissent également
que d'autres pratiques peuvent être des canaux effectifs de la
grâce de Dieu si elles sont conformes à l'Écriture, et si
on y fait l'expérience de la rencontre du Christ. John Wesley enseignait
que nous pouvons croire que l'on trouve normalement la grâce de Dieu de
cette manière. Ce sont alors des " moyens prudentiels de
grâce ". La célébration de la foi par des hymnes et la
" conférence chrétienne " sont deux de ces pratiques
qui ont caractérisé la vie ecclésiale du méthodisme
depuis le début. Par 'conférence chrétienne', les
méthodistes entendent non seulement les Conférences dans
lesquelles le clergé et les laïcs discernent la volonté de
Dieu et prennent des décisions concernant la doctrine et la discipline,
mais aussi d'autres occasions où ils s'assemblent pour le discernement
personnel et pour veiller les uns sur les autres dans l'amour. Les "
rencontres de classes ", les écoles du dimanche, les rassemblements
de jeunes sont autant d'exemples de moyens prudentiels de grâce qui ne
s'imposent pas partout et toujours à tous les chrétiens. Une communauté
fidèle peut leur reconnaître ou non une efficacité, selon
les temps et les lieux. On peut, de plus, découvrir de nouveaux moyens
de grâce pour des contextes nouveaux dans la marche de
l'Église en obéissance fidèle à l'Esprit.
60. En réalité, les méthodistes
considèrent l'ordination, la prière pour la guérison, la
déclaration du pardon des péchés, le mariage et la
confirmation comme des moyens prudentiels de grâce ayant un statut
spécial au sein de cette catégorie plus vaste. Sans être
des sacrements comme le baptême et la Cène, ils n'en ont pas moins
une qualité sacramentelle. Ils sont distincts des autres moyens
prudentiels en ce qu'ils se fondent sur les pratiques de l'Église
apostolique attestée dans l'Écriture. Il y a donc lieu de leur donner une expression
liturgique dans la vie de la communauté de foi. Il
peut y avoir profit à creuser les ressemblances entre les
catégories catholiques de sacrements et de sacramentaux et les
catégories wesleyennes de moyens institués et prudentiels de
grâce.
61. Les méthodistes et les catholiques constatent
une convergence significative dans la compréhension des moyens de
grâce. Nous sommes d'accord que Dieu a promis d'être avec son
Église jusqu'à la fin des temps (cf. Mt 28, 20), et que tous les
moyens de grâce, qu'il s'agisse des sacrements ou des sacramentaux, des
moyens prudentiels ou institués de grâce, sont des canaux de la
fidélité de Dieu à sa promesse. Les méthodistes et
les catholiques enseignent que le baptême, la confirmation et
l'ordination sont des actes qu'on ne peut répéter, par lesquels
la grâce de Dieu parvient au bénéficiaire d'une
manière spéciale. Cependant, certaines de nos différences
persistantes se centrent sur la question de savoir si et comment un moyen de
grâce peut être " garanti " ou " fiable ". Les
catholiques demandent aux méthodistes comment et par quels
critères ils vérifient qu'un moyen particulier est un canal
fiable de la grâce de Dieu. Les méthodistes demandent aux
catholiques si l'idée d'une qualité assurée d'un sacrement
prend complètement en compte la faiblesse, les limitations et le
péché des êtres humains appelés à être
les agents de la grâce de Dieu. Nous avons besoin de développer
l'exploration commune de notre compréhension de la garantie ou de la
fiabilité de l'action de Dieu dans son Église par les moyens de
grâce. Ceci a une importante implication pour comprendre la
manière dont Dieu opère par les ministres ordonnés
lorsqu'ils ont à discerner et proclamer avec autorité la
vérité de l'Évangile.
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