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Conseil Pontifical "Justice et Paix"
Pour une meilleure répartition de la terre

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La condamnation des latifundia

32. Se basant sur le principe de la subordination de la propriété privée à la destination universelle des biens, la doctrine sociale de l'Eglise analyse les modalités d'exercice du droit de propriété de la terre comme espace cultivable et condamne le latifundium comme étant intrinsèquement illégitime.

Car la grande propriété terrienne est souvent mal cultivée ou, pire, tenue en réserve sans être cultivée pour des raisons dictées par la spéculation, alors qu'elle devrait augmenter la production agricole pour satisfaire la demande croissante de nourriture de la majeure partie de la population, dépourvue de terres cultivables ou disposant de terres trop limitées.

Pour la doctrine sociale de l'Eglise, le latifundium contraste nettement avec le principe selon lequel « la terre est donnée à tout le monde, et pas seulement aux riches », de sorte que « nul n'est fondé à réserver à son usage exclusif ce qui passe son besoin, quand les autres manquent du nécessaire ».(28)

De fait, le latifundium nie à une multitude de gens le droit de participer par leur travail au processus de production et de subvenir à leurs besoins, à ceux de leur famille et à ceux de la communauté et de la nation dont ils font partie.(29)

Les privilèges que procure le latifundium sont cause de contrastes scandaleux et de situations de dépendance et d'oppression, aussi bien à l'échelle nationale qu'internationale.

33. L'enseignement social de l'Eglise dénonce également les injustices insupportables provoquées par les formes d'appropriation indue de la terre de la part de propriétaires ou d'entreprises nationales et internationales, parfois même soutenues par des organismes de l'Etat, qui, foulant aux pieds tout droit acquis et bien souvent les droits légaux liés à la possession du sol, spolient les petits cultivateurs et les peuples indigènes de leurs terres.

Ce sont des formes d'appropriation particulièrement graves car non seulement elles accroissent l'inégalité au niveau de la répartition des biens de la terre, mais elles conduisent généralement à la destruction d'une partie de ces mêmes biens, appauvrissant ainsi l'humanité tout entière. Elles entraînent des modes d'exploitation de la terre qui brisent les équilibres entre l'homme et la nature édifiés au cours des siècles, ainsi qu'une forte dégradation de l'environnement.

Ceci doit apparaître comme le signe de la désobéissance de l'homme au commandement de Dieu de se comporter en gardien et en sage administrateur de la création (cf. Gn 2, 15; Sg 9, 2-3). Le prix de cette désobéissance coupable est très élevé. En effet, celle-ci est la cause d'une grave et vile forme de manque de solidarité entre les hommes car elle frappe les plus faibles et les générations à venir.(30)

34. A la condamnation du latifundium et de l'appropriation indue de la terre, contraires au principe de la destination universelle des biens, la doctrine sociale ajoute la condamnation des formes d'exploitation du travail, en particulièrement lorsque celui-ci est rémunéré par des salaires ou d'autres modalités qui sont indignes d'un homme.

Une rémunération injuste du travail accompli et d'autres formes d'exploitation nient aux travailleurs la possibilité de parcourir « la voie par laquelle la très grande majorité des hommes peut accéder concrètement aux biens qui sont destinés à l'usage commun, qu'il s'agisse des biens naturels ou des biens qui sont le fruit de la production ».(31)




28) Paul VI, Lettre Encyclique Populorum progressio, 1967, n. 23.



29) « La propriété des moyens de production, tant dans le domaine industriel qu'agricole, est juste et légitime, si elle permet un travail utile; au contraire, elle devient illégitime quand elle n'est pas valorisée ou quand elle sert à empêcher le travail des autres pour obtenir un gain qui ne provient pas du développement d'ensemble du travail et de la richesse sociale, mais plutôt de leur limitation, de l'exploitation illicite, de la spéculation et de la rupture de la solidarité dans le monde du travail. Ce type de propriété n'a aucune justification et constitue un abus devant Dieu et devant les hommes », Jean-Paul II, Lettre Encyclique Centesimus annus, 1991, n. 43.



30) La dégradation de l'environnement matériel conduit en substance à la dégradation du « cadre humain que l'homme ne maîtrise plus, créant ainsi pour le futur un environnement qui pourra lui être intolérable: problème social aux vastes dimensions qui concerne la famille humaine tout entière », Paul VI, Lettre Apostolique Octogesima adveniens, 1971, n. 21. A l'opposé, l'homme doit travailler en ayant conscience d'être « héritier du travail des générations qui l'ont précédé et en même temps co-artisan de l'avenir de ceux qui viendront après lui dans la suite de l'histoire », Jean-Paul II, Laborem exercens, op. cit., n. 1.



31) Jean-Paul II, Laborem exercens, op. cit., n. 19b.






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