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Quintus Septimius Florens Tertullianus
Apologétique

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PRÉFACE


- p122 -


A Berthe

L'ouvrage dont nous publions une traduction nouvelle, est, sans conteste, le chef-d'œuvre de l'apologétique chrétienne des premiers siècles de notre ère.

Son auteur, Quintus Septimius Florens Tertullianus, naquit à Carthage vers l'an 160 après J.-C. Il était fils d'un centurion proconsulaire, c'est-à-dire que son père commandait la garde militaire du gouverneur d'Afrique. Les écoles de Carthage étaient alors florissantes et Tertullien y reçut une forte éducation littéraire. Il étudia à fond les poètes grecs et latins, les philosophes et les historiens. II s'adonna particulièrement au droit romain et devint peut-être avocat ou rhéteur. On a supposé que les fragments empruntés par le Digeste à un jurisconsulte nommé Tertullianus sont de lui, mais on n'a pu le prouver. Si saint Jérôme et saint Vincent de Lérins, qui étaient mieux placés que nous pour en juger, parce qu'ils avaient sous les yeux toute la littérature antique, ne vantaient pas son érudition immense, il nous suffirait de lire ses ouvrages pour la constater.

Tertullien resta païen jusqu'à l'âge mûr et il avoue que sa jeunesse ne fut pas exempte de désordres. Nature ardente et fougueuse, il se plaisait aux spectacles grossiers et barbares de la scène, du cirque et de l'amphithéâtre. Païen passionné, il se moquait du christianisme, dont les adeptes s'étaient rapidement multipliés en Afrique. Après avoir ri des chrétiens qu'il voyait livrés au supplice, il fut frappé de leur héroïque


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constance ; il comprit que plus on les persécutait, plus leur nombre augmentait: Semen est sanguis christianorum! (ch. L). Quand il se mit à regarder de plus près la religion nouvelle, il y trouva une conception de la vie, qui dut séduire son âme noble et généreuse : « J'étais aveugle, dira-t-il plus tard, sans la lumière de Dieu, n'ayant pour guide que la nature » (De poenitentia,1).

Il se convertit quelques années avant l'an 197, car l'Apologétique, qui vit le jour cette année-là, n'est pas l'œuvre d'un nouveau converti. Sa parole éloquente dut le faire remarquer tout de suite dans la communauté de Carthage; il fut élu prêtre et il remplit ces fonctions jusque vers le milieu de sa vie, dit saint Jérôme. Son élection eut lieu vers l'an 200 ; car, en 197, dans sa lettre Aux Martyrs (ch. I) et dans ses deux Apologies, il parle encore en simple fidèle.

Sa renommée fut grande dans toutes les églises jusqu'à l'an 210, dit encore saint Jérôme. En effet, il mit son talent d'écrivain au service de la foi, qu'il défendit contre tous ses ennemis, les païens, les hérétiques et les juifs. Avec une grande audace, il lança deux brochures contre les païens (197), l'une adressée au public (Ad nationes), l'autre aux gouverneurs des provinces (Apologeticum). On ne sait comment il échappa aux persécuteurs. Aux hérétiques qui cherchaient à corrompre la foi chrétienne, il opposait l'argument de la «prescription » qu'il avait déjà touché dans l'Apologétique(ch. XLVII, 10) ; aux Juifs jaloux, il montrait (Ad Judaeos) que toutes les nations sont appelées aux bienfaits de la loi nouvelle. En même temps, le prêtre de Carthage écrivait une série de traités pour l'instruction des fidèles.

Saint Jérôme l'appelle un homme érudit et ardent, « d'une nature âpre et véhémente ». Et en effet il discute avec une impétuosité fougueuse; il manie souvent 


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l'ironie mordante ; c'était un batailleur autoritaire et intransigeant. Et ce fut la cause de sa perte.

La morale rigoureuse des montanistes le séduisit ; il passa au montanisme. Après avoir défendu l'Église, il se tourna contre elle, parce qu'il la trouvait trop indulgente, trop conciliatrice. Il était de ceux qui vont toujours jusqu'au bout de leurs idées. La rupture devint définitive en 213, dit saint Jérôme, et désormais aucun de ses nombreux écrits (il en reste 31) n'est exempt d'erreurs. Le dernier de ses ouvrages paraît avoir été le De Poenitentia, écrit pour railler l'indulgence du pape Calliste (217-222) dans son édit sur la pénitence. Saint Augustin rapporte que Tertullien finit par se brouiller avec les montanistes et qu'il fonda la secte des tertullianistes. Saint Jérôme nous apprend qu'il vécut jusqu'à un âge très avancé (usque ad decrepitam aetatem).

Comme caractère, Tertullien avait de grandes qualités, celles qui font l'homme d'action, l'homme de combat; il avait une âme ardente et généreuse. Mais il poussait ses qualités jusqu'à l'excès : sa nature hautaine, indocile, intransigeante le perdit.

Comme écrivain et comme polémiste, il est admirable, mais il n'est pas non plus sans défaut. Il disposait d'une vaste érudition, il connaissait tous les secrets du droit romain et de la rhétorique classique; il avait l'imagination vive et puissante des Africains. Tour à tour il parle en rhéteur, en avocat, en jurisconsulte et en théologien. Son talent présente un singulier contraste : son éloquence entraînante, chaude et vibrante, est faite de foi enthousiaste et de chicane, d'imagination et de pédantisme, de sincérité et de rhétorique, d'émotion et de satire. (Voy. Paul Monceaux, Hist. litt.  de l'Afrique chrétienne, 1, p. 190.)

L'Apologétique est le plus parfait et le plus éloquent ]


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de ses ouvrages : ses qualités d'écrivain et de polémiste s'y montrent dans tout leur éclat; ses défauts y sont moins sensibles.

Pour ne pas allonger cette notice, nous nous permettons de renvoyer ceux qui voudront étudier ce chef-d'œuvre de l'apologie chrétienne, à la belle étude de Paul Monceaux, que nous venons de citer, et au Tertullien de Mgr Freppel. Ils pourront d'ailleurs trouver un commentaire étendu et une bibliographie complète dans notre ouvrage : L'Apologétique de Tertullien. Traduction et commentaire (Louvain, Ch. Peeters, 1912). Sur la théologie de Tertullien, il faut consulter : Adhémar d'Alès, La Théologie de Tertullien(Paris, Beauchesne, 1905). La meilleure édition du texte est celle de G. Rauschen (Bonn, Hanstein, 1913).




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