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| Quintus Septimius Florens Tertullianus Apologétique IntraText CT - Lecture du Texte |
1. Les chrétiens sont donc les ennemis de l'État, parce qu'ils ne rendent pas aux empereurs des honneurs vains, mensongers et téméraires, parce que, adeptes de la vraie religion, ils célèbrent les fêtes des empereurs
dans leur for intérieur et non par des orgies. - 2. C'est un grandiose hommage, évidemment, que de dresser sur la place publique des fourneaux et des lits de table, de célébrer des festins dans tous les quartiers de la ville, de transformer la cité en taverne, de convertir en boue le vin et la poussière, de courir en bandes pour se livrer aux outrages, aux indécences et aux plaisirs de la débauche ! Est-ce que la joie publique se manifeste donc par la honte publique? Ce qui n'est pas décent aux autres jours de fête, est-il décent aux fêtes de l'empereur? - 3. Ceux qui observent la discipline par respect pour César, la négligent-ils maintenant à cause de lui ? Et le dévergondage sera-t-il de la piété, et une occasion de débauche passera-t-elle pour une fête religieuse? - 4. Oh! combien juste est notre condamnation! Pourquoi, en effet, nous acquittons-nous des vœux pour les Césars: et célébrons-nous leurs fêtes sans cesser d'être chastes, sobres et honnêtes ? Pourquoi, en un jour de joie, n'ombrageons-nous pas nos portes de lauriers et ne faisons-nous pas pâlir le jour à la lumière des lampes ? Rien de plus honnête, quand la solennité publique l'exige, que de donner à sa maison l'aspect de quelque nouveau lupanar !
5. Et pourtant, dans le culte que vous rendez à cette seconde majesté, qu'on nous accuse, nous autres chrétiens, d'offenser par un second sacrilège, en refusant de célébrer avec vous les fêtes des Césars d'une manière que ne permettent ni la modestie, ni la bienséance, ni la pudeur, mais que vous a conseillée la recherche du plaisir plutôt que la saine raison, dans ce culte, dis-je, je voudrais montrer jusqu'où vont votre bonne foi et votre sincérité, pour voir si, en ce point-ci encore, ceux qui nous dénient la qualité de Romains et nous traitent en ennemis des empereurs romains, ne seront pas trouvés pires que les chrétiens.
- 6. Je le demande aux Romains eux-mêmes, à la plèbe qui est née sur les sept collines : est-il un César que la langue des Romains épargne ? Témoin le Tibre et les écoles de bestiaires ! - 7. Et si la nature avait mis devant les cœurs une sorte de matière diaphane, qui laissât transparaître les pensées, quel est le Romain dans le cœur duquel on ne verrait pas gravée la scène d'un César succédant sans cesse à un autre César et présidant à la distribution du congiaire, et cela à l'heure même où l'on crie : « Que Jupiter prenne sur nos années pour ajouter aux tiennes ! » C'est un langage qu'un chrétien ne saurait tenir, de même qu'il ne sait pas souhaiter un nouvel empereur !
8. « C'est le peuple ! » diras-tu. C'est le peuple, soit, mais cependant ce sont là des Romains, et il n'y a pas d'accusateurs plus acharnés des chrétiens que la peuple. - Apparemment, les autres ordres de l'Etat sont sincèrement attachés au culte impérial à proportion de leur élévation : pas un souffle hostile ne vient du sénat lui-même, de l'ordre équestre, des camps, du palais même ! - 9. D'où sont donc sortis les Cassius, les Niger et les Albinus ? Et ceux qui attaquent un César au lieu dit « entre les deux lauriers » ? Et ceux qui, pour s'exercer à la palestre, lui serrent la gorge et l'étouffent ? Et ceux qui font irruption dans le palais, les armes à la main, plus audacieux que tous les Sigérius et tous les Parthénius ? Ils sont sortis des rangs des Romains, si je ne me trompe, c'est-à-dire des non-chrétiens. - 10. Et, ce qui est plus fort, jusqu'au moment même où éclata leur impiété, tous ces gens-là offraient des sacrifices pour le salut de l'empereur et juraient par son génie, autres en public et autres chez eux, et ne manquaient pas, j'en suis sûr, de donner le nom d'ennemis publics aux chrétiens.
11. Mais ceux-là mêmes qui aujourd'hui encore et
chaque jour se révèlent comme les complices ou les appuis d'un parti criminel, grappes qui restent à glaner après cette sorte de vendange de parricides, ne chargeaient-ils pas leurs portes des lauriers les plus frais et les plus touffus ? N'enfumaient-ils pas leurs vestibules des lampes les plus haut pendues et les plus brillantes ? Ne se partageaient-ils pas le forum pour y placer les lits les plus élégants et les plus superbes, et cela, non pas pour célébrer les joies publiques, mais pour apprendre, dans une fête célébrée en l'honneur d'un autre, à faire des vœux pour eux-mêmes, pour ne voir dans l'inauguration du prince, dont ils remplaçaient en secret le nom par un autre nom, qu'un modèle et une image d'une autre inauguration, objet de leurs espérances? - 12. Ils s'acquittent des mêmes devoirs envers l'empereur, ceux-là encore qui consultent les astrologues, les aruspices, les augures, les magiciens sur la vie des Césars ! Ce sont là des sciences inventées par les anges rebelles et interdites par Dieu, auxquelles les chrétiens ne recourent même pas, quand il s'agit de leurs propres intérêts. - 13. Qui donc a besoin de scruter la destinée de César, sinon celui qui médite ou souhaite quelque chose contre sa vie, qui espère ou attend quelque chose après sa mort? C'est avec des intentions différentes qu'on consulte l'avenir sur ses proches ou sur ses maîtres ; autre est la curiosité d'un parent inquiet, autre celle de l'esclave qui craint.