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| Quintus Septimius Florens Tertullianus Apologétique IntraText CT - Lecture du Texte |
1. Mais ce nom de factieux, il faut l'appliquer, au contraire, à ceux qui conspirent pour exciter la haine contre les gens honnêtes et vertueux, et qui réclament à grands cris le sang des innocents. Sans doute, pour justifier leur haine, ils allèguent, entre autres mensonges, qu'ils regardent les chrétiens comme la cause de tous les désastres publics, de tous les malheurs nationaux. - 2. Si le Tibre a débordé dans les murs, si le Nil n'a pas débordé dans les campagnes, si le ciel est resté immobile, si la terre a tremblé, si la famine ou la peste se sont déclarées, aussitôt on crie : « Les Chrétiens au lion ! » Eh quoi ! tant d'hommes à un seul lion ! 3. Je vous le demande : avant Tibère, c'est-à-dire avant l'avènement du Christ, combien de calamités ne désolèrent pas la terre et les cités ! Nous avons lu que les Iles d'Hiéra, et d'Anaphé, et de Délos, et de Rhodes, et de Cos, s'abîmèrent dans les flots avec des milliers de personnes! - 4. Platon raconte aussi qu'une terre plus vaste que l'Asie ou que l'Afrique fut détachée du continent par l'Océan Atlantique. Un tremblement de
terre mit aussi à sec le golfe de Corinthe et la violence des flots détacha la Lucanie de l'Italie et la mit à part sous le nom de Sicile. Assurément, tout cela n'a pu se produire sans dommage pour les habitants. - 5. Où étaient, je ne dirai pas les chrétiens, ces contempteurs de vos dieux, mais vos dieux eux-mêmes, au temps où le déluge détruisit la terre entière, ou seulement, comme l'a cru Platon, les plaines? - 6. Ils sont, en effet, postérieurs à ce déluge : c'est ce qu'attestent les villes mêmes où ils sont nés et où ils sont morts, qu'ils ont fondées ; car ces villes ne subsisteraient point aujourd'hui, si elles n'étaient pas, elles aussi, postérieures à cette catastrophe. - 7. La Palestine n'avait pas encore reçu l'essaim des Juifs venant d'Egypte et le peuple d'où est sortie la secte chrétienne ne s'était pas encore établi dans ce pays, lorsqu'une pluie de feu consuma les contrées voisines, celle de Sodome et de Gomorrhe. Le sol y exhale encore une odeur de feu et les rares fruits qu'y portent les arbres n'existent que pour les yeux ; car, au moindre contact, ils tombent en cendres. - 8. D'autre part, ni l'Etrurie ni la Campanie ne se plaignaient encore des chrétiens, lorsque la ville de Vulsinies fut détruite par le feu du ciel et Pompéi par celui de sa propre montagne. Personne n'adorait encore à Rome le vrai Dieu, lorsqu'Annibal, à la bataille de Cannes, mesurait au boisseau les anneaux romains et par là l'étendue de ses massacres. - 9. Tous vos dieux étaient adorés par tous, lorsque le Capitole lui-même fut pris par les Sénonais. Et il est heureux que, chaque fois que quelque malheur s'est abattu sur une ville, les temples aient subi le même désastre que les remparts, car cela me permettra de conclure que les malheurs ne viennent pas des dieux, puisqu'eux-mêmes en sont les victimes. 10. De tout temps, le genre humain a offensé Dieu. D'abord, il a été infidèle à ses devoirs envers lui ; car,
alors qu'il le comprenait en partie, non seulement il ne l'a pas cherché, mais encore il a inventé d'autres dieux pour les adorer. Ensuite, en ne cherchant pas le maître de l'innocence, le juge et le vengeur du crime, il est tombé dans toutes sortes de vices et de forfaits. - 11. Au contraire, s'il l'avait cherché, il l'aurait adoré, et s'il l'avait adoré, il aurait éprouvé les effets de sa clémence plutôt que de sa colère. Donc ce Dieu, que nous voyons irrité aujourd'hui, il faut bien se dire que c'est le même qui fut irrité dans le passé, avant que le nom des chrétiens fût connu. - 12. Le genre humain jouissait des bienfaits dont Dieu le comblait, avant qu'il eût inventé des dieux : pourquoi donc ne comprend-il pas que les calamités proviennent aussi de celui dont il n'a pas compris que venaient les bienfaits? Celui qui lui demande compte est celui qu'il a payé d'ingratitude.
13. Cependant, si nous comparons les catastrophes d'autrefois à celles d'aujourd'hui, nous verrons qu'il arrive des malheurs moins grands depuis que Dieu a donné des chrétiens au monde. Depuis ce temps, en effet, la vertu a balancé les iniquités du siècle, et il y a eu des intercesseurs auprès de Dieu. - 14. Enfin, quand une température estivale suspend les pluies de l'hiver et que la récolte de l'année est menacée, que faites-vous? Sans cesser de bien manger tous les jours, et toujours prêts à manger, pendant que les bains, les cabarets, les lieux de débauche sont en activité, vous décrétez des sacrifices à Jupiter pour obtenir la pluie, vous prescrivez au peuple des « nudipédales » ; vous cherchez le ciel au Capitole, vous attendez la pluie des plafonds de vos temples et vous détournez vos regards de Dieu lui-même et du ciel 1-15. Nous, au contraire, exténués par les jeûnes, mortifiés par toute espèce de continence, sevrés de toutes les jouissances de la vie,
nous roulant dans le cilice et sous la cendre, nous importunons le ciel par une ardente prière ; nous désarmons Dieu et, lorsque nous avons arrache sa miséricorde, c'est Jupiter qu'on honore !