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| Quintus Septimius Florens Tertullianus Apologétique IntraText CT - Lecture du Texte |
1. La vérité, ou je me trompe fort, est plus ancienne que tout le reste, et l'antiquité de la divine Ecriture, que j'ai établie plus haut, me vient à point ici, car elle vous fera admettre plus facilement que l'Ecriture est un trésor où a puisé toute la sagesse venue plus tard. Et si je ne voulais mettre des bornes à l'étendue de ce volume, je développerais aussi la preuve de cette assertion. - 2. Quel est le poète, quel est le sophiste qui ne se soit pas abreuvé du tout à la source des prophètes? C'est donc là que les philosophes ont étanché la soif de leur génie : ce qu'ils ont reçu de nos enseignements, voilà ce qui les rapproche des chrétiens. C'est aussi pour cela, j'imagine, que la philosophie fut bannie par certains Etats, je veux dire par les Thébains, par les Spartiates et par les Argiens. - 3. En s'efforçant d'atteindre à nos vérités, quand ces hommes, passionnés uniquement pour la gloire et pour l'éloquence, comme je l'ai dit, ont rencontré dans nos Livres saints quelque chose qui convenait à l'esprit curieux de chacun d'eux, ils l'ont accommodé à leurs propres systèmes ; mais ils n'étaient pas assez persuadés du caractère divin de nos Ecritures pour ne pas les altérer, et ils ne les comprenaient pas assez, parce qu'elles étaient alors encore un peu obscures, car elles étaient voilées d'ombre pour les Juifs eux-mêmes, dont elles paraissaient être la propriété. - 4. En effet, plus la vérité était simple, plus l'esprit subtil de ces hommes refusait d'y croire et chancelait, ce qui fait qu'ils ont rendu incertain même ce qu'ils avaient trouvé de certain.
5. Et en effet, ayant trouvé Dieu, sans plus, ils ne se sont pas bornés à l'enseigner tels qu'ils l'avaient trouvé, mais ils ont disputé sur son essence, sur sa nature, sur sa demeure. - 6. Les uns le prétendent incorporel, les autres corporel : tels sont les Platoniciens et les Stoïciens. Les uns le disent composé d'atomes, les autres de nombres : tels sont Epicure et Pythagore. Suivant un autre encore, il est composé de feu : c'est l'opinion d'Heraclite. Les Platoniciens le représentent s'occupant de toutes choses ; pour les Epicuriens, au contraire, il est oisif et inoccupé, il n'existe pas, pour m'exprimer de la sorte, pour les affaires humaines. - 7. Les Stoïciens déclarent qu'il est placé hors du monde, qu'il fait tourner cette masse gigantesque de l'extérieur, comme le potier tourne sa roue; pour les Platoniciens, il réside à l'intérieur du monde et, comme un pilote, il a son siège dans la machine qu'il conduit. - 8. Ainsi encore, le monde lui-même est-il né ou n'est-il pas né, aura-t-il une fin ou existera-t-il toujours ? Les opinions varient. On varie de même encore sur la nature de l'âme, que les uns prétendent divine et éternelle, les autres dissoluble. Au gré de son sentiment personnel, chacun a ajouté ou changé.
9. Et il ne faut pas s'étonner que nos vieux livres (l'Ancien Testament) aient été défigurés par les inventions des philosophes. En effet, certains hommes, sortis de leur semence, ont dénaturé par leurs opinions jusqu'à nos livres nouveaux (le Nouveau Testament), pour les adapter aux systèmes philosophiques : d'une seule route ils ont fait, en la divisant, une multitude de sentiers détournés et inextricables. Ceci, je ne l'insinue qu'en passant, de peur que la variété connue des sectes chrétiennes ne fournisse un nouveau prétexte de nous mettre sur le même pied que les philosophes, et de conclure de cette variété à la défaillance de la vérité.
- 10. Sans retard, nous opposons une fin de non-recevoir à ces falsificateurs sortis de nos rangs et nous leur disons que la seule règle de la foi est celle qui vient du Christ, transmise par ses propres disciples, auxquels il sera facile de prouver que tous ces novateurs sont postérieurs.
11. Tout ce qu'on a édifié contre la vérité a été édifié au moyen de la vérité elle-même et ce sont les esprits de l'erreur qui ont produit cette émulation. Ce sont eux qui ont préparé en secret les altérations de notre salutaire doctrine; ce sont eux encore qui ont fait circuler certaines fables, pour affaiblir par leur ressemblance la foi due à la vérité, ou pour attirer la foi à eux-mêmes. Leur but est de faire penser qu'il ne faut pas croire les chrétiens, par la raison qu'il ne faut pas croire non plus les poètes ni les philosophes ; ou bien qu'il faut croire plutôt les poètes et les philosophes, par la raison qu'il ne faut pas croire les chrétiens.
12. Ainsi, on se moque de nous quand nous prédisons le jugement de Dieu : en effet, les poètes et les philosophes mettent aussi un tribunal aux Enfers. Et si nous menaçons de la géhenne, qui est un trésor de feu mystérieux et souterrain, destiné au châtiment, on ricane de même : en effet, chez les morts, il y a aussi un fleuve appelé Pyriphlégeton. - 13. Et si nous nommons le paradis, lieu d'un charme divin, destiné à recevoir les âmes des justes, qu'une sorte de mur formé par la fameuse zone de feu sépare de la terre commune aux hommes, nous trouvons les Champs Élysées en possession de la croyance générale. Où, je vous prie, les philosophes et les poètes ont-ils pris ces choses si semblables aux nôtres? Nulle part ailleurs que dans nos mystères. - 14. Or, s'ils les ont prises dans nos mystères, parce que ceux-ci sont plus anciens, il en résulte que nos mystères sont plus
véridiques et plus croyables, puisque ce qui n'en est que la copie trouve même créance. S'ils les ont prises dans leur imagination, il en résultera que nos mystères seront la copie de choses qui sont venues après eux, ce qui est contraire à la nature, car jamais l'ombre n'existe avant le corps et jamais la copie de la vérité ne précède la vérité.