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| Quintus Septimius Florens Tertullianus Apologétique IntraText CT - Lecture du Texte |
1. Voilà les croyances que chez nous seuls on traite de « préjugés». Chez les philosophes et les poètes, ce sont des conquêtes d'une science sublime et d'un génie supérieur. Ils sont « sages » et nous sommes « ineptes ». A eux les honneurs, à nous la moquerie, non, plus que cela, le châtiment ! - 2. Mais soit, supposons que ces croyances que nous défendons ne soient que faussetés et qu'on les traite avec raison de « préjugés » : elles sont pourtant nécessaires ; qu'elles soient ineptes, elles sont pourtant utiles. En effet, ceux qui les admettent sont forcés de devenir meilleurs, par crainte d'un éternel supplice et par l'espérance d'un éternel bonheur. Il n'est donc pas bon de traiter de faussetés et d'inepties ce qu'il est bon de regarder comme vrai. Il n'est permis, à aucun titre, de condamner ce qui ne produit que du bien. - 3. C'est donc chez vous qu'il y a un préjugé, celui-là précisément qui condamne des choses utiles ; en conséquence, ces croyances ne peuvent pas être ineptes. En tout cas, même si elles sont fausses et ineptes, elles ne sont nuisibles pour personne. Car elles sont semblables à beaucoup d'autres croyances, contre lesquelles vous ne décrétez aucun châtiment, croyances vaines et fabuleuses, que personne n'accuse et ne punit, parce qu'elles sont inoffensives. - 4. Et en effet, quand il s'agit de pareilles choses, si tant est qu'il faille les condamner, c'est au ridicule qu'il faut les condamner, et non au glaive, au feu, à la croix et aux bêtes. C'est là une cruauté inique, qui ne remplit pas seulement de joie et d'arrogance cette aveugle populace, mais dont se vantent certains d'entre vous, qui
cherchent à gagner par cette iniquité la faveur populaire. 5. Comme si tout le pouvoir que vous avez sur nous ne dépendait pas entièrement de nous-mêmes ! Certes, je ne suis chrétien que si je le veux. Donc, tu ne me condamneras que si je veux être condamné. Puisque donc tu ne peux ce que tu peux contre moi, qu'autant que je le veuille, ce que tu peux dépend donc de ma volonté, et non de ta puissance. Elle est donc bien vaine, la joie que la populace éprouve de nous voir persécutés. - 6. C'est donc notre joie qu'elle revendique pour elle, puisque nous aimons mieux être condamnés que d'être infidèles à Dieu. Au contraire, ceux qui nous haïssent auraient dû s'affliger au lieu de se réjouir, puisque nous avons obtenu ce que nous avions choisi.