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| Quintus Septimius Florens Tertullianus Apologétique IntraText CT - Lecture du Texte |
PLAN DE L'APOLOGÉTIQUE
I. Introduction (ch. I à III).
Les trois premiers chapitres forment l'introduction, la préface, comme dit Tertullien (IV, 1 : quasi praefatus haec).
Après avoir dit qu'il prend la plume, parce qu'on ne permet pas aux chrétiens de parler en public pour se défendre (I, 1), il montre l'iniquité du traitement dont les chrétiens sont l'objet devant le tribunal du gouverneur
1° Il est inique de
condamner une cause sans l'instruire, de haïr ce qu'on ignore, ce qu'on veut
ignorer (I, 2-3).
2° Il est à la fois inique et absurde de poursuivre le seul nom de «
chrétien », sans dire et sans rechercher ce que ce nom contient de criminel
(II-III).
Tertullien réfutera les accusations qui ont rapport: 1° à la vie cachée des chrétiens (in occulto), 2° à leur vie publique (palam).
Ils ne sont pas :
1° scelesti: crimes
secrets (VII-IX);
2° vani : crime de sacrilège (X-XXVIII) ;
3° damnandi : crime de lèse-majesté, hostilité contre l'Empire et la
société (XXIX-XLV) ;
4° inridendi: la morale et les croyances chrétiennes (XLVI-L).
III. Prémunition (IV, 3 à VI).
Avant d'aborder son sujet, Tertullien veut prévenir une objection (3). On oppose aux chrétiens l'autorité de la loi, qui défend la religion chrétienne et qui dit nettement Non licet esse vos! (4). S'il existe une loi injuste portée contre les chrétiens, il faut l'abroger, car l'équité seule rend les lois respectables. Les Romains ont abrogé beaucoup d'autres lois, qu'ils ont fini par trouver iniques (IV, 5-10) ; la législation contre les chrétiens n'est pas seulement inique, mais absurde (11-fin). Ce qui prouve que ces lois sont injustes, c'est qu'elles n'ont jamais été exécutées que par les mauvais empereurs (V). D'ailleurs, les Romains eux-mêmes ont renoncé à beaucoup de leurs anciennes institutions (VI).
Sur la législation romaine d'après les chapitres IV-VI,
voy. C. Callewaert, Revue d'histoire ecclésiastique, t. II (1901), p. 777-80.
Transition et Division : Nunc enim ad illam occultorum facinorum infamiam respondebo, ut viam mihi ad manifestiora purgem (VI, 11).
Première partie
(VII-IX).
Crimes secrets reprochés aux chrétiens.
On leur reproche : 1° des infanticides; 2° des incestes après leurs banquets.
Réfutation générale (VII). On le dit, mais on ne le prouve pas (1-2); les chrétiens n'ont jamais été pris sur le fait (3-5). Où seraient les dénonciateurs (6-7)? Ce n'est qu'un bruit mensonger (8-13).
Réfutation particulière (VIII-IX).1° Ces accusations monstrueuses sont invraisemblables: appel à la nature (VIII). 2° Accusation rétorquée (IX, 3-18) : ce sont les païens qui commettent ces crimes. Les chrétiens s'en préservent par une vie pure (19-20).
Deuxième partie.
Actes publics des chrétiens.
Deux actes sont reprochés aux chrétiens: 1° deos non colitis, 2° pro imperatoribus sacrificia non penditis. C'est, en d'autres termes, le crime de sacrilège (sacrilegii rei) et celui de lèse-majesté (majestatis rei).I. Le sacrilège (X-XXVIII, 1-2).
A. DEOS NON COLITIS. Nous ne commettons pas de sacrilège en n'adorant pas vos dieux, parce que ce ne sont pas des dieux (X, 1-2). Tertullien s'attaque au principe même du polythéisme.
1. Les dieux sont des hommes divinisés (X et XI). Appel à la conscience des païens et à leur érudition.
a) Démonstration historique concernant Saturne, le plus ancien des dieux (X, 5-11).
b) Argumentation logique. Qui les aurait faits dieux? Sans doute, un dieu suprême (XI, 1-3). Mais ce dieu n'avait aucune raison de s'adjoindre des dieux inférieurs: 1° avant eux, ce dieu suprême gouvernait l'univers (4-6); 2° ils n'ont rien inventé d'utile aux hommes (7-9); 3° ils n'ont pas mérité par leur vie de devenir dieux, mais plutôt
d'être punis pour leurs crimes (10-14) ; 4° il y a une foule d'hommes qui l'auraient mieux mérité (15-16).
2. Comment sont fabriquées les statues et les images des dieux : ce ne sont pas là des dieux et l'on ne peut par conséquent les offenser (XII).
3. Comment les dieux sont traités par les païens eux-mêmes (XIII et XIV, 1).
4. Comment les poètes et les philosophes ont traité les dieux (XIV, 2-15).
B. LE CULTE DES CHRÉTIENS. a) Ce qu'il n'est pas. Les chrétiens n'adorent pas une tête d'âne, ni une croix, ni le soleil, ni un dieu hybride (XVI).
b) Ce qu'il est. 1. Le Dieu unique (XVII), révélé par les Ecritures (XVIII), qui sont plus anciennes que tous les livres des païens (X1 X), et dont l'autorité est établie, en outre, par les prophéties déjà réalisées (XX).
2. Nature, naissance, vie et miracles, passion, résurrection et ascension du Christ. Mission des apôtres (XXI).
3. Démonologie : existence et opérations des démons. Identité des dieux et des démons (XXII-XXIII).
C. LA LIBERTÉ RELIGIEUSE (XXIV). 1. Les dieux païens n'étant pas des dieux, les chrétiens ne se rendent pas coupables de sacrilège en refusant de les adorer; au contraire, les païens sont coupables d'impiété, eux qui refusent d'adorer le vrai Dieu (1-2).
2. Même si Dieu avait à son service des dieux inférieurs, c'est encore au Dieu suprême que reviendraient les suprêmes honneurs (3-5).
3. Mais qu'on laisse chacun libre d'adorer qui il veut supprimera liberté religieuse, voilà le vrai crime d'irréligion (6).
4. Cette liberté est accordée à tous (7-8), excepté aux chrétiens, à qui on refuse le droit commun (9-10).
D. L'ARGUMENT POLITIQUE : Ce ne sont pas les dieux qui ont fait la grandeur de Rome (XXV-XXVI).
Ce ne sont pas les dieux étrangers, évidemment (3-9), ni les dieux romains (7-9) qui donnent l'Empire. De qui l'auraient-ils reçu eux-mêmes? (10-11). Ils sont venus après l'accroissement de la puissance romaine (12-13). Enfin, ce n'est pas par leur pieté, mais par leur impiété que les Romains sont devenus grands (14-17).
Qui donc a donné le pouvoir successivement à tous les peuples, finalement aux Romains? C'est le seul vrai Dieu, de qui relèvent tous les empires (XXVI).
Conclusion générale des ch. X-XXVI : Puisque les dieux n'existent pas, les chrétiens ne se rendent pas coupables de sacrilège en leur refusant des honneurs qui ne vont qu'aux démons (XXVII, 1).
E. RÉFUTATION D'UNE OBJECTION. « Sacrifiez aux dieux, dit-on aux chrétiens, pour vous sauver et puis pensez ce que vous voulez » (XXVII-XXVIII,1-2).
1. Ce serait une trahison de notre foi, dit Tertullien, et c'est ce que le démon attend. Mourir pour notre foi, c'est le plus beau triomphe que nous puissions remporter sur l'esprit du mal (XXVII).
2. La religion est affaire de bonne volonté et n'admet pas la contrainte. Nouvelle revendication de la liberté religieuse (XXV1I1, 1-2).
II. Lèse-majesté (XXVIII, 3, à XLV).
Ce crime est plus grand aux yeux des Romains que le sacrilège : pour eux, la majesté Impériale est plus auguste que celle des dieux, parce qu'elle est plus redoutable (XXVIII, 3-4).
A. - Attitude des chrétiens envers l'empereur.
l° Les dieux ne peuvent rien pour l'empereur et ce n'est pas manquer à celui-ci que de ne pas sacrifier pour lui à des dieux impuissants (XXIX).
2° Les chrétiens invoquent, en faveur de l'empereur, le vrai Dieu, qui est tout-puissant (XXX) ; les Ecritures leur en font un devoir (XXXI).
3° Les chrétiens ne peuvent jurer par le génie de l'empereur, car le génie est un démon, mais ils peuvent jurer par le salut de l'empereur (XXVII).
4° Les chrétiens ne peuvent regarder l'empereur comme un dieu, mais ils lui donnent le premier rang après Dieu et ils respectent en lui le souverain choisi par Dieu (XXXIII).
5° Les chrétiens ne peuvent appeler l'empereur ni « seigneur et maître », ni «dieu » : ces appellations appartiennent à Dieu seul (XXXIV).
l° On ne peut pas accuser les chrétiens d'être les « ennemis de l'Etat », sous prétexte qu'ils ne prennent aucune part publique aux fêtes impériales (XXXV).
a) Ces fêtes sont une occasion de scandales (1-4).
b) Pour beaucoup, c'est une cérémonie hypocrite : au milieu de l'enthousiasme populaire, ils désirent ou trament la mort de l'empereur (5-13).
2° Les chrétiens veulent du bien à l'empereur comme à tous les hommes : c'est un devoir pour eux (XXXVI).
3° Malgré leur grand nombre, les chrétiens ne songent pas à se venger des persécutions qu'ils subissent (XXXVII, 1-4). Et cependant il leur serait si facile de se venger, soit par une révolte ouverte (4-5), soit par une sécession, qui serait désastreuse pour l'Empire (5-9).
4° Les chrétiens ne troublent pas l'Etat, parce qu'ils ne briguent pas les honneurs (XXXVIII, l-3). S'ils s'abstiennent des spectacles, c'est que ceux-ci font partie du culte païen : qu'on les laisse libres de chercher leur plaisir où ils veulent (4-5). Ici encore, il revendique le droit commun.
5° Les communautés chrétiennes sont inoffensives (XXXIX). Tertullien trace un admirable tableau de la vie des associations chrétiennes.
6° Les chrétiens ne sont pas la cause des calamités publiques (XLV). Au contraire, ce sont les païens qui les attirent sur l'Empire, en méprisant le vrai Dieu. Pourquoi ces calamités frappent les chrétiens comme les païens (XLVI).
7° Les chrétiens ne sont pas des membres inutiles de la société.
a) Ils s'occupent
des affaires humaines, en tant qu'elles ne sont pas contraires à la religion et
à la morale (XLII).
b) Ils ne sont inutiles qu'aux gens qui font un commerce infâme ou
criminel (XLVIII).
c) Il n'y a pas de chrétiens dans les prisons (XLIV).
d) Les chrétiens seuls s'abstiennent du mal. Pourquoi ? (XLV).
Conclusion : Ergo nos soli innocentes ! Les chrétiens, ces prétendus « ennemis publics », sont au fond les meilleurs citoyens, les plus fidèles sujets de l'empereur.
III. Les croyances des chrétiens (XLVIII-L).
Transition : Constitimus, ut opinor, adversus omnium criminum intentationem... ; ostendimus totum statum nostrum.
La défense entreprise par Tertullien est finie ; il a réfuté toutes les accusations portées contre les. chrétiens. C'était le but de cette apologie (απολογια, défense). Mais l'habile avocat a su faire entrer dans son plaidoyer une démonstration assez complète de la doctrine chrétienne (totum statum nostrum). C'est la partie dogmatique, qui est fondue dans la thèse juridique, car elle vient à l'appui de cette thèse. Tertullien n'a pas seulement voulu montrer que les chrétiens ne doivent pas être poursuivis pour des
crimes qu'ils ne commettent pas (apologie et thèse juridique) ; il a voulu faire voir aussi que le christianisme est la vérité (veritas nostra, XLVI, 2), et c'est sur la religion des chrétiens qu'il veut maintenant ajouter quelques éclaircissements dans cette troisième partie. P. Monceaux, 1, Histoire littéraire de l'Afrique chrétienne, p. 236-244.
A) LE CHRISTIANISME ET LA PHILOSOPHIE (XLVI-XLVI).
1) Le christianisme n'est pas une philosophie entre autres : c'est une affaire divine (XLVI. 2).
La doctrine des chrétiens comparée à celle des philosophes:
a) On traite les philosophes autrement que les chrétiens : pourquoi ? (3-6).
b) Les chrétiens seuls et jusqu'au moindre d'entre eux connaissent la vérité complète. Exemples (7-9).
d) Réponse à une objection (17-18).
2) Les vérités connues des philosophes et des poètes ont été puisées dans l'écriture, qui leur est antérieure et qu'ils ont souvent défigurée (XLVI, 1-8).
Les hérétiques ont défiguré de même 1e Nouveau Testament en mêlant à la vérité les théories des philosophes (9-10).
Les démons ont inspiré aux poètes et aux philosophes des fables qui ressemblent aux dogmes chrétiens, pour empêcher de croire ceux-ci. Exemples (11-14).
B) LA RÉSURRECTION DES CORPS ET LA VIE FUTURE. Preuves de cette croyance (XLVIII).
Elle est salutaire, car elle rend les hommes meilleurs et par conséquent elle n'est pas absurde. Elle est, en tout cas, inoffensive et il est injuste de la persécuter (XLIX).
LE MARTYRE CHRÉTIEN (L). Conclusion. - Le martyre c'est la victoire, parce qu'il conduit au but (1-2).
Héroïsme des martyrs chrétiens : ils meurent pour Dieu, comme tant de héros païens sont morts pour leur patrie : de là vient leur énergie, et non pas du désespoir ni du fanatisme (3-11).
Double effet du martyre: 1° il produit des conversions Semen est sanguis Christianorum (12-15) ; 2° il vaut au chrétien le pardon et la grâce de Dieu. C'est pourquoi le martyr remercie ses juges (16).
« Sur ce cri de triomphe se termine l'Apologétique. Ce plaidoyer, qui avait tourné vite au réquisitoire, puis au pamphlet, s'achève par un défi. On dirait que Tertullien, désespérant de convaincre la justice humaine, a voulu d'avance en appeler à la justice divine. » P. Monceaux, 1, p. 243-4.