| Index | Mots: Alphabétique - Fréquence - Inversions - Longueur - Statistiques | Aide | Bibliothèque IntraText |
| Quintus Septimius Florens Tertullianus Apologétique IntraText CT - Lecture du Texte |
1. Et précisément, après cette sorte d'introduction destinée à flétrir l'injustice de la haine publique dont nous sommes l'objet, je veux maintenant plaider la cause de notre innocence. Je ne réfuterai pas seulement les reproches qu'on nous fait, mais je les rétorquerai contre leurs auteurs, pour apprendre ainsi aux hommes qu'on ne trouve pas chez nous autres chrétiens ces crimes dont ils se savent eux-mêmes pertinemment coupables, et aussi pour qu'ils rougissent d'accuser, je ne dis pas des hommes irréprochables, étant eux-mêmes très mauvais, mais leurs pareils, à les entendre. - 2. Nous réfuterons, l'un après l'autre, les crimes qu'ils nous accusent de commettre en secret et ceux qu'on nous voit commettre en public, crimes pour lesquels on nous déclare ou criminels ou vains ou punissables ou ridicules.
3. Mais puisque, quand la vérité répond à tout par notre bouche, on lui oppose finalement l'autorité des lois, en disant ou bien qu'après les lois il n'y a plus
rien à examiner ou bien que, bon gré mal gré, la nécessité d'obéir (aux lois) est au-dessus de la vérité, je vais d'abord discuter ce qui regarde les lois, avec vous qui êtes les tuteurs des lois. - 4. Et d'abord, quand vous prononcez, suivant la loi, cet arrêt définitif : « Il n'est pas permis que vous existiez », et que vous nous opposez cette fin de non-recevoir sans aucune considération inspirée par l'humanité, vous faites profession de violence et d'une domination inique, pareille à celle d'un tyran commandant du haut de sa citadelle, si du moins vous prétendez que cela ne nous est pas permis parce que tel est votre bon plaisir, et non pas parce qu'en effet cela ne devait pas être permis. - 5. Que si vous ne voulez pas que cela soit permis, parce que cela ne doit pas être permis, je vous répondrai : sans aucun doute, ce qui est mauvais ne doit pas être permis, et l'on peut conclure de là, assurément, que ce qui est bien est permis. Si je découvre que ce que ta loi a défendu est bon, d'après le principe que je viens d'énoncer, n'est-il pas vrai qu'elle ne peut pas me défendre ce qu'elle me défendrait à bon droit si cela était mauvais? Si ta loi s'est trompée, c'est, je pense, qu'elle est l'œuvre d'un homme; et en effet, elle n'est pas tombée du ciel.
6. Est-il étonnant qu'un homme ait pu se tromper en établissant une loi, ou que, revenant à de meilleurs sentiments, il l'ait répudiée? Et en effet, les lois de Lycurgue lui-même ne furent-elles pas corrigées par les Lacédémoniens, et leur auteur n'en fut il pas affecté d'une si grande douleur qu'il se fit justice à lui-même en se laissant mourir d'inanition dans sa retraite? - 7. Et vous-mêmes, tous les jours, quand la lumière de l'expérience éclaire les ténèbres de l'antiquité, ne fouillez-vous pas et n'émondez-vous pas toute cette vieille et confuse forêt de vos lois, en y portant la hache des rescrits et des édits impériaux? 8. La loi Papia,
loi vaine et absurde, qui force de procréer des enfants avant le temps fixé pour le mariage par la loi Julia, malgré l'autorité que lui donnait sa vieillesse, n'a-t-elle pas été abrogée naguère par Sévère, le plus ferme des princes? Et puis encore, il existait des lois qui permettaient aux créanciers de couper en morceaux les (débiteurs) condamnés; d'un commun consentement, cette loi cruelle fut plus tard abolie. La peine de mort fut commuée en note d'infâmie : on eut recours à la confiscation des biens et l'on préféra faire monter le sang (le rouge de la honte) au visage du débiteur que de le répandre.
10. Combien de lois, qui passent inaperçues jusqu'ici, vous reste-t-il à réformer? Elles ne sont protégées ni parle nombre des années, ni par la dignité de leurs auteurs, mais par l'équité seule. Et voile. pourquoi, quand elles sont reconnues injustes, elles sont à bon droit condamnées, quand bien mêmes elles condamnent. - 11. Mais pourquoi dis-je « injustes » ? Bien plus, quand elles punissent un nom, il faut même les appeler « insensées » ; si ce sont des actes qu'elles condamnent, pourquoi punissent-elles nos actes à cause du nom seul, elles qui poursuivent, chez les autres, les crimes prouvés par le fait et non par le nom ? Je suis incestueux : pourquoi ne fait-on pas d'enquête? Ou infanticide : pourquoi ne m'arrache-t-on pas un aveu par la, torture? Ou je commets un crime envers les dieux, envers les Césars: pourquoi ne pas m'entendre, moi qui puis me justifier? - 12. Aucune loi ne défend d'examiner ce qu'elle interdit de commettre, parce que le juge n'est pas en droit de punir, s'il ne reconnaît qu'on a commis ce qui n'est pas permis, de même que le citoyen ne peut obéir fidèlement à la loi, s'il ignore ce que la loi punit. - 13. Il ne suffit pas que la loi seule ait conscience de sa justice; elle doit cette conscience à
ceux dont elle attend obéissance. Mais une loi est suspecte, qui ne veut pas être examinée ; elle est tyrannique, si elle s'impose sans être examinée.