| Index | Mots: Alphabétique - Fréquence - Inversions - Longueur - Statistiques | Aide | Bibliothèque IntraText |
| Quintus Septimius Florens Tertullianus Apologétique IntraText CT - Lecture du Texte |
1. Je voudrais maintenant que ces très religieux protecteurs et vengeurs des lois et des institutions nationales me répondissent au sujet de leur fidélité, de leur respect et de leur obéissance envers les sénatus-consultes de leurs pères: n'en ont-ils abandonné aucun, ne se sont-ils écartés d'aucun, n'ont-ils pas laissé
tomber dans l'oubli précisément les règles les plus nécessaires et les plus aptes à maintenir la discipline morale? - 2. Que sont donc devenues ces lois qui réprimaient le luxe et la brigue, qui défendaient de dépenser plus de cent as pour un repas, et de servir plus d'une volaille, encore ne devait-elle pas être engraissée ; ces lois qui exclurent du sénat un patricien, parce qu'il avait eu dix livres d'argent, comme si c'était une preuve éclatante de son ambition ; qui ordonnaient de démolir aussitôt les théâtres élevés pour corrompre les mœurs; qui ne permettaient pas qu'on usurpât sans droit et impunément les insignes des dignités et de la noble naissance? - 3. Je vois, en effet, que maintenant les repas méritent le nom de repas centenaires, parce qu'ils coûtent cent sesterces, et que l'argent des mines est converti en plats, je ne dis pas chez des sénateurs, mais chez des affranchis ou chez des gens qu'on déchire encore à coups de fouet. Je vois aussi qu'un seul théâtre par ville ne suffit pas et que les théâtres ne sont plus découverts. Pour empêcher, même en hiver, les voluptueux spectateurs d'avoir froid, les Lacédémoniens les premiers inventèrent, pour assister aux jeux, leur pesant manteau. Je vois enfin qu'entre les matrones et les prostituées il n'y a plus aucune différence quant au vêtement.
4. Au sujet des femmes, ils sont également tombés, ces règlements de vos ancêtres qui protégeaient la modestie et la tempérance. Autrefois, aucune femme ne portait de l'or, si ce n'est à un seul doigt, où le mari avait mis l'anneau nuptial comme un gage ; les femmes s'abstenaient de vin, au point que ses proches firent mourir de faim une matrone, parce qu'elle avait ouvert les loges d'un cellier; au temps de Romulus, une femme n'avait fait que goûter du vin et Métennius, son mari, la tua impunément. - 5. C'est aussi pourquoi
c'était une obligation pour les femmes d'embrasser leurs parents, afin qu'on pût les juger par leur haleine. - 6. Qu'est devenue cette antique fécondité des mariages, heureuse suite des mœurs, grâce à laquelle, pendant près de six cents ans depuis la fondation de Rome, pas une maison ne connut le divorce? Aujourd'hui, au contraire, les femmes ont tous les membres chargés d'or, elles n'osent embrasser sans crainte à, cause du vin qu'elles ont bu; quant au divorce, il est devenu l'objet de leurs vœux et comme un fruit du mariage !
7. Et les sages décrets de vos pères, au sujet de vos dieux eux-mêmes, c'est vous encore qui les avez abolis, vous qui êtes si respectueux pour eux ! Le vénérable Liber (Bacchus) avec ses mystères fut banni par les consuls en vertu d'un sénatus-consulte, non seulement de Rome, mais de toute l'Italie. - 8. Sérapis et Isis et Harpocrate avec leur Cynocéphale furent tenus loin du Capitole, c'est-à-dire chassés de l'assemblée des dieux, par les consuls Pison et Gabinius, qui n'étaient pas chrétiens assurément. Ces consuls renversèrent même leurs autels et ils repoussèrent ces dieux, voulant arrêter les désordres de ces infâmes et vaines superstitions. Vous les avez rappelés de l'exil et vous leur avez conféré la majesté suprême.
9. Où est la religion, où est la vénération due par vous à vos ancêtres ? Par votre habillement, par votre genre de vie, par vos goùts, par vos sentiments, enfin par votre langage même, vous avez renié vos ancêtres. Vous ne cessez de vanter les anciens, mais de jour en jour vous changez de manière de vivre. On peut voir par là que, vous écartant des sages institutions de vos ancêtres, vous retenez et vous conservez ce que vous ne deviez pas retenir et conserver, et vous ne gardez pas ce que vous deviez garder. - 10. Il est une
tradition de vos pères, que jusqu'ici vous paraissez garder le plus fidèlement, et que vous accusez surtout les chrétiens de mépriser, je veux dire le zèle pour le culte des dieux, en quoi l'antiquité est tombée dans la plus grossière erreur. Or, je montrerai en son temps que cette tradition elle-même est pareillement méprisée, négligée, abolie par vous, en dépit de l'autorité des ancêtres, bien que vous ayez reconstruit les autels de Sérapis devenu un dieu romain, bien que vous immoliez vos fureurs à Bacchus devenu un dieu italique. -11. En effet, maintenant, je vais répondre à l'accusation bien connue de commettre en secret des crimes infâmes, afin de me préparer les voies pour discuter les crimes publics.