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| Quintus Septimius Florens Tertullianus Apologétique IntraText CT - Lecture du Texte |
1. Les autres inventions bouffonnes font même servir à vos divertissements le déshonneur des dieux. Voyez les élégantes bouffonneries des Lentulus et des Hostilius : est-ce des mimes ou de vos dieux que vous riez en entendant ces plaisanteries, en voyant les tours qu'on leur joue ? C'est « Anubis adultère », et « La Lune homme », et « Diane battue de verges », et « L'ouverture du testament de feu Jupiter », et « Les trois Hercules affamés tournés en ridicule ». - 2. Les pièces jouées par les pantomimes montrent aussi toutes les turpitudes de vos dieux. Le Soleil pleure son fils précipité du ciel, et cela vous divertit; Cybèle soupire pour un berger dédaigneux, et vous n'en rougissez pas ; vous supportez qu'on chante les aventures de Jupiter et que Junon, Vénus et Minerve aient un berger pour juge. - 3. Et quand l'image de votre dieu revêt une tête ignominieuse et infâme, quand c'est un corps impur et dressé à cet art par une vie efféminée qui représente une Minerve ou un Hercule, la majesté divine n'est-elle pas violée et la divinité n'est-elle pas outragée ? Et vous applaudissez !
4. Vous êtes plus religieux, sans doute, dans l'amphithéâtre, où l'on voit également vos dieux danser dans le sang humain, sur les restes souillés des suppliciés, car ils fournissent aux criminels des thèmes et des sujets, à moins que les criminels n'y jouent même au naturel le personnage de vos dieux. - 5. Nous avons vu naguère nous-même Attis mutilé, ce dieu
fameux de Pessinonte, et un autre, qui jouait Hercule, brûlé vif. Nous avons ri aussi, dans les intermèdes cruels de midi, de Mercure qui éprouvait les morts avec le fer rouge ; nous avons vu encore le frère de Jupiter, armé d'un marteau, emmener les cadavres des gladiateurs. - 6. Tous ces spectacles et ceux qu'aujourd'hui encore on pourrait trouver, s'ils jettent bas le faîte de la majesté divine, tirent leur origine du mépris de ceux qui les représentent et de ceux pour qui on les représente.
7. Mais, soit, ce ne sont là que des jeux ! Si j'ajoutais (ce que vos consciences ne désavoueront pas) que c'est dans les temples que se concertent les adultères, que c'est entre les autels que se traitent les marchés infâmes, que c'est le plus souvent dans les cellules mêmes des gardiens du temple et des prêtres, sous les bandelettes, les bonnets et la pourpre, que la passion s'assouvit, tandis que l'encens brûle ; si j'ajoute tout cela, je me demande si vos dieux n'ont pas plus à se plaindre de vous que des chrétiens. Ce qui est sûr, c'est que, si l'on prend sur le fait des sacrilèges, ils sont des vôtres ; car les chrétiens ne fréquentent pas vos temples, même le jour. Il est vrai que, s'ils honoraient ces temples, ils les dépouilleraient peut-être, eux aussi.
8. Qu'adorent-ils donc, ceux qui n'adorent pas de pareils dieux ? Il est facile de comprendre qu'ils adorent la vérité, ceux qui n'adorent pas le mensonge, et qu'ils ne vivent plus dans l'erreur. Comprenez d'abord cela et puis écoutez toute l'ordonnance de notre religion; mais auparavant, je vais réfuter les opinions fausses que vous en avez.