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Quintus Septimius Florens Tertullianus
Traité de la chair de Jésus-Christ

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IV. Si donc tu ne rejettes la nature corporelle en Jésus-Christ, ni comme impossible, ni à cause du péril de perdre la divinité, il ne te reste plus que de la rejeter et de noircir par tes répréhensions, comme indigne de Dieu. Commence par les bassesses de la naissance: tu ne peux souffrir que des langes le serrent, et qu'il semble qu'on se joue de lui par ces paroles d'amour dont on le flatte; tu méprises ces bassesses de la nature, si digne de notre vénération! Mais apprends-moi, Marcion, de quelle sorte tu us pris naissance: tu méprises l'homme qui naît sur la terre; comment donc peux-tu aimer quelqu'un? certes, tu ne t es pas aimé toi-même, quand tu t'es séparé de l'Église et de


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la foi de Jésus-Christ. Dis-moi enfin si tu méprises ta propre nature, ou si tu es d'autre sorte que tous les hommes. Quant à Jésus-Christ, il a aimé cet homme pétri dans le sein maternel6, et formé dans les entrailles de la femme; cet homme d'une matière si vile qui a été le jouet de ceux qui l'ont nourri et élevé. C'est pour lui qu'il est descendu sur la terre 7; c'est pour lui qu'il a prêché; c'est pour lui qu'il s'est humilié jusqu'à la mort, et à la mort de la croix. Et de vrai, il a bien aimé celui qui lui a coûté un si grand prix, et qu'il a racheté si chèrement 8. Et l'on peut dire que si Jésus-Christ est de même essence que le Créateur de l'homme, il a eu raison d'aimer l'homme comme étant sa créature: et que s'il y a un autre Dieu qui soit son principe, l'amour qu'il a eu pour l'homme n'en est que plus grand, puisqu'en ce cas il aurait aimé une créature qui ne serait pas à lui. Il est donc vrai qu'en aimant l'homme, il a aussi aimé la naissance de l'homme, qu'il a aimé la. chair, car l'on ne peut aimer une chose, si l'on n'aime ce qui la fait être, si l'on n'aime la nature par laquelle elle est ce qu'elle est. Ote à l'homme sa naissance et représente-nous l'homme, s'il est en ta puissance de nous le montrer séparé de cet état; ôte-lui la chair, et montre-nous sans la chair cet homme que Dieu a racheté: mais comment le pourrais-tu faire, si cette naissance et cette chair c'est l'homme que Dieu a racheté. Quoi! tu veux que Jésus-Christ rougisse de ce qu'il a bien voulu racheter, et tu veux figurer indigne de Dieu ce qu'il n'eût pas racheté s'il ne l'eût aimé d'un amour tout singulier9? Il sauve de la mort la naissance, par une renaissance céleste; il rend à la chair la guérison, et la délivre de toutes ses maladies; il nettoie la lèpre; il rend la lumière aux aveugles; il restitue la vigueur au paralytique; il chasse le malin esprit; il ressuscite les morts; et l'on croira qu'il rougit de naître dans cette chair pour laquelle il a fait tant de choses merveilleuses! S'il eût voulu naître de quelque animal, et si sous un corps de cette sorte il prêchait le royaume des deux, je pense que tu prendrais


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la liberté de le reprendre: «Cela est honteux à Dieu, dirais-tu; cela est indigne du Fils de Dieu!» il y a en cela de l'extravagance et de la folie, parce que tu le crois ainsi, et que ton esprit se l'est persuadé, en effet, que ce soit une chose tout à fait contre le sens et pleine de folie, jugeant de Dieu par nos sentiments: mais prends garde, Marcion, à cette parole de l'Écriture, si toutefois tu ne l'as point effacéeDieu a choisi les choses qui passent pour folles et extravagantes dans le monde, pour confondre celles où selon la inonde réside toute la sagesse 10Quelles sont ces choses folles et extravagantes? Est-ce la conversion de l'homme au culte du vrai Dieu, îa renonciation à l'erreur, la doctrine de justice, de chasteté, de patience, de miséricorde et d'innocence? Certes, ces choses n'ont point d'extravagance et de folie; cherches donc quelle est cette folie dont parle l'apôtre, et si tu prétends l'avoir découverte, tu trouveras qu'il n'y a rien qui ait tant de folie selon le monde, que de croire en un Dieu ici-bas, et d'une Vierge; en un Dieu qui a pris un corps de chair, et qui s'est comme abattu dans toutes ces bassesses de notre humanité. Que quelqu'un nous vienne dire: qu'il n'y n rien en ces choses-là qui doive passer pour folie, et qu'il y en a d'autres que Dieu a choisies pour opposer par une excellente émulation à la sagesse du siècle. Soit; mais par les lumières de cette sagesse on croit plus facilement qu'un Jupiter ait été changé en un taureau ou en un cygne, que, selon Marcion, Jésus-Christ n'a vraiment pris la nature humaine.




61 Philip. 2. 



72 1. Cor., 6. 



83 Ib



94 S. Matt., 11.



101 I. Cor., 1.






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