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Quintus Septimius Florens Tertullianus
Traité de la chair de Jésus-Christ

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V. Il est vrai qu'il y a d'autres choses qui paraissent aussi folles, et ce sont celles qui regardent les diffamations et les souffrances d'un Dieu, si ce n'est que l'on veuille faire passer pour sagesse un Dieu crucifié. Ote-nous aussi, Marcion, cette croix; mais plutôt que ce soit là ta principale fin de nous ôter cet instrument des ignominies de notre Seigneur: car lequel est le plus indigne de Dieu? de quoi doit-on plutôt rougir, ou de naître, ou de


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mourir? de porter un corps de chair, ou de porter une croix? d'être circoncis, ou d'être pendu à un gibet? d'être nourri, ou d'être enseveli? d'être mis en dépôt dans une crèche, ou d'être enfermé dans un sépulcre? Si tu ne crois pas ces choses-là, tu n'en seras que plus sage selon le monde: mais à dire vrai, tu ne peux être sage 11, si tu ne montres de la folie aux yeux du monde, en te soumettant par la foi à ce que l'on prend pour folie dans les affections de Dieu. Que si tu n'as pas retranché de l'Evangile l'histoire de la passion de Jésus-Christ, ne serait-ce point parce que, prenant son corps pour un fantôme, tu as cru qu'il était sans sentiment des maux qu'on lui faisait. Je t'ai déjà dit que Jésus-Christ a pu souffrir de vains mépris, et d'une naissance et d'une enfance imaginaires: mais réponds-moi précisément sur le fait de sa mort et de sa résurrection, toi qui d'une main sacrilège veux arracher la vie à la vérité. Dieu n'a-t-il pas été vraiment crucifié? n'est-il pas vraiment mort comme il a été vraiment crucifié? n'est-il pas vraiment ressuscité comme il est vraiment mort? Si cela n'est pas, c'est faussement que saint Paul veut que nous ne sachions autre chose que Jésus crucifié; c'est faussement qu'il a tant prêché Jésus enseveli; c'est faussement qu'il a tant annoncé Jésus ressuscité. Si cela n'est pas, toute notre foi est fausse, et tout ce que nous espérons de Jésus-Christ n'est rien que fantôme. O homme le plus détestable de tous les hommes, qui donnes des excuses aux bourreaux et aux meurtriers de notre Seigneur! Jésus-Christ n'a rien souffert de leur cruauté, s'il n'y a point de vérité dans ses souffrances. Mais enfin, laisse-nous cette unique espérance de tout l'univers. Pourquoi veux-tu détruire cette réprobation du crime nécessaire à notre foi? tout ce qui est indigne de Dieu, m'est utile et avantageux à moi; je serai sauvé si je ne reçois point de confusion de la diffamation des peines de mon Sauveur 12. «Celui, a-t-il dit, qui souffrira de la confusion pour moi, et à cause du scandale de ma croix.


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J'en souffrirai aussi pour lui.» Je ne trouve point de juste matière de confusion, que celle qui me fait dédaigner de rougir devant les hommes, et qui me donne une salutaire impudence et une heureuse folie. Le Fils de Dieu a été crucifié! je n'en ai point de honte, parce qu'il faut en avoir de la honte. Le Fils de Dieu est mort, c'est une chose que je trouve croyable, parce qu'elle résiste au sens humain. Le Fils de Dieu ayant été mis dans le tombeau est ressuscité! je crois que cela est vrai parce que c'est une chose qui paraît impossible. Mais comment toutes ces choses sont-elles vraies en Jésus-Christ si Jésus-Christ n'a pas été vrai homme, s'il n'a pa.s eu quoi être attaché à une croix, de quoi être mis à mort, de quoi être enseveli, de quoi être ressuscité? je veux dire s'il n'a pas eu une chair animée par le sang répandu dans tous les membres, et composée d'os, de nerfs et de veines, dont le mélange et l'enchaînement admirable fait toute la structure du corps, une chair, dis-je, qui sait ce que c'est que de naître et de mourir; chair humaine, sans doute, parce que l'homme lui a donné naissance, et mortelle en Jésus-Christ, parce que Jésus-Christ est homme et Fils de l'homme! Et certes l'on ne peut dire que Jésus-Christ soit homme, si l'on ne reconnaît en lui un corps de chair; et l'on ne peut concevoir le Fils de l'homme, si une personne qui ait la nature humaine ne l'a mis au inonde, non plus que Dieu ne peut être conçu sans l'esprit de Dieu, ni le Fils de Dieu sans que Dieu soit son Père. Ainsi le fond de ces deux substances compose l'humanité et la divinité: celle-là qui est née, celle-ci qui n'est pas née; celle-là qui est chair, celle-ci qui est esprit; celle-là qui est infirme, celle-ci qui est toute-puissante; celle-là qui meurt, celle-ci qui vit d'une vie sans bornes et sans fin; conditions distinctes, dont l'une est divine et l'autre humaine, mais quis ont de deux natures également véritables, et où une même foi reconnaît également la vérité de l' esprit et de la chair. Les vertus de cet homme-Dieu ont fait voir en lui l'esprit de Dieu, et ses souffrances ont montré qu'il s'était revêtu de la chair de l'homme. Si les


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vertus n'étaient pas sans l'esprit, par la même raison les souffrances n'étaient pas sans la chair; et au contraire si la chair était imaginaire au milieu des souffrances, l'esprit était aussi chimérique parmi toutes les vertus qu'il a fait paraître. Pourquoi donc nous ravis-tu par ton mensonge la moitié de Jésus-Christ? Dans tout ce qui composait sa personne il était la vérité. Crois-moi, il a mieux aimé naître que de mentir en quelque façon que ce soit, mais principalement que de mentir en des choses qui touchaient son propre état, en sorte qu'il portât une chair, dure sans os, solide sans muscles, et rouge sans sang, une chair qui fût couverte sans peau, qui voulût manger sans faim, qui mangeât sans dents, qui parlât sans langue, et une chair tellement imaginaire, que sa parole ne fut qu'un son et une image de voix, et que ce fût un fantôme qui trompât le sens de l'ouïe. Si cela est, c'était aussi un fantôme après sa résurrection, quand il montra ses mains et ses pieds à ses disciples: «Voyez, leur dit-il, que c'est moi-même; car l'esprit n'a point d'os comme vous voyez que j'en ai.13» En effet c'est la chair et non pas l'esprit qui a des os, des pieds et des mains. Dis-moi, Marcion, comment entends-tu cette parole de l'Ecriture, toi qui veux que Jésus ait Dieu pour principe, à savoir ce Dieu souverainement bon, ce Dieu de douceur et de paix, ce Dieu enfin qui a seul la bonté? Vois-tu comment ce Dieu trompe et impose, comment il abuse les yeux de tous les hommes? reconnais-tu qu'il surprend par ses illusions les sens, l'abord et l'attouchement de tout le monde? Tu ne devais donc pas nous produire Jésus-Christ comme venant du ciel, mais comme sortant de quelque troupe de fourbes et d'imposteurs; tu ne devais pas nous le présenter comme ayant l'essence de Dieu outre la nature de l'homme, mais comme un homme qui était un insigne magicien; tu ne devais pas en parler comme du pontife de notre salut, mais plutôt comme d'un bateleur; tu ne


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devais pas nous le faire passer pour celui qui ressuscite les morts, mais pour celui qui fait périr les vivants. Si toutefois tu veux qu'il ait été magicien, en qualité de magicien il était homme, comme les autres hommes




111 1 Cor., 1 et 3.



122 S. Marc, 8; S. Luc, 9 et 12.



131 S. Luc, 24.






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