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Quintus Septimius Florens Tertullianus
Traité de la chair de Jésus-Christ

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VII. Mais toutes les fois que l'on dispute de la naissance, ceux qui la rejettent à cause qu'elle porte un préjugé de la vérité de la chair en Jésus-Christ, nient que Dieu soit , parce qu'il a dit:» Qui est ma mère, et qui sont mes frères 18?» Qu'Apelles entende donc ce que nous avons déjà répondudessus à Marcion dans le livre par lequel nous avons appelé de sa doctrine à son Evangile, à savoir qu'il faut considérer le sujet que Jésus-Christ a eu de parler ainsi. Je dis premièrement qu'on ne l'eût point averti que sa mère et ses frères étaient dehors, si l'on n'eût point été assuré qu'il avait une mère et des frères, et que c'étaient ceux-là mômes dont on lui parlait


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alors, soit qu'on les connût auparavant, soit qu'en ce moment l'on eût commencé en ce lieu-là même à les connaître. Mais l'hérésie a eu la témérité de toucher à ce passage de l'Évangile, et d'y effacer ce qui la blessait, ne pouvant souffrir ce que porte le texte sacré: que ceux qui admiraient la doctrine de Jésus-Christ disaient qu'ils connaissaient fort bien Joseph le charpentier, qui était estimé son père 19, et sa mère Marie, et ses frères et ses sœurs. Mais on dit que c'était pour le tenter qu'on lui avait parlé de sa mère et de ses frères, quoiqu'il n'en eût point. Certes, l'Ecriture ne dit point qu'on lui en eût parlé pour le tenter; cependant la même Écriture, quand il s'est passé quelque chose où il y ait eu dessein de tentation, n'a pas craint de le dire. «Le docteur de la loi, dit-elle, s'est levé et l'a tenté20.» Et ailleurs: «Les pharisiens s'approchèrent de lui et le tentèrent.» Qui empêchait qu'en ce passage dont il s'agit ici l'on n'ait exprimé que ce qu'on lui disait était pour le tenter? Je n'admets point ce que tu apportes de toi-même, hors le texte de l'Écriture. D'ailleurs il faudrait qu'il y eût eu en ceci quelque matière de tentation. Mais qu'y avait-il sur quoi il leur pût entrer clans l'esprit de le vouloir tenter? C'était sans doute pour savoir s'il était ou non; certes, s'il l'a nié par sa réponse, il faut qu'il y ait été excité par ce que lui a dit celui qui le tentait. Mais il est inouï que l'on tente quelqu'un pour parvenir à la connaissance d'une chose dont on est en doute, sans y garder quelque ordre, et que l'on y procède avec tant d'empressement, que l'on ne commence pas par la question qui forme le doute et qui est comme une tentative de la part de celui qui désire d'en être éclairci. En effet, si alors il n'a été aucunement parlé de lanaissance de Jésus-Christ, comment peux-tu conclure par la finesse de tes arguments qu'ils ont voulu le tenter pour apprendre de lui ce qui n'avait jamais été mis en question? J'ajoute à cela, que si on le voulait tenter sur sa naissance, on ne l'aurait pas tenté de cette sorte en


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nommant des personnes qui pouvaient n'être plus au monde, supposé même que Jésus-Christ fût : car nous naissons tous, et toutefois nous n'avons pas tous des frères ou une mère, il se peut même faire que l'on ait plutôt un père qu'une mère, et des oncles que des frères; tant il est vrai qu'il n'y a ici aucune apparence qu'on ait voulu le tenter sur sa naissance, qui pouvait subsister sans la dénomination de la mère et sans celle des frères. Il est certes bien plus vraisemblable que ces gens étant assurés qu'il avait une mère et des frères, au lieu de le tenter sur sa naissance eussent voulu le tenter sur sa divinité. Mais ne pouvait-il pas arriver que Jésus-Christ étant dans la maison sût qui était dehors, et connût qu'on lui disait un mensonge quand on lui annonçait la présence de ceux qui effectivement n'étaient pas présents? Et cela détruit toute la couleur d'une tentation, parce qu'il pouvait être que ceux qu'on lui disait qui étaient dehors, il les savait absents, ou par maladie, ou par rencontre de quelque affaire, ou par la nécessité de quelque voyage. Quand on tente quelqu'un, on ne se sert point de moyens dans lesquels l'on sait que la tentation peut recevoir de la honte: n'y ayant donc point ici de matière de tentation, il s'ensuit qu'on lui a dit sincèrement et dans la vérité, que sa mère et ses frères étaient survenus dehors. Mais il faut encore apprendre à Apelles quelle raisona eue Jésus-Christ de répondre comme il afait, et de nier alors qu'il eût une mère et des frères. Les frères du Seigneur n'avaient point cru en lui, comme le témoigne l'Évangile publié avant l'erreur de Marcion 21. On ne fait point voir aussi que sa mère fût alors auprès de lui, au lieu que Marthe et Marie étaient ordinairement attachées à sa personne. Et c'est ici que paraît l'incrédulité de ses proches! Lorsqu'il enseignait la voie pour parvenir à la vie 22, lorsqu'il prêchait le royaume de Dieu, lorsqu'il travaillait pour guérir les maladies du corps et les vices de l'âme, les étrangers avaient les yeux Prêtés sur lui, tandis que ceux qui lui appartenaient par


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les liens du sang étaient éloignés de lui. Enfin ils surviennent; mais ils demeurent dehors et n'entrent point, ne tenant point compte de ce qui se faisait dedans; ils n'ont pas même la patience d'attendre, comme s'ils apportaient quelque chose de plus nécessaire et de plus important que ce qui occupait alors Jésus-Christ, mais ils ont l'assurance de l'interrompre, et ils le divertissent de ce grand ouvrage où il s'employait. Dis-moi, Apelles, ou toi Marcion, si tu recevais une semblable nouvelle qui te détournât de tes passe-temps, lorsque tu joues à trois dés, ou que tu te passionnes sur quelque représentation de théâtre, ou sur un spectacle de chariots dans quelque solennité publique, ne dirais-tu pas: «Qui est ma mère, ou qui sont mes frères?» Et tu veux que Jésus-Christ, qui prêchait la vérité de Dieu et qui l'enseignait aux hommes, qui accomplissait la loi et les prophètes, et qui dissipait les ténèbres de tant de siècles, n'ait pas bien usé de cette parole qu'il a prononcée, soit pour frapper l'incrédulité de ceux qui demeuraient dehors, soit pour reprendre l'importunité de ceux qui venaient le rappeler d'un ouvrage de si grande importance! Au reste, s'il eût eu intention de nier qu'il eût pris naissance, il eût choisi un autre lieu et un autre temps, et eût même composé son discours d'autre sorte, pour ne pas dire ce qui pouvait être dit, même par celui qui aurait une mère et des frères. Et après tout, quand on nie ses parents par quelque mouvement d'indignation et de chaleur, on ne les nie pas en effet, mais on les reprend. Et devrai, Jésus-Christ dans ce même discours dit qu'il y en avait d'autres qu'il préférait à ses proches; et faisant entendre ce qui leur faisait mériter cette préférence, il ajouta: «que sa mère et ses frères étaient ceux qui entendaient sa parole, montrant par là en quel sens il avait nié sa mère et ses frères: par le même motif qu'il adoptait ceux qui étaient toujours près de lui, il niait ceux qui s'en tenaient éloignés. Notre Seigneur a accoutumé de faire lui-même ce qu'il enseigne. Quelle apparence y eût-il donc eu, qu'au même moment qu'il enseignait qu'il ne faut pas faire tant d'état de sa


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nière ou de ses frères que de la parole de Dieu, il eût abandonné la prédication de la parole de Dieu, dès qu'on lui eût annoncé que sa mère et ses frères étaient dehors. Ainsi il a nié ses parents, comme il a enseigné qu'il les faut nier pour travailler à l'œuvre de Dieu. D'ailleurs cela se peut encore considérer comme une image de la synagogue et des Juifs, celle-là représentée par la mère qui n'est pas auprès de son fils, et ceux-ci par les frères incrédules; Israël était dehors en leurs personnes, mais ces nouveaux disciples, qui étant dans la maison y écoutaient Jésus-Christ, croyaient en lui et se tenaient unis à lui: c'était la figure de l'Église, et c'est elle qu'il a principalement honorée du nom de mère, et de celui de ses plus chers et plus dignes frères, rejetant la liaison terrestre de la parenté de la chair. Et nous voyons encore qu'il répondit dans le même sens à cette exclamation «de l'heureux ventre qui l'avait porté, et des heureuses mamelles qui l'avaient allaité 23,» ne niant pas le ventre et les mamelles de sa mère, mais montrant que ceux-là sont encore plus heureux qui entendent la parole de Dieu.




182 S. Matth., 13, S. Luc, 3.



191 S. Matth., 13, S. Marc et S. Luc, 4.



20. 2 S. Matth., 22; S. Matth., 19.



211 S, Jean, 7. 



222 S. Luc, 8 et 10; S. Matth., 11.



231 S. Luc, 11.






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