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| Quintus Septimius Florens Tertullianus Traité de la chair de Jésus-Christ IntraText CT - Lecture du Texte |
XII. Toutefois que l'âme nous ait été montrée par la chair, s'il est certain qu'on ait dû la montrer et la rendre visible en quelque sorte, d'inconnue qu'à leur sens elle nous était, et qu'elle était aussi à elle-même; soit. Mais c'est vainement sans doute que l'on fait une distinction entre notre âme et nous, comme si nous avions un être séparé de notre âme; puisqu'il est vrai que notre âme est tout ce que nous sommes. En effet nous ne sommes rien sans notre âme, et l'âme étant séparée, ce n'est plus un homme; et ce qu'il en reste, n'est plus qu'un cadavre; d'où il s'ensuit que si nous ne connaissons pas notre âme, elle ne se connaît point aussi. Ainsi ce qui se doit examiner, c'est seulement si l'âme a été ici-bas inconnue à elle-même, en sorte que l'on ait été obligé de la faire connaître et de la rendre en quelque façon visible. Il me semble que la nature de l'âme est de sentir; et de vrai, il n'y a point d'animal sans sens, il n'y a point de sens sans âme, et, pour m'exprimer plus fortement, le sens est l'âme de l'âme; donc puisque l'âme donne les sens naturels à tout ce qu'elle anime, et qu'elle connaît non seulement les qualités, mais aussi les sens naturels de tout ce qu'elle anime, comment peut-il être vraisemblable qu'elle n'ait pas eu dès le commencement la connaissance de ce qu'elle est? D'où vient qu'elle connaît ce qui lui est indispensable des nécessités de la nature, si elle ignore sa condition naturelle à laquelle ces choses sont nécessaires? Certes, cela se voit dans toutes les âmes; il n'y en a point qui n'ait la connaissance de soi-même, et sans cette connaissance aucune âme ne pourrait faire ses fonctions. A plus forte raison l'homme, qui de tous les animaux est le seul animal raisonnable, a reçu une âme capable de raison, une âme qui étant raisonnable, le fait aussi animal raisonnable. Mais comment cette âme, qui fait l'homme animal raisonnable, est-elle raisonnable, si, ne seconnaissant pas soi-même, elle ne connaît pas sa raison? Il est si
peu vrai qu'elle ne se connaisse pas, qu'elle connaît son auteur, son juge, et son propre état: en effet elle nomme Dieu avant qu'elle ait appris à connaître Dieu; elle dit qu'elle se recommande à Dieu avant qu'elle sache rien du jugement de Dieu; enfin de toutes les choses qu'elle entend, il n'y en a point qu'elle entende plus souvent que celle-ci: qu'il n'y a point d'espérance après la mort; et cependant elle souhaite ou du bien ou du mal aux morts. J'ai traité cet argument plus au long dans le livre que j'ai fait du Témoignage de l'âme. D'ailleurs, si l'âme dès sa création ne se connaissait pas, tout ce qu'elle a dû apprendre de Jésus-Christ, c'est ce qu'elle est. Toutefois ce n'est pas ce qu'elle a appris de lui; il ne lui a point fait connaître sa figure, mais son salut. C'est pour cela que le fils de Dieu est descendu sur la terre, et il a pris une âme, non pas afin que l'âme se connût en Jésus-Christ, mais afin qu'elle connût Jésus-Christ en elle-même: elle n'est point en péril de perdre son salut pour ne se connaître pas, mais pour ne connaître pas le Verbe de Dieu. En effet, il dit: «La vie vous a été rendue manifeste 31.» Il parle de la vie et non pas de l'âme; et parlant de l'âme, en un autre lieu:» Je suis venu, dit-il, pour donner le salut à l'âme 32.» Il ne dit pas qu'il est venu la montrer et la faire connaître. Peut-être que nous ignorerions que notre âme, invisible de sa nature, fût sujette à la loi de la naissance et de la mort, si elle ne se présentait à nos yeux dans une forme corporelle; mais, certes, ce que nous ignorions, c'est que notre âme, qui est immortelle, devait ressusciter avec notre chair mortelle, et c'est sans doute ce que Jésus-Christ est venu manifester en lui-même, par sa naissance et par sa résurrection. Et toutefois sa résurrection n'a pas été d'une autre nature que celle d'un Lazare 33, en qui ni la chair n'avait point les qualités de l'âme, ni l'âme n'avait point les qualités de la chair. Qu'est-ce donc que nous avons appris de la nature de l'âme, que nous ayons auparavant ignoré? Qu'a-t-elle
dans ce qu'elle a d'invisible, qui pût désirer de devenir visible par la chair?