Index | Mots: Alphabétique - Fréquence - Inversions - Longueur - Statistiques | Aide | Bibliothèque IntraText
Quintus Septimius Florens Tertullianus
Traité de la chair de Jésus-Christ

IntraText CT - Lecture du Texte

Précédent - Suivant

Cliquer ici pour activer les liens aux concordances

- 309 -


XIV. «Mais Jésus-Christ, disent-ils, s'est revêtu de la nature angélique: ---- Comment, dis-je, s'en est-il revêtu?» et ils répondent: «De la même sorte qu'il s'est fait homme.» Il faut donc qu'il y ait eu les mêmes raisons à l'égard des anges qu'il y a eu à l'égard de l'homme: le salut de l'homme a été la cause qui a porté Jésus-Christ à se faire homme, il a voulu rétablir ce qui s'était perdu, l'homme s'était perdu. Il fallait rétablir l'homme dans ce qu'il avait perdu. Il n'y a point eu de cause semblable qui


- 310 -


ait obligé Jésus-Christ à prendre la nature angélique: il est vrai, que Jes anges se sont perdus par leur péché, et que pour la peine de leur péché il y a un feu préparé pour le diable et pour ses anges: mais Dieu ne leur a jamais promis de les remettre dans l'état d'où ils sont tombés, et Jésus-Christ n'a reçu aucun ordre de son Père pour le salut des anges: or Jésus-Christ n'a pu accomplir ce que son Père n'a ni promis ni ordonné. Mais pourquoi Jésus-Christ aurait-il pris la nature angélique? Serait-ce afin d'avoir un aide fort et puissant, avec qui il opérât le salut de l'homme? Peut-être que le Fils de Dieu n'était pas suffisant pour délivrer tout seul l'homme, quoiqu'un serpent l'eût été tout seul pour Je terrasser et pour le perdre. Il s'ensuit donc que nous n'avons plus un seul Dieu et un seul Sauveur, si deux ont été les ouvriers de notre salut, et si l'un a eu besoin de l'autre. Ne serait-ce point aussi que Dieu aurait voulu délivrer l'homme par le ministère de l'ange? Pourquoi donc serait-il descendu sur la terre, n'ayant à y opérer que ce qu'il devait faire par le ministère de l'ange? Si c'est par l'entremise de l'ange, qu'avait-il à y faire lui-même? et s'il devait y travailler lui-même, qu'est-ce que l'ange avait à y faire? Il a, certes, été nommé l'ange du grand conseil de Dieu36, c'est-à-dire son ambassadeur, nom qui n'exprime pas ce qu'il est par sa nature, mais ce qu'il fait dans les fonctions de sa charge et en qualité de rédempteur du monde, parce qu'il devait annoncer sur la terre cette profonde pensée et ce grand et incompréhensible dessein du Père éternelle sur le salut de l'homme. Mais le nom d'ange qu'il reçoit ne se doit pas entendre comme l'on entend le nom de l'ange Michel ou de l'ange Gabriel; car l'on voit dans l'Évangile que le maître de la vigne envoie son fils à ceux qu'il a préposés pour la cultiver, comme il leur envoie ses serviteurs, pour leur demander compte des fruits de la vigne, sans que le fils passe pour un simple serviteur, à cause que le maître lui donne l'emploi des


- 311 -


serviteurs. Je dirai donc peut-être plutôt que le Fils de Dieu est l'ange, c'est-à-dire l'ambassadeur du Père, que je ne dirai que c'est un ange qui a paru parmi les hommes en la personne du Fils de Dieu. Mais puisqu'il a été dit du Fils de Dieu: «Vous l'avez abaissé un peu au dessous des anges37,» comment se peut-il faire qu'étant abaissé au dessous des anges il en ait pris la nature? Cet abaissement ne se peut concevoir qu'en ce qu'il est homme, qu'il a une chair et une âme, et qu'il est le Fils de l'homme; car en tant qu'il est l'esprit de Dieu et la vertu du Très-Haut, il ne peut être estimé inférieur aux anges, parce qu'en cet état il est Dieu et Fils de Dieu. Autant qu'il a été fait inférieur aux anges, portant la nature de l'homme, il ne leur a point été inférieur, de la même distance, portant, comme l'on dit, celle d'un ange. Mais enfin cette opinion peut convenir à Ébion, qui veut que Jésus-Christ ne soit qu'un homme de la semence de David, c'est-à-dire un homme qui n'est pas Fils de Dieu. Il le considère comme ayant quelque chose par dessus les prophètes, et pense que l'ange a parlé en lui de la même sorte qu'il est dit qu'il a parlé en quelques prophètes, comme en Zacharie 38. Mais la différence est que l'on n'a jamais entendu ces paroles de la bouche de Jésus-Christ: «L'ange qui parlait en moi m'a dit;» ni celles-ci, que tous les prophètes répètent à toute heure: «Voici ce que prononce le Seigneur;» car il était le Seigneur lui-même, et sa personne qui était présente prononçait de sa propre autorité: «Et moi je vous dis.» Que veux-tu davantage? Écoute le prophète Isaïe, qui s'écrie d'une voix puissante 39: «Ce n'est point un ange, ce n'est pas un simple ministre de Dieu, mais c'est le seigneur qui sera le Sauveur des hommes.»




361 Isaïe, 9.



371 Ps. 8.



382 Zacharie, 1, 2 et suiv.; Isaïe, 1. 



393 Ib. 63.






Précédent - Suivant

Index | Mots: Alphabétique - Fréquence - Inversions - Longueur - Statistiques | Aide | Bibliothèque IntraText

Best viewed with any browser at 800x600 or 768x1024 on Tablet PC
IntraText® (V89) - Some rights reserved by EuloTech SRL - 1996-2007. Content in this page is licensed under a Creative Commons License