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| Quintus Septimius Florens Tertullianus Traité de la chair de Jésus-Christ IntraText CT - Lecture du Texte |
XV. Parlons maintenant de l'opinion de l'hérétique Valentin, qui, par le privilège de l'hérésie, s'est donné la licence de supposer une chair spirituelle en Jésus-Christ. Et certes, celui qui ne croit pas que sa chair soit
une chair humaine, lui peut attribuer quelque autre nature que ce soit, et il n'y a rien qu'il ne puisse feindre: car si sa chair n'est point une chair humaine, si elle ne vient point de l'homme, je ne vois pas de quelle substance Jésus-Christ a entendu parler quand il a dit à tous, qu'il était homme et Fils de l'homme. Voici ses paroles: «Vous voulez faire mourir l'homme qui vous a dit la vérité!40» Et ailleurs: «Le Fils de l'homme est le Seigneur du Sabbat41.» Et Isaïe parlant de lui: «C'est l'homme des douleurs, cet homme assujetti aux plaies et aux souffrances, et qui sait supporter les infirmités 42.» Jérémie: «Il est homme, et qui le pourrait reconnaître 43?» Et Daniel: «Il est au dessus des nuées comme Fils de l'homme 44.» Et l'apôtre saint Paul: «Jésus-Christ homme est médiateur de Dieu et des hommes 45.» Et enfin saint Pierre, dans les Actes des Apôtres: «C'est Jésus de Nazareth, celui que Dieu vous a montré et qui est homme 46.» Ces témoignages des Écritures pourraient suffire pour réponse général à tous les hérétiques, qui combattent la chair humaine en Jésus-Christ, une chair venue de l'homme, une chair qui n'est ni spirituelle, ni animale, ni céleste, ni fantastique, si les hérétiques pouvaient être sans amour de discussion et de dispute, et étaient capables de s'abstenir d'user d'artifice pour défendre leurs erreurs. Mais comme j'ai lu dans quelque écrivain de la secte de ce Valentin, ils n'estiment pas que Jésus-Christ ait reçu une substance humaine et terrestre, craignant que dans cette opinion il ne se trouvât de plus mauvaise condition que les anges, qui n'ont pas eu une chair terrestre. D'ailleurs, ils se persuadent que la chair de Jésus-Christ devait naître toute semblable à la nôtre, c'est-à-dire qu'elle ne devait naître ni de l'Esprit ni de Dieu, mais de la volonté et de l'opération de l'homme. «Pourquoi, disent-ils, est-elle née de l'incorruption, et non pas de la corruption? et pourquoi, tout de même que
celle-là est ressuscitée et a été élevée dans le ciel, la nôtre qui est sa pareille n'est-elle pas dès l'instant de la mort élevée dans le ciel? ou pourquoi celle-là qui est pareille à la nôtre, n'a-t-elle point été réduite en poudre et en terre comme la nôtre?» Voilà de vrais discours de païens. «Pourquoi le Fils de Dieu est-il descendu dans une si profonde humilité? et s'il est ressuscité pour être l'exemple de la résurrection que nous espérons, pourquoi ne nous voit-on pas ressusciter de même?» Certainement il ne faut pas trouver étrange que des païens parlent de cette sorte, mais il ne faut pas non plus le trouver étrange des hérétiques: car quelle différence y a-t-il entre les uns et les autres, si ce n'est que les païens croient en ne croyant pas, et qu'au contraire les hérétiques ne croient pas en croyant? Ils lisent ces paroles: «Vous l'avez mis dans un état un peu inférieur à celui des anges 47,» et ils ne laissent pas de nier la substance inférieure en Jésus-Christ, lui qui dit, par une merveilleuse humiliation, «qu'il n'est pas même un homme, et qu'on ne le doit regarder que comme un ver de terre48;» lui qui n'avait «ni grâce ni beauté 49;» lui enfin en qui il ne paraissait rien de noble, et qui par les opprobres qu'on lui faisait était au dessous de tous les hommes. C'est cet homme de plaies qui sait porter les infirmités; ils reconnaissent le mélange de l'humanité avec la divinité, et cependant ils nient que Dieu soit homme. Ils croient que cet homme est mort, mais la chair étant à leur avis spirituelle en Jésus-Christ, ils soutiennent que ce qui est mort est né de l'incorruption, comme si la corruption était autre chose que la mort. «Notre chair, disent-ils, devait ressusciter tout incontinent. Mais attends un peu, Jésus-Christ n'a pas encore vaincu tous ses ennemis, et il n'est pas encore temps qu'il fasse part à ses amis de la gloire de son triomphe.