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| Quintus Septimius Florens Tertullianus Traité de l'ornement des femmes IntraText CT - Lecture du Texte |
VI. Mais ces petites pierres aussi, qui se font estimer autant que l'or, qu'en dirai-je? si ce n'est que ce sont de petites pierres et de petits cailloux, poussière de la même terre, et qui ne servent cependant ni à établir des fondations , ni à construire des murailles ni à couvrir le faîte ou le toit des maisons. Elles ont pu autrefois exciter l'admiration des femmes, parce qu'il faut beaucoup de temps pour les polir et les faire briller de toute leur beauté. On les monte avec art pour leur donner tout leur éclat ; on les perce avec un soin laborieux pour les suspendre : on mêle leurs séductions à celles de l'or.
Qu'on vienne à pêcher un certain genre de
coquillage dans la mer britannique ou indienne, on ne saurait y trouver, je ne dis pas le goût du murex ou de l'huître, mais celui même de la palourde ; on-n'en doit pas moins avouer que tous ces coquillages sont l'un comme l'autre des fruits de la mer. Or que dans cette coquille s'élève une grosseur, ce sera plutôt, il me semble, un défaut qu'une beauté; et quoiqu'on donne à cette excroissance le nom de perle, ce n'en est pas moins réellement une sorte de verrue dure et ronde. On dit aussi qu'il se trouve des pierres précieuses dans le front des dragons, comme on trouve une espèce de pierre dans la cervelle des poissons. Il ne manquait donc plus à une chrétienne, que de tirer ses ornements d'un serpent. Est-ce ainsi qu'elle foulera aux pieds la tête du démon, en cherchant dans la tête du reptile une parure pour sa propre tête ?
Ce qui donne un tel prix à toutes ces substances, c'est qu'elles sont rares, et qu'on les tire des pays étrangers ; car dans les lieux mêmes où elles se trouvent, elles sont loin de jouir d'une si grande faveur. L'abondance avilit : chez certains peuples barbares qui ont chez eux des mines d'or abondantes, c'est avec des chaînes d'or qu'ils attachent leurs captifs dans les ergastules 3 ils chargent de richesses ceux qu'ils ne peuvent dompter ; et plus on les juge coupables, plus on les enrichit : il se trouve ainsi des circonstances où l'or est beaucoup moins envié.
Nous avons vu de même à Rome la noblesse des pierres précieuses pâlir étrangement, sous les yeux mêmes des femmes, devant le dédain des Parthes, des Mèdes et des autres barbares qui les accompagnaient; car pour eux ce n'est guère un objet d'ostentation.. Ils portent des émeraudes à peu près cachées dans leurs bracelets et dans
leurs colliers ; leur épée seule connaît les pierres précieuses qui leur servent de fourreau : la seule distinction qu'ils accordent aux perles, c'est de les porter dans de petits sacs. Enfin ils n'ornent de pierreries que les objets qui ne devraient point en être ornés, puisqu'ils ne se voient point ; et que s'ils se voient, ce n'est que pour témoigner du peu de cas qu'on a fait de ces richesses,