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| Quintus Septimius Florens Tertullianus Traité de l'ornement des femmes IntraText CT - Lecture du Texte |
II. Pour vous, mes très-chères sœurs, vous devez vous distinguer d'elles autant clans vos habits que vous vous en distinguez dans tout le reste, parce que vous devez être parfaites comme votre Père céleste est parfait 1. Or cette perfectionne veux dire cette pureté chrétienne, doit non-seulement ne pas vous faire désirer d'être aimées mais encore vous faire haïr et détester tout ce qui peut allumer quelque dangereux amour dans les autres. En premier lieu, parce que ce désir de plaire par des grâces artificielles ne peut venir que d'un cœur gâté et corrompu. On sait combien ces grâces et ces parures servent d'amorce pour attirer au plaisir défendu. Pourquoi donc travaillez-vous à allumer ces flammes dangereuses? Pourquoi invitez-vous à un plaisir que vous faites profession de regarder comme illicite? En second lieu, parce que nous ne devons pas frayer le chemin aux tentations, qui deviennent souvent victorieuses à force d'attaques, ou qui du moins troublent furieusement la paix de l'âme. Ah ! Seigneur, préservez-nous d'un si funeste écueil. Nous devons paraître avec un extérieur si modeste, si réglé, si chrétien, que notre conscience n'ait aucun reproche à nous faire : désirant de persévérer toujours en cet heureux état, mais prenant garde à ne pas trop présumer de nous-mêmes ; car en présumant de ses propres forces, on appréhende moins, on se précautionne moins, on s'expose plus. La crainte est le fondement du salut; et la présomption est opposée à la crainte. Il est donc avantageux de nous défier de notre vertu : cette défiance nous fera craindre ; la crainte nous rendra plus circonspects, et la circonspection nous mettra en état d'éviter le danger. Au contraire si nous comptons sur nous-mêmes, soit en ne craignant point, ou en ne considérant pas assez le péril, il nous sera très-difficile de ne pas tomber. Celui qui marche avec trop de sécurité, ne prenant garde à rien, ne sera jamais bien affermi. Mais celui qui est attentif à tout, qui appréhende tout, se met en état d'être tranquille et assuré. Plaise au Seigneur que ses serviteurs éprouvent les effets de sa protection, et qu'ils puissent toujours se glorifier en lui des grâces dont il les favorise !
Pourquoi travaillons-nous donc à faire périr nos frères? Pourquoi, par ces embellissements affectés, portons-nous le feu de la convoitise dans leur cœur ? Si la loi nouvelle du Seigneur punit également le désir et l'action déshonnête, pensez-vous que celui qui aura causé la perte des autres demeure sans punition 2 ? Or sachez que vous faites périr votre frère, lorsque, exposant votre beauté à ses yeux, vous lui faites naître des désirs impudiques : il a déjà commis en son âme ce qu'il a criminellement désiré, et vous devenez, pour ainsi parler, l'épée dont il se tue. D'ailleurs, quand il n'y aurait de votre part aucune faute positive, vous n'êtes pas pour cela excusables. Ainsi lorsqu'il s'est commis un meurtre dans une maison, quoique le maître du logis n'en soit pas coupable, son inattention ne laisse pas d'être exposée aux rigueurs de la justice, dès là que l'action criminelle s'est passée chez lui. Ornez-vous donc maintenant, embellissez soigneusement votre corps, afin que vos frères périssent en vous voyant. Mais que deviendra ce divin précepte : « Vous aimerez votre prochain comme vous-même3 ? » Hélas ! si vous avez peu de soin de votre salut, ne ruinez pas du moins le salut des autres. Ne croyez pas que le Saint-Esprit se soit expliqué de la sorte par rapport seulement à certains devoirs de charité en particulier : il a parlé par rapport à toutes les occasions où nous pouvons être utiles au prochain. Puisqu'il est donc vrai que notre bien spirituel et celui des autres est en péril par le soin qu'on prend d'augmenter des attraits déjà trop dangereux par eux-mêmes, soyez persuadées que vous ne devez pas seulement rejeter cet appareil d'ornements, au moyen desquels la passion commence de s'allumer; mais que vous devez encore laisser diminuer ou effacer l'éclat de votre beauté naturelle, par une espèce de négligence qui ait Dieu pour principe. De cette sorte vous arrêterez les écarts dangereux que les yeux ont accoutumé de faire. Car bien qu'il ne faille pas condamner absolument la beauté, en tant qu'elle est un avantage du corps, un ornement de l'ouvrage de Dieu, et un voile honorable de notre âme, cependant le tort que nous pouvons causer à ceux qui nous voient doit nous faire appréhender les mêmes effets que la beauté de Sara fit craindre autrefois à Abraham 4. Ce père des croyants fut obligé de cacher sa femme sous le nom de sœur, afin de la délivrer de l'insulte des Égyptiens.