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| Quintus Septimius Florens Tertullianus Traité de la pénitence IntraText CT - Lecture du Texte |
XI. Afin donc que je commence par la raison pour laquelle la couronne militaire est en usage, il faut premièrement savoir si la guerre est totalement et absolument licite aux chrétiens ; car quelle apparence y aurait-il de traiter et discourir des accidents, si l'essence et le principal étaient blâmables ? Croyons-nous qu'il soit possible d'accumuler le serment fait à l'homme sur celui qui a été fait à Dieu et après Jésus-Christ répondre et nous enrôler sous un autre seigneur, et renoncer à père et mère, à tout prochain lesquels la loi nous commande honorer et aimer après Dieu et l'Évangile, qui les préfère à toutes autres choses réservées à Jésus-Christ. Sera-t-il permis de faire profession de l'épée, vu que notre Dieu a prononcé que celui qui usera du glaive périra du glaive ? Le fils de paix ira-t-il au combat, à qui il n'est pas seulement permis de plaider ? Fera-t-il souffrir à autrui les liens, la prison, les supplices, lui qui ne peut venger ses propres injures ? Entrera-t-il au corps de garde pour autre que pour Jésus-Christ, et le propre jour du dimanche, puisqu'il ne le fait pas pour Jésus-Christ même ? Sera-t il en veilles pour les temples auxquels il a renoncé? et soupera-t-il au lieu où l'apôtre le prohibe ? Défendra-t-il de nuit ceux qu'il aura chassés de jour par exorcismes, s'appuyant et se reposant sur une lance avec laquelle on a outre-perce le côté du Sauveur? Portera-t-il l'étendard qui est fait à l'envi de Jésus-Christ, et demandera-t-il la marque et la livrée du
prince celui qui l'a déjà prise de Dieu ? Celui qui est mort et qui attend d'être éveillé par la trompette de l'ange, sera-t-il éveillé par la trompette d'un trompette ? Le chrétien sera-t-il brûlé selon la discipline militaire, lui à qui il n'a été loisible de brûler et auquel Jésus-Christ a remis la peine du feu ? Combien d'autres actes se commettent-ils au camp et aux exploits militaires, qui ne peuvent être attribués qu'au péché ? Même s'enrôler aux bandes des ténèbres, venant de celles de la lumière, est transgresser. Autre chose est de ceux qui étaient soldats avant d'être chrétiens, comme ceux que saint Jean baptisait, et le très-fidèle centurion que Jésus-Christ approuve, et que Pierre catéchise, pourvu qu' après avoir reçu la foi et s'être souscrit à celle-ci, on s'en départe, comme plusieurs ont fait, ou bien qu'on prenne bien garde de ne commettre contre Dieu des choses qui ne sont pas même permises par les lois militaires, voire même de souffrir à l'extrémité pour l'amour de Dieu ce que la foi païenne commande, car l'état militaire ne permet ni impunité de forfaits ni impunité de martyre. Jamais le chrétien n'est autre que chrétien, en quelque part qu'il soit. Il n'y a qu'un Evangile, qu'un Jésus-Christ. C'est lui qui désavoue ceux qui le désavouent, et qui confesse et avoue ceux qui confessent et avouent Dieu, et qui sauve l'âme qui se perd pour son nom, et au contraire perd celle qui s'est voulu sauver contre et au préjudice de son nom. Envers Dieu, autant est le soldat païen fidèle, que le soldat païen infidèle. L'état du fidèle ne reçoit point d'excuse fondée sur la nécessité. Il n'y a aucune nécessité à pécher à ceux auxquels cette seule nécessité est imposée de ne point pécher ; car on est bien pressé par force de tourments ou de peine à sacrifier et à nier Dieu tout à plat. Toutefois notre discipline n'excuse, ni ne convient point à cette nécessité ; car il y a plus grande nécessité de souffrir le martyre et de craindre de renoncer Dieu, que d'éviter le tourment et s'acquitter de sa charge. Au demeurant, cette manière de raison renverse toute l'essence et le fondement du serment fait envers Dieu, voire tant qu'il autorise et lâche la bride aux
péchés qui se font volontairement et de gaieté de cœur ; car en ce cas, on pourrait débattre que toujours la volonté serait en nécessité, ayant de quoi être contrainte. Je pourrais moi-même forger à plaisir de semblables excuses, et mettre en Dieu telles causes apparentes en faveur de ceux qui portent des couronnes servant à divers effets, et m'en remettre à cette raison commune de la nécessité, qui est la directrice et gouvernante ; au lieu qu'à cette occasion il faut tout fuir telles, pour ne tomber en péché, ou souffrir le martyre pour se délivrer de celles-ci. Il n'est jamais besoin de discourir plus avant de la première partie delà question, savoir si la guerre est du tout illicite afin que nous venions à la seconde ; car si je n'ai rejeté entièrement et de tout mon effort la guerre, en vain je parle contre la couronne militaire. Soit donc posé le cas que la guerre est licite, afin que cela même -puisse servir de cause et raison pour la couronne.