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Quintus Septimius Florens Tertullianus
Traité de la patience

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VIII. D'ailleurs nous sommes en cette misérable vie exposés aux plus grandes épreuves , et l'Évangile nous oblige quelquefois d'essuyer les plus grands affronts, malgré nos plus grandes répugnances. Faudra-t-il donc que de légères attaques nous blessent mortellement ? Loin de nous une telle faiblesse. A Dieu ne plaise que notre patience éprouvée tous les jours par mille traits violents, succombe honteusement sous une légère injure. Si vous êtes insultés, souvenez-vous aussitôt de l'avertissement de notre Seigneur : « Lorsqu'on vous frappera, dit-il, sur une joue, présentez encore l'autre joue 15. » Lassez l'insolence d'autrui par votre patience. Quelque ignominieuse et affligeante que soit l'insulte que vous recevez de votre adversaire , ne vous emportez pas ; il en sera plus grièvement puni par le Seigneur pour l'amour de qui vous la supportez. Vous ne pouvez mieux vous venger de votre ennemi qu'en souffrant tranquillement ses mauvais procédés. Rappelez aussitôt dans votre souvenir ces paroles de l'Évangile : « Réjouissez-vous lorsqu'on parlera mal de vous 16 » D'ailleurs le Seigneur lui-même, quoiqu'il soit le seul essentiellement et souverainement digne de bénédiction , n'a-t-il pas néanmoins été accablé de malédictions sur la croix? Suivons un tel maître. Que le monde nous maudisse , peu importe , pourvu que nous soyons bénis de notre Père céleste. Au contraire si je souffre avec chagrin une parole qu'on aura dite contre moi, il faut ou que je rende la pareille ou que je me tourmente moi-même dans mon impatience , sans oser me plaindre. Et si je viens à me venger en rendant injure pour injure, comment me montrerai-je fidèle disciple de Jésus-Christ.


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Le Seigneur nous avertit encore que nous rendrons compte de toutes nos paroles vaines et inutiles ; que sera-ce des paroles injurieuses? II s'ensuit donc que ce divin Maître nous ordonne de souffrir patiemment de la part d'autrui le mal qu'il nous défend sous de rigoureuses peines de faire au prochain.

Considérons maintenant la douceur qui se trouve à être patient. Quelques traits que la calomnie ou la malignité lancent contre une âme patiente ne produiront d'autre effet que celui d'une flèche décochée contre un roc impénétrable ; ce sera un coup perdu : la flèche tombera à terre ou même elle sera quelquefois réfléchie avec la même impétuosité vers celui qui l'a décochée. Quelqu'un vous blesse : pourquoi? c'est pour vous porter un coup douloureux; car le fruit le plus agréable que goûte celui qui blesse, c'est la douleur de celui qui est blessé. S'il arrive donc que vous fassiez périr ce fruit par votre patience, il faudra que la douleur retombe sur votre ennemi, lequel a perdu le fruit qu'il se promettait. De cette sorte non-seulement vous ne recevrez aucune blessure (ce qui devrait vous suffire), mais vous aurez encore le plaisir de l'avoir frustré de son espérance et de lui avoir renvoyé la douleur; qu'il prétendait vous causer. Voilà le doux avantage qu'on, trouve à être patient.




15. 1 Matth. 5.


16. 2 Ib.





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