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| Auctor incertus (Tertullianus?) Contre tous les hérétiques IntraText CT - Lecture du Texte |
II. [XLVII.] A ces hérétiques se joignent ceux que l’on appelle Ophites. Car ils glorifient tellement le serpent, qu’ils le mettent au-dessus du Christ lui-même. En effet, disent-ils, c’est lui qui nous a donné l’origine de la science du bien et du mal. Moïse connaissait bien sa puissance et sa majesté, quand il dressa le serpent d’airain, et que tous ceux qui le regardèrent obtinrent la guérison. Il y a mieux. Le Christ lui-même n’imite-t-il pas dans son Évangile la puissance sacrée du serpent, lorsqu’il dit « De même que Moïse éleva le serpent au désert, ainsi il faut que le Fils de l’homme soit élevé ? » De là vient que les Ophites introduisent un serpent pour bénir leur Eucharistie. Mais voici quelle est l’origine de toute cette erreur et de cet appareil superstitieux. Ils soutiennent que de cet Eon primitif naquirent plusieurs autres Eons inférieurs ; mais qu’un certain Eon, nommé Jaldabaoth, est supérieur à ces derniers. Il a été conçu d’un autre Eon qui s’unit à des Eons inférieurs. Dans la suite, voulant s’élever jusqu’aux régions supérieures, il fut trahi dans ses efforts, à cause de la pesanteur de la matière qui composait sa substance. Laissé dans les régions intermédiaires, il étendit son domaine et créa le ciel. Jaldabaoth cependant descendit dans les régions inférieures, et engendra sept fils. A force de s’étendre, il ferma les régions supérieures, afin que les anges ainsi hors d’état de connaître les régions les plus élevées, le regardassent comme Dieu unique. Ces Vertus et ces anges inférieurs créèrent l’homme, qui n’ayant été créé que par des Vertus infirmes et sans puissance, rampa sur la terre comme un vermisseau. Mais l’Eon de qui était sorti Jaldabaoth, touché de compassion, envoya à l’homme, ainsi condamné à ramper, une étincelle qui, en réveillant ses facultés, le mit à même de raisonner et de connaître les régions supérieures. Que fit alors ce Jaldabaoth ? Dans son indignation, il tira de lui-même la Vertu et la ressemblance du serpent. Voilà quelle fut la Vertu dans le paradis, c’est-à-dire voilà quel fut le serpent, auquel Eve avait cru comme au Fils de Dieu. Elle cueillit par ses conseils, ajoutent-ils, le fruit de l’arbre : par là, il apporta au genre humain la science du bien et du mal. Ils ne croient pas que la chair de Jésus-Christ ait été réelle. Ils n’admettent pas davantage la résurrection dé l’homme.
Il éclata encore une autre hérésie ; c’est celle des Caïniens. Ils exaltent Caïn, qu’ils regardent comme ayant été conçu par quelque Vertu puissante qui opéra en lui. Car Abel, selon eux, né d’une Vertu inférieure, avait été procréé ; voilà pourquoi il était inférieur. Ceux qui parlent ainsi, revendiquent aussi le traître Judas, qu’ils proclament grand et admirable, à cause du service qu’il rendit au genre humain. Quelques-uns, en effet, croient devoir remercier solennellement Judas de sa trahison. Comme il remarquait, disent-ils, que Jésus-Christ essayait de détruire la vérité, il le livra pour que la vérité ne fût pas détruite. D’autres, au contraire, raisonnent dans ce sens. Les puissances de ce monde ne voulaient pas que Jésus-Christ endurât sa passion, de peur que le genre humain ne recouvrât le salut par sa mort. Judas, pour consommer le salut du genre humain, livra le Christ, afin que le salut, qui était entravé par les Vertus dont la haine s’opposait à l’avènement du Christ, ne fût plus entravé, ni la réhabilitation de l’homme retardée par la passion du Christ.
Vient ensuite l’hérésie des Setthoïtes. Voici quelles sont les extravagances de cette doctrine. Deux hommes furent créés par les anges, Caïn et Abel : il s’éleva parmi les anges de grandes dissensions et des querelles terribles à cause d’eux. Alors la Vertu qui est supérieure à toutes les vertus, et qu’ils appellent la Mère, aussitôt que la mort d’Abel lui fut annoncée, voulut que Seth fût conçu et naquît à la place d’Abel, afin que, par la mort et la naissance de cette semence pure, les anges qui avaient formé les deux premiers hommes fussent déshérités de leur gloire ; car ils soutiennent que les anges formèrent avec les hommes des unions illégitimes. Alors cette même Vertu, qu’ils appellent le Mère, ainsi que nous l’avons dit tout à l’heure, châtia ces prévarications par le déluge, afin de détruire entièrement la race née de ce mélange, et de ne conserver que la semence qui était pure et intacte. Mais les anges qui avaient créé les hommes de la première semence se glissèrent secrètement, et à l’insu de la Mère, dans l’arche de Noé avec les huit personnes qu’elle renfermait, et y introduisirent la semence de Caïn, afin que la semence de la malice, au lieu de périr, fût conservée avec les autres, et que rendue à la terre après le déluge, elle se développât à l’exemple des autres, se répandît au loin, et couvrît l’univers tout entier. Quant au Christ, ils ne le regardent que comme Seth, et il n’a été réellement que Seth, disent-ils.