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Émile Zola
"Pot-Bouille" au Théâtre

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VI

Il me reste à associer au succès de Pot-Bouille M. Emile Simon, le directeur de l'Ambigu, qui a monté la pièce avec un sens très moderne du théâtre, et les artistes dont l'intelligence et la vaillance ont assuré la victoire dans cette bataille attendue.

C'est au jeu de Mme Aline Duval, si fin et si plein de belle humeur, que le rôle de Mme Josserand a de ne pas trop effaroucher : elle s'y est montrée grande comédienne, surtout au premier acte, par la pointe de fantaisie qu'elle a introduite dans la stricte vérité du personnage. Et il faut ajouter que Mme Kolb, dans le rôle de Berthe, l'accompagnait de toute sa science, jeune fille d'une mauvaise éducation adorable au premier acte, irrésistible chanteuse de niaiseries sentimentales au second, épouse fatalement adultère au troisième, amante querelleuse et sans plaisir au quatrième : rôle d'une difficulté énorme, contenant l'analyse d'une vie entière, très ingrat, très antipathique, et dont l'artiste s'est tirée avec une souplesse et une abondance de ressources extraordinaires. Je dois nommer aussi Mme Augustine Leriche, d'une verve, d'un éclat si amusant dans le rôle d'Adèle, dont elle a fait une figure inoubliable ; Mme Antonia Laurent, qui n'avait que deux courtes scènes et dont la Rachel restera pourtant comme une création ; Mlle Valette, une Marie Pichon délicieuse de bêtise bourgeoise, d'innocence au delà du mariage, tombant à la faute par ignorance romanesque ; Mlle Vrignault, qui a réussi à rendre charmante la désagréable Hortense ; Mmes Bévalet, Valatte, Helmont, enfin toutes celles qui ont complété le remarquable ensemble.

Du côté des hommes, l'interprétation n'a pas moins été hors ligne. M. Delannoy a, dans Josserand, résumé et couronné sa longue carrière dramatique, à la fois d'une bonhomie pénétrante et d'une émotion montant jusqu'au frisson du drame : le bonhomme résigné du premier acte, le père attendri du troisième, est mort au cinquième avec une ampleur vraiment tragique, qui a soulevé une tempête d'applaudissement. Un gros succès a été fait également à M. Courtès, dans sa querelle du troisième acte, qu'il a enlevée avec une énergie superbe ; et, pour ma part, je l'ai goûté autant, sinon plus, dans les parties comiques du second acte, où il a montré une originalité si gaie. D'autre part, on ne saurait trop louer M. Bertal de la manière dont il a composé Octave Mouret, avec la légèreté, les coups de caprice, le vif appétit de fortune, qui rendent cet amant peu scrupuleux supportable à la scène. Enfin, je me reprocherais de ne pas rendre justice au Trublot correct et fantaisiste de M. E. Petit, un des personnages qui ont le plus porté, au Bachelard canaille et ramolli de M. Blaisot, jusqu'aux bouts de rôle, que MM. Herbert, Maxnère et Dherbilly tenaient avec talent.




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