Scène VII. Les Même, Pierre
PIERRE
(en costume de chercheur d'or,
culotte et guétres du cuir,
grand sombrero à la main.)
Bonjour, la famille!C'est moi.
MARIE-ANNE
Grand Dieu!
JANIK
(épouvantée)
Qui, lui?
PIERRE
Moi, donc.
JANIK
(à sa mère.)
Qu'est-ce que veut cet homme.
Ma
mère?
PIERRE
(s'avançant vers Janik.)
N'est-ce pas Janik, vous, qu'on
vous nomme?
JANIK
Oui, mais...
PIERRE
Eh bien!pourquoi ces airs épouvantés
Je suis suis votre cousin, Pierre.
JANIK
Oh!non.Vous mentéz.
PIERRE
Ah!Par exemple, si je mens, que Dieu me damne!
Regardez-moi, voyons, ma tante Marie-Anne.
JANIK
O ma mère, dis-moi que c'est un étranger,
Je t'en prie.
PIERRE
En quinze ans d'absence on peut changer.
D'ailleurs, quand je partis, Janik était gamine.
Mais vous, ma tante, vous!
MARIE-ANNE
Oui, plus je l'examine...
PIERRE
Vous me reconnaissez! Quelle est donc la raison
De m'accueillir comme un intrus dans ma maison?
MARIE-ANNE
Pardon! Je vous dirai la chose tout à l'heure.
JANIK
Mais c'est donc vrai!
(Elle
pleure.)
Mon Dieu! qu'ai-je fait?
PIERRE
Elle pleure!
Comment!Quand je reviens enfin, riche et joyeux,
Avec de l'or pour vous et pour le pauvre vieux.
Où donc est-il, mon brave ancien, que je l'embrasse?
Celui-là n'est pas homme à renier sa race;
Et s'il pleure, lui qui m'aimait si tendrement,
Ce sera dans mes bras et de ravissement.
JANIK
(à part.)
Hélas!Combien je suis envers lui criminelle!
MARIE-ANNE
Écoutez, Pierre.Par la justice éternelle
Je vous jure que si nos cœurs semblent navrés...
Mais quand vous saurez tout, vous
nous pardonnerez.
La hasard a tout fait.Le crime n'est point nôtre.
PIERRE
Quel crime?
MARIE-ANNE
Voici.
JANIK, qui
s'était reculée jusqu'à la fenêtre.
Ciel!le grand-père!
(Se cachant la face dans le mains.)
Avec l'autre!
PIERRE
(se dirigeant vers la porte.)
Grand-père...
MARIE-ANNE
(le retenant.)
Taisez-vous, que je lui parle avant.
Par pitié!
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