105. Il y en a aussi qui dénient à nos prières
toute valeur d'impétration proprement dite, ou qui tentent de
répandre l'opinion que les prières privées ont peu de valeur, celles qui ont
une vraie valeur étant plutôt les prières publiques présentées au nom de
l'Eglise, puisqu'elles partent du Corps mystique même de Jésus-Christ. C'est là
aussi une erreur; car le Sauveur ne s'unit pas seulement son Eglise comme une
Epouse très chère, mais encore, en elle, les âmes de chacun des fidèles, avec
lesquelles il est très désireux de s'entretenir intimement, surtout après la
sainte Communion. Et quoique la prière publique, comme procédant de notre Mère
l'Eglise, à cause de sa qualité d'Epouse du Christ, l'emporte sur toute autre,
cependant toutes les prières, même les plus privées, ne manquent ni de valeur
ni d'efficacité, et contribuent même beaucoup à l'utilité du Corps mystique
dans lequel rien de bien, rien de juste n'est opéré par chacun des membres qui,
par la communion des saints, ne rejaillisse aussi sur le salut de tous. Et,
pour être membres de ce Corps, les chrétiens individuels ne perdent pas le
droit de demander pour eux-mêmes des grâces particulières, même d'ordre
temporel, tout en restant dépendants de la volonté de Dieu: ils demeurent, en
effet, des personnes indépendantes, soumises chacune à des nécessités
spéciales172. Quant à l'estime que tous doivent avoir de la méditation
des vérités célestes, ce ne sont pas seulement les documents de l'Eglise qui
l'indiquent et la recommandent, mais aussi l'usage et l'exemple de tous les
saints.
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