13. Tout le monde sait, en effet, que Dieu avait
placé le père de tout le genre humain dans un tel état
d'excellence qu'il devait donner à ses descendants, en même temps que la vie
d'ici-bas, la vie surnaturelle de la grâce céleste. Pourtant, après la chute
désastreuse d'Adam, toute la famille humaine, souillée par la faute originelle,
perdit la participation de la nature divine7, et nous devînmes tous
fils de colère8. Mais Dieu, dans sa grande miséricorde, a tant aimé le
monde qu'il lui a donné son Fils unique9, et le Verbe du Père éternel,
poussé par ce même amour divin, prit, pour lui, dans la descendance d'Adam, une
nature humaine, mais innocente et exempte de toute souillure, afin que de lui,
comme d'un nouvel Adam céleste, la grâce du Saint-Esprit découlât sur tous les
fils du premier père, et que ceux-ci, privés par le péché du premier homme de
l'adoption de la famille divine, mais devenus, par l'Incarnation du Verbe,
frères selon la chair du Fils unique de Dieu, reçussent le pouvoir de devenir
fils de Dieu10. Voilà pourquoi, suspendu à la Croix, Jésus-Christ n'a
pas seulement réparé les droits violés de la justice du Père éternel, mais il a
encore mérité à nous, ses frères, une abondance ineffable de grâces. Ces
grâces, il aurait pu les communiquer lui-même directement à tout le genre
humain; toutefois, il ne voulut le faire que par l'intermédiaire d'une Eglise
visible, qui grouperait les hommes; et cela pour leur permettre d'être, par
elle, ses coopérateurs dans la distribution des fruits de la Rédemption. Car si
le Verbe de Dieu a voulu se servir de notre nature pour racheter les hommes par
ses souffrances et ses tourments, il se sert de même de son Eglise au cours des
siècles pour perpétuer l'œuvre commencée11.
|