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LE CHOEUR
Céleste justice,
tu veux son supplice,
et le saint-office
punit les pervers.
Sauvons ces infâmes!
Qu'ici-bas les flammes
préservent leur âmes
du feu des enfers.
DOM SEBASTIEN
Où la conduisez-vous?
JUAM DE SYLVA
Au bûcher!
DOM SEBASTIEN
Quelle est-elle?
JUAM DE SYLVA
Zayda l'Africaine, hérétique, infidèle!
Aux rives de Tunis prise par nos vaisseaux,
elle avait, abjurant des dieux trompeurs et faux,
reçu l'eau du baptême...
ZAYDA
Oui, tremblante de crainte,
j'avais de Mahomet renié la foi sainte!
JUAM DE SYLVA
(à Dom Sébastien)
Vous l'entendez!
ZAYDA
Et dans mon repentir,
d'un odieux couvent, hier, je voulais fuir...
DOM SEBASTIEN
Et pourquoi?
ZAYDA
Pour revoir l'Afrique, ma patrie,
et mon vieux père, hélas! qui me pleure et m'attend!
DOM SEBASTIEN
(vivement)
Ah! Tu ne mourras pas!
JUAM DE SYLVA
(s'avançant)
Notre roi tout-puissant
ne saurait au bûcher arracher celle impie,
ni du saint tribunal annuler les arrêts!
DOM SEBASTIEN
Mais je puis commuer sa peine!... Et pour jamais,
et sous peine de mort, j'exile l'étrangère.
JUAM DE SYLVA
En quels lieux?
DOM SEBASTIEN
En Afrique, et près de son vieux père!
Zayda pousse un cri et tombe aux genoux de Dom
Sébastien.
CAMOENS
Vive le roi!
JUAM DE SYLVA et LES INQUISITEURS
Ah! l'impie,
il nous défie,
il outrage la foi!
ZAYDA
(aux pieds du roi)
O toi qui me pardonne,
ô le meilleur des rois!
Pour jamais je te donne
les jours que je te dois!
Que les dieux protégent ta vie,
de gloire et d'honneurs sois comblé!
Et du beau ciel de ta patrie
ah! ne sois jamais exilé!...
JUAM DE SYLVA et LES INQUISITEURS
Notre sainte colère
n'épargne pas les rois.
Malheur au téméraire
qui réconnaît nos lois!
ZAYDA
O mon Dieu! Sur la terre,
mon appui tutélaire,
ô le meilleur des rois!
A toi qui me pardonne,
je consacre et je donne
les jours que je te dois!
DOM SEBASTIEN
O charmante étrangère,
doux attraits, douce voix!
Le coeur le plus sévère
reconnaîtrait tes lois!
On entend un appel de trompettes. Des officiers et
des soldats s'avancent.
DOM SEBASTIEN
Entendez-vous la trompette
que l'écho des mers répète?
Pour nous la palme s'apprête,
marchons, nobles Portugais!
Conquérants du Nouveau-Monde,
la victoire nous seconde!
Des flots que Dieu nous réponde...
Je vous réponds du succès!
(au Camoëns)
Toi, dis-nous le chant du départ,
et s'il est vrai que le poëte
soit inspiré du ciel, dis-nous, divin prophète,
quel sort attend notre étendard?
CAMOENS
(avec enthousiasme)
Oui, le ciel m'enflamme et m'inspire!
Voyez-vous l'horizon serein?...
Voyez-vous le royal navire
aborder le sol africain?...
Le vent du désert nous apporte
le cri du guerrier frémissant!...
Combien sont-ils?... Que nous
importe?
En avant, chrétiens, en avant!
LES SOLDATS
(s'animant)
En avant, soldats de la foi,
en avant! Gloire à notre roi!
CAMOENS
Quelle masse épaisse, innombrable,
se renouvelle sous nos coups?
Comme des tourbillons de sable,
ils s'étendent autour de nous!
(en ce moment, le théâtre s'obscurcit, la mer
devient
agitée, et l'on entend au loin gronder le tonnerre)
Sous nos pas a frémi la terre,
sur nos fronts mugit le tonnerre.
(avec égarement)
Soldats! Défendez votre roi,
soldats! Sauvez notre bannière...
Je la vois encor... Je la voi...
Mais sanglante et dans la poussière...
En avant... en avant, et
mourrons pour le roi!
LES SOLDATS
En avant... en avant, et mourrons pour le roi!
DOM SEBASTIEN
(s'élançant au mileiu d'eux)
Que dites-vous, amis?
CAMOENS
(revenant à lui)
Oui... Oui... Pardonnez-moi!
Les éclats de la foudre et ces épais nuages
n'apportaient à mes sens que de sombres présages!
(en ce moment les nuages se dissipent, la mer
redevient calme et le soleil brille)
Mais le soleil revient!... Soleil, qui des héros
dois aux champs africains éclairer la vaillance,
que devant tes rayons s'inclinent nos drapeaux!
Tous les drapeaux s'inclinent.
DOM SEBASTIEN
Seigneur! Bénissez-les.
JUAM DE SYLVA
(étendant les mains)
Oui, que la Providence
daigne exaucer nos voeux!...
(a part)
Et monarque et soldats,
des sables africains vous ne sortirez pas!...
JUAM DE SYLVA, DOM ANTONIO
et LES INQUISITEURS
Anathème à l'hérésie!
Anathème sur l'impie
qui nous brave et nous défie,
et réconnaît nos décrets!
Que sur son front le ciel gronde,
que sous lui s'entr'ouvre l'onde,
que l'enfer seul lui réponde,
et l'engloutisse à jamais...
DOM SEBASTIEN, CAMOENS
et LES SOLDATS
Entendez-vous la trompette
que l'écho des mers répète?
Pour nous la palme s'apprête,
partons, nobles Portugais!
Conquérants du Nouveau-Monde,
la victoire nous seconde!
Des flots que Dieu nous réponde...
Je vous réponds du succès!
ZAYDA
De la fureur de l'impie
il a préservé ma vie;
Mahomet, je t'en supplie,
récompense ses bienfaits!
O puissant maître du monde,
qu'à mes voeux son sort réponde,
que la justice confonde
les méchants et leurs projets!
(à genoux)
O Mahomet, sauve sa vie!
LE PEUPLE
Dieu des chrétiens, sauve le roi!
DOM SEBASTIEN
Adieu, Lisbonne!...
CAMOENS
Adieu, patrie!
DOM SEBASTIEN
Nous reviendrons dignes de toi!
ZAYDA
De la fureur de l'impie
il a préservé ma vie,
Mahomet, je t'en supplie,
récompense ses bienfaits!
O puissant maître du monde,
qu'à mes voeux son sort réponde,
que la justice confonde
les méchants et leurs projets!
JUAM DE SYLVA, DOM ANTONIO
et LES INQUISITEURS
Anathème à l'hérésie!
Anathème sur l'impie
qui nous brave et nous défie,
et réconnaît nos décrets!
Que sur son front le ciel gronde,
que sous lui s'entr'ouvre l’onde,
que l'enfer seul lui réponde,
et l'engloutisse à jamais!
DOM SEBASTIEN, CAMOENS
et LES SOLDATS
Entendez-vous la trompette
que l'écho des mers répète?
Pour nous la palme s'apprête,
partons, nobles Portugais!
Conquérants du Nouveau-Monde,
la victoire nous seconde!
Des flots que Dieu nous réponde...
Je vous réponds du succès!
LE PEUPLE
Pour la gloire et la patrie
quand il expose sa vie,
exauce, Dieu que je prie,
tous les voeux de ses sujets.
O puissant maître du monde,
qu'à mes voeux son sort réponde,
que la justice confonde
les méchants et leurs projets!
Dom Antonio et Juam de Sylva laissent éclater la joie que
leur cause le départ de Dom Sébastien. Le peuple entoure
le roi de ses transports. Zayda lui baise la main. Le roi,
Camoëns et les officiers montent sur le vaisseau amiral, et
l'on aperçoit en pleine mer, à l'horizon, toute la flotte
portugaise à la voile.
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