Scène VI. Les mêmes; Abayaldos et
les arabes
LES ARABES
Victoire! Victoire! Victoire!
Allah du haut du ciel
a proclamé la gloire
des enfants d'Ismaël!
Ni pitié, ni clémence!...
Que le fer menaçant
serve notre vengeance,
et s'abreuve de sang!
LES PORTUGAIS
Trahis par la victoire,
dans notre sort cruel,
il nous reste la gloire
de mourir pour le ciel!
Oui, contre leur vengeance,
soutiens-nous, Dieu puissant!
Céleste récompense
près de toi nous attend!
ABAYALDOS
Des ennemis vaincus les corps jonchent la plaine,
le roi, qui sous nos coups sanglant était tombé,
au destin qui l'attend s'est ici dérobé!
Sébastien est à nous, c'est Dieu qui nous l'amène!
LES ARABES
Au nom d'Abayaldos, défenseur de la foi,
que des derniers chrétiens disparaisse la trace!
Frappons-les!
DOM SEBASTIEN
(se soulevant)
Moi, d'abord!
ABAYALDOS
(aux Portugais)
Oui, pour vous point de grâce,
si vous ne me nommez à l'instant votre roi.
Parlez? Lequel de vous est
Sébastien?
Dom Sébastien fait un mouvement.
DOM HENRIQUE
(le prévient et dit à voix haute)
C'est moi!
(à voix basse et serrant la main de Dom Sébastien,
qui veut parler)
Vivez pour eux!... Je meurs!
(il tombe à terre et rend le dernier soupir)
ABAYALDOS
(debout et le contemplant)
Gisant dans la poussière,
le voilà donc, ce roi!... Ce héros téméraire,
qui rêvait en Afrique un empire nouveau!
Il n'y sera venu conquérir qu'un tombeau!
Même après son trépas, esclave en cette terre,
sa cendre, parmi nous, restera prisonnière!
(aux seigneurs portugais)
Vous, pourtant, j'y
consens, jusqu'au dernier séjour,
accompagnez le prince, objet de votre amour!...
On emporte le corps de Dom Henrique, et sur un gest
d'Abayaldos les seigneurs portugais le suivent.
LES ARABES
Victoire! Victoire! Victoire!
Allah! Du haut du ciel
a proclamé la gloire
des enfants d'Ismaël!...
Ni pitié, ni clémence!...
Que le fer menaçant
serve notre vengeance,
et s'abreuve de sang!
Ils sortent tous.
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