GUÉRISON
RADICALE
DE L'AMOUR MALHEUREUX
EN QUINZE
JOURS !!!
Consultations
de midi à deux heures chez le docteur I,
rue Neuve-de-Luxembourg
On ne paye qu'avant la guérison.
Oh ! je vous l'avoue, je ne
m'attendais pas à mon triomphe ! Quelle ville, quel peuple ! Comme les
doctrines nouvelles se mettent promptement en vogue ! Le premier jour, j'ai
donné trois cents consultations de vingt francs ; le second jour, j'ai été
forcé de demander quatre gardes municipaux à la préfecture de police ; on
prenait mon cabinet d'assaut. Maintenant, je donne mes consultations à douze
personnes à la fois ; cela marche plus vite. La semaine prochaine j'ouvre un
cours public dans la salle de l'Athénée, à cinq francs le billet. M. Lefort m'a
dit que cette vogue ne sera pas longue et qu'il faut profiter de la veine. On
craint d'ailleurs que le préfet de police ne fasse fermer les portes des
monuments. J'ai donc signé un bail pour un mois avec le propriétaire de la tour
Saint-Jacques ; il s'engage à traiter mes malades par abonnement de quinze
jours. Les deux chemins de fer de Versailles sont encombrés. On m'a dit que, si
j'avais demandé un brevet d'invention au ministre, on m'aurait donné, comme à
M. Daguerre, une bonne pension de six mille francs. Ma plus belle récompense
est dans la bénédiction unanime de mes clients heureux et guéris ; ils vont me
faire frapper une médaille d'or. C'est un enthousiasme inouï. Cinq malades
invétérés, de vingt à cinquante-sept ans, échappés grâce à moi aux ravages d'une
passion de vaudeville, se sont constitués les héritiers de mes doctrines, et
ils les feront fleurir après mon départ. Ils se proposent d'acheter par actions
la tour Saint-Jacques, et d'ajouter deux cents marches à son escalier.
Le Tien n'a donné à ce monde
aucun mal incurable ; il a placé le nénufar auprès du piment, et le bois qui
fait l'écluse auprès du torrent de Kiang-ho. C'est à l'homme de découvrir le
remède. Le Tien sait toujours ce qu'il fait ; et nous, nous faisons ce que nous
ne savons pas.
Mon esprit est calme ; mon coeur
est léger comme tout ce qui est vide. Je vais maintenant faire mes adieux au
kolao des affaires étrangères et corriger toutes les fautes de diplomatie que
j'ai faites lorsque j'étais poursuivi par le pied de Mlle Alexandrine de
Saint-Phar.
Le docteur I.
|