II
Cependant, un jour, l’intendant Joël reçut une lettre qu’il apporta bien vide
au maître d’école Festinard, ne sachant, pour sa part, lire que l’écriture
moulée. Festinard chaussa son grand nez de besicles, et avec l’importance d’un
homme qui domine une situation, après s’être violemment mouché et avoir craché
de droite et de gauche, voici ce qu’il lut :
« Monsieur mon intendant,
« Prenant femme le trente courant et désirant venir passer en mes terres la
première semaine de mon mariage, je vous prie de faire aménager l’appartement
de mes aïeux de façon que je puisse m’y installer convenablement. A côté de la
chambre où vous aurez érigé le lit nuptial, vous voudrez bien ménager, d’une
part, un cabinet de toilette et, de l’autre, un boudoir où, dès le matin,
madame la comtesse, qui est musicienne passionnée, puisse étudier son piano.
Vous recevrez, par petite vitesse, tous les meubles que je juge nécessaires à
ce court séjour dans mon domaine. Comptant sur votre zèle et votre antique
dévouement à ma famille, monsieur mon intendant, je vous baille féodalement le
bout de mes doigts à baiser.
«Comte BERTRAND DE KELOAC KORNAUBEC. »
- Belle rédaction, dit Festinard en achevant la lecture.
- J’ai mon idée ! ajouta Petronius en faisant claquer les uns contre les autres
ses maigres doigts.
- Bonne affaire pour mes pauvres ! reprit l’abbé Lohic en se caressant
doucement l’abdomen.
- Enfin, je verrai une Parisienne ! conclut Dinah, la femme de l’intendant
Joël.
Joël, lui, n’avait pas prononcé une parole, mais il se frappait le front comme
un gaillard qui ne se dissimule pas l’importance de ce qu’il va faire.
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