III
En sa qualité d’architecte, Petronius fut chargé des arrangements intérieurs du
château ; il choisit la plus belle pièce pour y installer le temple où, comme
le dit élégamment Festinard, la jeune comtesse immolerait sa chasteté sur
l’autel de l’Amour. Cette magnifique chambre qui avait été, dans le bon temps,
une salle de torture, était justement flanquée de deux pièces moindres,
jouissant de la même exposition magnifique au soleil levant. Petronius choisit
immédiatement celle de gauche pour les ustensiles de toilette, et réserva celle
de droite pour en faire l’harmonieux boudoir demandé par M.
le comte. C’est donc dans cette dernière qu’il posa lui-même les appareils
sonores qu’il avait inventés pour cent-cinquantupler l’intensité des sons et
dont j’ai parlé plus haut. - Quelle agréable surprise, pensait-il, pour cette
jeune dame et pour le pays tout entier, quand le premier accord qu’elle fera
sur son piano retentira à ses oreilles comme une batterie d’artillerie et
effarouchera, à une demi-lieue, toutes les bêtes dans la plaine ! Dès qu’elle y
sera mieux accoutumée, ses moindres sonates seront une fête pour toute la
région, et nul doute qu’on ne vienne des quatre coins du monde, pour admirer
cette résurrection d’une des merveilles les plus accréditées de l’antiquité.
Ainsi se parlait à lui-même le doux Petronius, se complaisant dans
l’épanouissement de son propre génie.
Cependant d’immenses caisses avaient apporté les meubles annoncés - un mobilier
tout parisien, sans aucune recherche de couleur locale. Horreur ! Une armoire à
glace ! Un piano à queue avec une lyre à la pédale. Monsieur le comte était, au
fond, un assez joli bourgeois. Tout fut mis en place, sauf un objet dont la
destination douteuse provoqua un véritable conseil des ministres.
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