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| André Theuriet Le plat d'oronges IntraText CT - Lecture du Texte |
IV
«Une après-midi de septembre, Savigné revenait de courre le lièvre, comme nous aujourd'hui. Quand il fut dans ses châtaigneraies de la Roche-Tremblay et qu'il approcha d'un pavillon de chasse abandonné, il entendit derrière les volets mal clos de ce réduit un bruit de voix suspectes. Il attacha son chien à un baliveau, lui indiqua d'un geste qu'il fallait faire le mort, et par une pente moussue grimpa jusqu'au niveau de l'une des fenêtres du pavillon. Là, à son grand déconfort, il aperçut sa femme et Jacques des Allais en galant tête-à-tête, et put constater que tout était perdu, même l'honneur.
«Savigné n'était pas homme à faire d'esclandre ; il avait trop d'orgueil et trop peur du scandale pour ne pas se contenir. Il redescendit de son poste d'observation, très pâle, mais très maître de lui, alla en tapinois détacher son chien et s'éloigna silencieusement, en ruminant de quelle façon il se vengerait de l'infidèle. Chemin faisant, il aperçut des oronges sous les châtaigniers et se baissa pour les cueillir ; seulement, comme par distraction, il mêla à sa récolte quelques-unes de ces amanites perfides, connues vulgairement sous le nom de fausses oronges, et très soigneusement il gratta avec son couteau les taches de lèpre blanches qui permettent de distinguer l'espèce vénéneuse de l'espèce comestible ; puis, en rentrant au château, il porta à la cuisinière ces champignons, dont sa femme était très friande, et lui recommanda de les accommoder pour le dîner.