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| Manon Balletti Mon cher Casanova IntraText CT - Lecture du Texte |
juillet 1757, 1 heure et demie
Ah ! mon cher ami, que je me trouve coupable de vous avoir causé du chagrin ! Votre lettre, que je relis encore, me fait voir tous mes torts et éclipse ceux que j'imaginais que vous aviez. Je suis seule blâmable, mon cher ami ; m'excuserez-vous ? Je n'aime que vous et je veux toujours vous aimer ; si j'ai de l'humeur vis-à-vis de vous, c'est parce que je me figure sottement que vous n'avez plus pour moi cette même tendresse qui fait mon bonheur et qui est la seule chose que je désire.
Mais je n'imaginerai plus des choses aussi fausses et vous me verrez toujours la même. Mais que je vous ai causé de peines ! Je me les représente à présent et je m'en veux un mal infini. Ah ! mon cher ami, m'aimez-vous toujours ? Que je crains que non ! Mais votre lettre est tendre, ainsi j'espère que vous l'êtes aussi.
Mais avez-vous pu songer, mon cher ami, que j'aie changé après la marque que je vous ai donnée de mon amour pour vous, après ce que je vous ai dit, ce que je vous ai écrit ? Non, il n'est pas possible, je serais la plus méprisable du monde si j'en étais capable. Mais vous avez été plus loin, mon cher ami : vous avez cru que je vous haïssais. Moi, vous haïr ! moi ! Allez, mon cher Casa, j'ai pour vous un sentiment tout contraire ! Il y a dans votre lettre un endroit qui me flatte au dernier point : vous ne pouvez vivre sans ma tendresse, dites-vous ; eh ! bien, mon cher coeur, vivez, car vous la possédez tout entière ; elle n'est point partagée, elle est toute à vous !
Si vous m'aimez, mon très cher ami, comme je n'en puis douter, oubliez entièrement toutes nos mésintelligences et vivons désormais ensemble comme les deux tendres amis ; ayons l'un pour l'autre cette complaisance qui naît de la tendresse, et soyons toujours bien ensemble. Je ferai tout pour éloigner absolument cette maudite humeur qui vous afflige et qui me donne du chagrin. Bonsoir, mon cher ami, je me meurs de sommeil. L'autre nuit j'étais déjà si fâchée de vous avoir causé de la peine que je n'en ai pas dormi et votre lettre m'a achevé de peiner ; mais elle me prouve votre tendresse et elle m'est bien chère par là.
Adieu, mon cher ami, bonsoir, je vous souhaite une bonne nuit ; pensez à moi, mais pas comme hier, et soyez persuadé de l'infinie tendresse de votre
Aimez-moi bien au moins.