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| Manon Balletti Mon cher Casanova IntraText CT - Lecture du Texte |
Oh ! quelle lettre je viens de recevoir de vous ! Mais est-elle bien de vous ? En vérité, mon cher ami, vous êtes bien violent et vous me connaissez bien peu, puisque vous osez me dire que je suis sans amour, que je vous donne votre congé et que je serais bien attrapée si vous le preniez.
Mais dites-moi vous-même, est-ce là des propos d'un amant ? Oh ! point du tout assurément ; mais j'espère qu'à présent vous avez une justification à moi et je trouve la vôtre dans les lettres précédentes que vous m'avez écrites. Mais, en vérité, cette dernière me mortifie, tout au plus, et il est bon de vous dire, mon cher ami (car j'oublie votre lettre à présent et veux l'oublier), cependant il faut encore que je vous assure en y répondant que lorsque nous en serons à une démarche sérieuse (que je désire peut-être plus que vous), je ne vous planterai jamais là !
Non, non, Monsieur ! (Voilà le dernier Monsieur que je vous dirai ; ne parlons plus ni de fâcherie ni de bouderie ; elles ne nous vont pas en vérité).
Pour en revenir à ce que je disais à mon cher Casanova, il faut que je l'instruise que sa petite femme est malade ; j'ai depuis huit jours vomi deux ou trois fois, je suis toujours malingre, ou mal à l'estomac ou au coeur, ou coliques, enfin toujours quelque chose. Mais ce n'est point par ma faute, au moins ; je suis réellement ce que l'on appelle un petit emplâtre, et je ne sais comment vous pouvez m'aimer ; ne prenez pourtant pas cela pour un avis, au moins, mon cher. Dès que je vous verrai, je ne serai plus malade.
Aussi point de mauvaise humeur ; je vous désire, je vous désire, oh ! l'on ne peut plus. Que je vous crains fâché ! Cela serait bien mal ; car je ne le suis point, moi, et convenez, mon bon ami (ah ! je vous en prie), que j'en ai autant de sujet que vous !
Oh ! quand je pense que vous me dites que je ne suis qu'auteur des lettres aimables que je vous ai écrites ! Oh ! c'est horrible ! Je vous prie d'être sûr que mon coeur seul est capable de vous dire tout ce que je vous écris ; mon esprit, quoique j'en aie une très petite dose, gâterait tout s'il voulait s'en mêler ; et d'ailleurs, il gênerait ce coeur qui se fait peut-être trop connaître et qui est bien aise de se dire tout à vous. Pour me dire que je connais mon pouvoir sur vous, vous vous trompez pleinement ; car jamais je ne m'en suis cru aucun. Mais vous avez voulu vous venger, je vous ai un peu chagriné et vous avez cru être obligé de me le rendre ; n'en parlons plus, mon Dieu ! je me l'étais promis au commencement de ma lettre.
Dites-moi comment vont vos affaires ; car dans ce joli billet doux il n'en est pas question. Que je voudrais vous voir de retour, mon cher ami ! (pas pour lire la lettre qui vous a fâché, au moins !)...
Oh ! mon cher ami, ne me faites donc point la mine (j'extravague au moins). Tenez, il me semble que vous êtes là à côté de moi, que je vous conte mes petites affaires et que vous les écoutez et y répondez avec une froideur... cela à cause de la lettre. Mais, sac à papier (s'il est vrai que vous m'aimez), vous seriez bien attrapé si je boudais aussi. Oh ! vous avez bon jeu et vous connaissez trop votre pouvoir, n'est-ce pas ? n'est-ce pas ? Que je voudrais recevoir une autre lettre de vous, qui m'assure que vous n'êtes plus si courroucé !
Dans quatre jours, n'est-ce pas ?... Oh ? oui, j'y compte !