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| Manon Balletti Mon cher Casanova IntraText CT - Lecture du Texte |
mi-mars 1758, minuit
Je ne veux pas que vous me taxiez de négligente, et, pour que cela ne soit pas, je me hâte de répondre à votre lettre, qui me fait plaisir, puisque je vous y trouve amoureux ; mais cependant il y avait quelque petite restriction.
Dispensez-moi, cher ami, de vous rappeler tous nos différends, pour vous apprendre ce qui les a causés. Non, oublions tout cela, je vous en prie, et une autre fois je ne laisserai pas prendre d'empire sur moi à des soupçons qui sont tous très mal fondés. Mais je suis bien fâchée, mon cher, que vous vous imaginiez que je me trouve bien où vous n'êtes pas, et que je désire d'être où vous ne désirez pas paraître ; rien de si faux, mon cher ami, rien de si faux.
Je ne suis bien, en vérité, que lorsque je suis avec vous ; mais il faut que vous soyez dans un jour heureux où nous nous aimions réciproquement, sans nous faire mutuellement de la peine. Quoi qu'il en soit, je suis toujours bien avec vous, quoique nous nous boudions ; car lorsque je ne vous vois pas mon coeur et mon esprit travaillent, et cela ne leur vaut rien.
Je vais vous dire bonsoir, mon cher ami, car j'ai un sommeil que vous ne sauriez imaginer, et c'est parce que je vous aime bien que je vous écris ce soir. Je ne trouve la fin de votre lettre que trop vraie. Hélas ! nous sommes bien extravagants, car nous nous aimons, je crois, de trop bonne foi pour nous soupçonner ; mais... mais... Ah ! bonsoir, mon ami, bonsoir ; je vous souhaite que vous passiez une nuit aussi bonne que je le désire. A demain !