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| Théodore de Banville Les Cariatides IntraText CT - Lecture du Texte |
sur ton front brun comme la nuit,
maître, aucun fil d' argent ne luit,
Pourtant, dans ton labeur sacré,
ô génie immense et tranquille,
comme un Eschyle.
la gloire, innocente comme elle,
car l' ombre noire du laurier,
que rien ne ternit et n' efface,
est sur ta face.
Près de toi, sous un clair manteau
de son délire ;
fuyant sous le sombre couteau,
la tragédie aux yeux de spectre
et se mirant dans tes yeux clairs
avec sa foudre et ses éclairs,
Ces muses se penchent vers toi
et leurs yeux baignent de lumière
Le souffle embrasé de l' amour
ta chevelure ;
cette faunesse,
et ta joue heureuse, où nul pli
peut encore à la Piéride
enfant encor, jeune et superbe,
pour dompter l' Inde au ciel de feu,
et qui prend les poses subtiles
de ses reptiles ;
caresse et nourrit mille dieux,
parmi ses fleurs où l' écarlate
Mais toi, maître aux voeux absolus,
charmante qu' elle, une martyre
qui nous attire ;
c' est la vierge à l' oeil irrité,
qui montre sa blancheur d' étoile
Captive dans la tour d' airain,
mille eunuques hideux la gardent
et la regardent.
Pour aller jusqu' à sa prison
qu' on voit au bout de l' horizon,
il faut franchir des monts, des cimes
et des abîmes ;
roi, pour gravir jusqu' à son coeur,
il faudra terrasser, vainqueur,
des hydres, des géants colosses,
mais elle tend ses blanches mains
vers toi, qui viens par ses chemins
et dont l' armure d' or flamboie
tu ne peux t' arrêter avant
d' avoir sur sa lèvre farouche
à ma mère
Madame élisabeth Zélie De Banville
mère, si peu qu' il soit, l' audacieux rêveur
toute sa poésie, ô céleste faveur !
Appartient à sa mère.
L' artiste, le héros amoureux des dangers
et ceux qui, se fiant aux navires légers,
s' en vont chercher des mondes,
l' apôtre qui parfois peut comme un séraphin
le savant qui dévoile Isis, et peut enfin
tous ces hommes sacrés, élus mystérieux
ont eu dans le passé d' héroïques aïeux
Mais nous qui pour donner l' impérissable amour
devons être ingénus comme à leur premier jour
nous qui, sans nous lasser, dans nos coeurs même
devons désaltérer le faible et l' ignorant
nous qui devons garder sur nos fronts éclatants,
le sourire immortel et fleuri du printemps
n' est-ce pas, n' est-ce pas, dis-le, toi qui me vois
que le souffle attendri qui passe dans nos voix
est celui de nos mères ?
Petits, leurs mains calmaient nos plus vives douleurs,
elles nous ont donné des mains comme les leurs
Notre mère enchantait notre calme sommeil,
et comme elle, sans trêve,
quand la foule s' endort dans un espoir vermeil,
nous enchantons son rêve.
Notre mère berçait d' un refrain triomphant
notre âme alors si belle,
et nous, c' est pour bercer l' homme toujours enfant
que nous chantons comme elle.
Tout poëte, ébloui par le but solennel
est brûlé d' un amour céleste et maternel
pour tout ce qui respire.
Et ce martyr, qui porte une blessure au flanc
et qui n' a pas de haines,
doit cette extase immense à celle dont le sang
ô toi dont les baisers, sublime et pur lien !
m' ont donné le désir ineffable du bien,
Et, puisque celle enfin qui l' a reçu des cieux
et qui n' est jamais lasse,
sait encore se faire un joyau précieux
d' un pauvre enfant sans grâce,
va, tu peux te parer de l' objet de tes soins
car ce peu que je vaux est bien à toi du moins,