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Pierre Beaunis
Le Tou Beau Feu

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  • LE TOU-BEAU FEU DE LA MEMOIRE. du Seigneur Mareschal de FARVAQUES.
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LE
TOU-BEAU FEU
DE LA MEMOIRE.
du Seigneur Mareschal de
FARVAQUES.

 

Avec le recueil des obseques & ceremonies qui luy
ont esté faites, en la Ville Episcopalle de
Lisieux.

 

AUX ENTENDEURS.

 

Salut.

Messieurs & Dames, de son appartenance, ont esté desireux de le faire sçavoir aux nobles signalez amis dudit feu Seigneur Mareschal, Gouverneur de la province de Normandie. Où ils auroient fait advertir par leur mandat de pries misivez les gens-darmes de sa compagnie d'ordonnance, suyvant la liste Seigneurialle d'iceux attentifs qui auroyent le soing de se presenter à assister leur chef & membres au logement d'iceluy surpassant les arches & archers de sa mareschaussée qui auroyent mesmes leur assinat tous au 10. Decembre 1613 ou estoit leur rendez vous à Lysieux.

Auquel jour precedent messieurs ces gentils hommes ordinaires & officiers servans l'ont conduit & assisté de la ville de Rouen, à la presence de deux chappelains aumosniers qui ensemblement l'auroient tousjours assisté jusqu'en la ville de Lysieux, où Monsieur l'Evesque dudict lieu alla au devant le recepvoir accompagné des notables du clergé & habitans de la ville où il fut rencontré dedans un cha­riot couvert d'un dez en façon de ciel de velours noir & satin blanc fait en ondes croi­sades ou estoient apposez quatre armarie de son ordre dorés estimez à grande valeur que six chevaux tiroyent estant caparençonnez d'estoffes blanches & noires en croix dont y luy avoit deux cochers qui les conduisoient assisté de deux Chappelains, & six vallets de pied trois de chacun costé, accoustrez en dueil arrivant & passant au travers du faux­bourg de la ville pour aller à la Parroisse & Eglise de Saint Desir antree d'Auge, lequel temple estoit orné par appareilleurs & tendeurs de draps noirs & de velours par dessus au mitan ou le corps y fut par archers descen­du & mis soubz une chappelle ardante ou il y a reposé trois jours & autant de nuicts le peuple estoit ému allentour de devotion avec les Curez & Chappelains qui faisoyent les prieres continuelles.

Comme ils avoient entendu que c'estoient le desir de sa derniere volonté non-obstant que ceux de la ville de Rouen, l'avoyent gardé sain & malade & avoient pour iceluy fait prieres generalles ou les Cours s'estoyent ensemblez tant à son hostel où il estoit à son siege de pontificat en biere qu'à la Religion des Peres Minimes où le corps y a esté porté apres avoir esté ouvert separé & dedans un cerceuil de plomb embammé.

Les crieurs de la ville de Rouen, furent commandez d'aller par les ruës, le recommander aux prieres des habitans charitables où les crieurs de patenostres de la ville de Lysieux furent assistez du Maistre des Cere­monies qui disoit, après les cloches sonnez.

Messieurs vous prirez Dieu pour l'ame du Haut & Puissant Seigneur Feu Mesire Guillaume de Hautemer, Mareschal de France en son visant Conseiller du Roy, en ses Conseils d'Estat : & privé Chevalier des deux ordres Lieutenant & Gouverneur pour sa Majesté, en son pays & Duché de Normandie, Conte de Grand Cay, Baron de Manny, Seigneur de Farvaques, qui decedit le 14. jour de Novembre 1613. lesquels ses amis vous prie d'assister à Vigiles qui commenceront de relevee & à demain on fera le service.

Le Tou-beau il est mort pour luy
Et c'est rendu immortel pour autruy,
A ce que son nom à le pouvoir
Sur nous douceur faire plouvoir.

Le Jeudy 12. jour de Décembre icelles obseques & ceremonies commencerent à paroistre à l'Eglise de saint Desir qui estoient obscures & fut enluminee de sierges, flambeaux, & torches, où se trouva grand nombre de pauvres, donc il y en eut cent saize de robes & chaperons en dueil revestus, & chacun une torche de sir jaune qu'on leur baille en main avec armarie dudit feu Seigneur dessus appo­sez : lesquels furent mis en ordre par Archers de la mareschaussé qu'estoient en dueil, ayant bastons noirs en la main, les reglant iceux revestus des deuz costez de la rüe, mis au droict les uns des autres.

Après marchoyent neuf charitez & deux confraries d'ifferentes en leurs chaperons suyvirent les bons hommes estant en prières.

Suyvoient un grand nombre de Curez, Prestres des villages subiez audit Seigneur.

Suyvoit les Capucins en devotion.

Marchoyent apres les Bourgeois, & eschevins de ladicte ville, aucuns en dueil.

Suivoit le corps de la police, & Baillif vicontal, ayant le dueil & bonnet carré.

Suivoit le Suyce de la porte, qui portoit le dueil sa halebarde la pointe en bas.

En ordre marchoyent les officiers domestiques servants estant en dueil.

Suivoyent Surgiens ; Apotiquaires & Medecins, ayant robbes & bonnets carrez.

Marchoyent les valets de chambre, & argentiers en dueil bastons noirs en la main.

Suivoient Secrettaires commis, & recepveurs.

Marchoyent les Maistres d'Hostel l'espee au costé en dueil, & bastons noirs en la main.

Suivoyent les trompettes de sa compagnie.

Apres Monsieur de Chaselle en dueil monté, sur un cheval caparençonné de velours & satin blanc, portant le guidon attaché à une lance la pointe en bas, où estoit pour remarque une navire depeinte, auquel ledict Seigneur estoit representé en effigie armé de toutes pieces, regardant l'estoille marine entourée de fleurdelys, & au bas estoit escrit, Fidiis hoc fidus amicum.

Estoit Monsieur de Breauté monté comme cy dessus en dueil, lequel portoit l'enseigne à demy desployée, attachée à une lance la tenant la pointe en bas, où estoit representé une croix, & armoiries dudit Seigneur.

Marchoit un page monté comme cy dessus, accoustré de velours qui portoit la lance de guerre, la pointe en bas.

Autre page qui portoit sur un carreau les esperons couverts de crespe noire.

Autre page qui portoit les gantelets.

Autre page qui portoit l'espee de guerre.

Autre page qui portoit le casque d'Armes.

Autre page qui portoit la cotte d'Armes, le tout couvert de crespe habilez de velours.

Marchoyent six valets de pied, qui conduisoyent le cheval de bataille, caparençonné des estoffes cy dessus enrichies de frenge de soye broderies, & clinquants d'Argent.

Monsieur l'Escuyer en dueil l'espee au costé.

Son ordre fut portee par le Prevost qui la portoit sur un carreau entre ses bras, à demy desployee couverte de crespe noire.

M. Le commissaire des guerres qui portoit le baston de Mareschal de France.

Marchoyent ses gentils-hommes ordinaires accoustrés tous en dueil, allant en ordre de monstre bien tristement aucuns la larme à l'oeil.

Messieurs du Clergé, des paroisses d'icelle ville, & chanoines assemblees qui çhantoyent, Quid dicam vel quid faciam.

M. L'Evesque de Lysieux, ayant son mistre accompaigné de ceux qui portoyent sa crosse, & bastons pastoraux donc il fist lever, Le coeur du feu Seigneur. Par un des chappelains, lequel il le portoit sur un carreau enchassé couvert de crespe assisté de deux aumosniers qui portoient des cierges de cire blanche.

Le corps, & cercueil dudit Seigneur feu Mareschal, à esté levé & retiré de l'Eglise de S. Desir de dessoubz la chappelle ardante où le feu consommoit les cierges qui estoyent préparez pour l'effaict & le ciel fut ensemblement porté par onze archers qui alloyent par reposees à cause du cercueil qui etoit pesant, & le dez fut soustenu par quatre gentils-hommes, qui estoyent M. de moulin Chapel, M. de Sallenelles, M. de Drubec, M. le commandeur de Viepont.

Ainsi fut conduit par ordre, & cérémonie du depuis icelle paroisse jusques à l'Eglise cathedralle de S. Pierre de Lysieux, qui estoit appareillée & ornée en dueil, & la chappelle preparee avec la voute & arche faicte, pour inhumer le corps d'iceluy feu Mareschal.

Qui fut suivuy par Monsieur de prie Baron de Toussi son fils en loy, & lieutenant estant en long dueil, & babelou allant à pied donc gentils-hommes portoyent la queüe de sa robbe apres luy.

Monsieur de Ravetot autre fils en pareil deuil conduit par Monsieur de la Maillerez.

Monsieur le Baron de Toussi fils dudict sieur de Prie, en pareil dueil conduit par Monsieur de Bellefons.

Monsieur le jeüne Chevalier de Medavid en dueil & babelou comme cy dessus, conduit par M. de Mouis, & M. le Chevalier de Medavid son oncle, qui estoyent remarquables, comme étant presomptis heritiers en la succession dudit feu à cause des Dames filles du dessusdit Seigneur.

Monsieur de la Ferté petit fils aisné estoit assisté de M. de la Chevallerie, M. le Baron de Maillot, & M. de Bois Josse, & autres chefs capitaines, signallez qui en avoyent esté conviez, que mesmes ceux qui y estoyent venus de bonne volonté, avec ses gens-darmes, pour assister aux obseques convoy ceremonie lesquels allant posément en ordre passèrent par la place prez du Palais ou estoient les contemplatifs, pour voir entrer iceux dedans l'Eglise, & la descente d'iceux Cheualiers ; où les valets de pied, & palfreniers se saisirent des chevaux réclamant les estoffes leur, debvoir appartenir.

Voyant la foule & prese qui y estoit, M. l'Evesque fist porter le corps par un autre porte plus libre qui est au droit du coeur & annef de la susdite Eglise & fut posé par iceux archers soubs une chappelle ardante qui estoit enluminée & aux autres endroits il y avoit grand nombre de cierges allumees qui esclairoient à tous religionnaires qui y assistoyent où M. l'Evesque se prépare & dispose à celebrer le divin service qui fut chanté en musique, & l'Oraison funebre fut faicte par un pere Capucin cependant que les honneurs se prepa­royent pour aller à l'Offertoir.

On commença le conducteur de la ceremonie à saluer reverentieusement toute la compagnie, faisant faire place à ceux à qui l'honneur en appartenoit, donc il fit lever M. de Prie lequel alla presenter son oblation à l'Offertoir, pour ledict feu Mareschal, en sa qualité. Apres fit lever M. de Ravetot qui fut conduit par le sieur de la Maillerez puis fit lever M. le Baron de Toussi qui fut conduit par le sieur de Bellefons. Aussi fist lever M. le jeune Chevalier de Medavid, qui fut mené par M. de Mouis, & furent tous reconduits en leur places proches d'iceluy corps.

Le service estant celebré, le cercueil fut levé en grand honneur, & porté devant l'Ima­ge nostre Dame, où estoit le preparatif, en ar­che voutee, & l'autel orné pour subvenir à la reception de ce dernier honneur temporel, fait soubz la reverence d'iceluy sieur Evesque qui avoit donné le consentement du lieu desiré pour la sepulture d'iceluy Seigneur, qui estoit massonné de carrëau, efleué de la terre, & eslevé de la terre pour avoir esté mis fur des treteaux de fer, où il fut defcendu, & mis en repo par des dessusdits archers, qui osterent le dez de dessus le cercueil, que messieurs les chanoines prindrent pour recepvoir toute l'Ordre servante a lart militaire portees par les dessusdicts nommez pages & officiers, qui representoient leur protestation de fidelité pour le service de la guerre, & que leur pardon estoit ou quitte pour rendre, aussi le tou-beau feu paroist sur les armes dorez qui sont apposez fur le haut de sa chappelle ardante, à la veüe du monde, où sont estendars guidons, & enseignes qui raffraichissent les esprits de sa me­moire.

Les pauvres revestus par aumosnes empor­terent leurs torches, les archers & maistres d'hostel leurs bastons noirs, le baston de Ma­reschal de France fut rompu, qui causa la fin de sa sepulture, par la tombe de quoy il fut couvert, presence de toute l'assistance qui vindrent raconduire le sieur de Pries, qui fut recogneu porteur de l'enseigne du prevoyant pour avoir pourveu.

Avec quatre Dames pareilles
Qui ont le grand dueil à partager,
Du feu de larmes esprins és oreilles,
L'autre de Prie il y faut songer.

Pour avoir envoyé sur les monts d'eraines, esprits advertir les principalles courts souveraines, Regnes, Rouen, Paris, Toullouse, Poi­tiers, & Bordeaux, & les nobles amateurs, D'autours, Laniers, Tiercelets, & Gerfaults, qui vollerent en l'air, qui causa que pour la mort, du Seigneur de Hautemer que par le bruit du tonnerre toutes les eaux en ont trou­blé, par la cheute et tombe en basse-mer.

Pour avoir esté par prieres conduit, aux universitez specialles, où sa memoire de cervelle, & indestins sont enchaffez par sepultu­re, à l'Eglise de nostre Dame de Rouen, & son chef & membres, estl en repos dedans l'Eglise de S. Pierre de Lysieux, & son coeur le mesme jour fut porté, et assiegé en l'Eglise du bourc de Farvaques.

Pour lequel feu Seigneur avoit esté preveu par les dessusdits pourvoyans, a faire dresser un festin planier, où les animaux & poyssons qui se forment par eux du ciel, y auraient assisté, que les affineurs traiteurs qui avoient entreprins de rendre contemps toute l'assem­blee de viandes & saulces délicates, fruits crux & à la compote, linge tables, & tout ce qui du festin despend, le tout servi en vesselle d'argent.

Allant servir iceux en leur qualitez, estant en une grande spacieuse et basse salle où il firent l'assiete & assemblee des signalez conviez servis à double service.

A la chambre de dessus estoient gens-dar­mes de sa compagnie, & archers de sa Mareschaussé, qui n'avoient manqué au debvoir.

Les gentils-hommes ordinaires se retire­rerent au train, où estoient les officiers servans qui n'assisterent au festin fait en plain chapi­tre, qui estoit porté par les jardins de l'officialité, a la veuë & convoy de ceux qui y avoient assisté.

Le lendemain iceux ordinaires estant d'un concorda ayant entendu que le baston de Mareschal estoit rompu, & qu'il failloit vivre en extra firent la deploration pour les estropiez de moyens, qui les causa d'une reunion d'aller faire celebrer un special service pour iceluy chef deffunt Seigneur, y assistans catholiques & autres, comme il font à la Veeprialecane, lesquels prindrent & donnerent de l'eau Beniste sur le tou-beau d'eteignant le feu qui conserve les esprits, puis allerent à l'Offertoir rendre leurs oblations pour continuer le service qu'ils allerent offrir devant l'Autel, et à sa porte qui pour luy n'avoit pas ouvert.

Le tou-beau feu de fa memoire reluit au ciel
Avec les ondes de son nom fini qui est le dernier
Des anciens chefs, cheraphins ne le faut denier
Que pour le soustien de la couronne a bu miel
Qui fait florir sa renommee par le nom qui flotte
Avec ses aliez voisins tentez en sa revolte
De bien vivre pour mourir en paix à leur aise
A l'an dernier feu passé saize cens traize.

 

Je m'entens en texte, & en prose,
Pour l'An saize cens quatorze.

 

FIN.

 

 




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