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| Napoléon Bonaparte Lettres de Napoléon à Joséphine IntraText CT - Lecture du Texte |
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II. LE MARI Malmaison, le 4 messidor, an XI J'ai reçu ta lettre, bonne petite
Joséphine. Je vois avec peine que tu as souffert de la route ; mais quelques
jours de repos te feront du bien. Je suis assez bien portant. J'ai été hier à
la chasse à Marly, et je m'y suis blessé très légèrement à un doigt en tirant
un sanglier. Camp de Boulogne, le 25 thermidor, an XIII J'ai voulu savoir comment on se
portait à la Martinique. Je n'ai pas souvent de vos nouvelles. Vous oubliez vos
amis ; ce n'est pas bien. Je ne savais pas que les eaux de la Plombières
eussent la vertu du fleuve Léthé. Brunn, le 28 frimaire, an XIV Grande Impératrice, pas une lettre de vous depuis votre départ de Strasbourg. Vous avez passé à Bade, à Stuttgart, à Munich, sans nous écrire un mot. Ce n'est pas bien aimable, ni bien tendre ! Je suis toujours à Brunn. Les Russes sont partis ; j'ai une trêve. Dans peu de jours, je verrai ce que je deviendrai. Daignez, du haut de vos grandeurs, vous occuper un peu de vos esclaves. Géra, le 13 octobre 1806, à 2 heures du matin Je suis aujourd'hui à Géra, ma
bonne amie ; mes affaires vont fort bien, et tout comme je pouvais l'espérer.
Avec l'aide de Dieu, en peu de jours cela aura pris un caractère bien terrible,
je crois, pour le pauvre roi de Prusse, que je plains personnellement, parce
qu'il est bon. La reine est à Erfurt, avec le roi. Si elle veut voir une
bataille, elle aura ce cruel plaisir. Posen, le 2 décembre C'est aujourd'hui l'anniversaire
d'Austerlitz. Posen, le 3 décembre, 6 heures du soir Je reçois ta lettre du 27 novembre, où je vois que ta petite tête s'est montée. Je me suis souvenu de ce vers : Désir de femme est un feu qui dévore. Il faut cependant
te calmer. Je t'ai écrit que j'étais en Pologne, que, lorsque les quartiers
d'hiver seraient assis, tu pourrais venir ; il faut donc attendre quelques
jours. Plus on est grand et moins on doit avoir de volonté ; l'on dépend des
événements et des circonstances. Tu peux aller à Francfort et à Darmstadt. J'espère
sous peu de jours t'appeler ; mais il faut que les événements le veuillent. La
chaleur de ta lettre me fait voir que vous autres jolies femmes vous ne
connaissez pas de barrières ; ce que vous voulez, doit être ; mais moi, je me
déclare le plus esclave des hommes : mon maître n'a pas d'entrailles, et ce
maître c'est la nature des choses. Le 10 décembre, à 5 heures du soir Un officier m'apporte un tapis de
ta part ; il est un peu court et étroit ; je ne t'en remercie pas moins. Je me
porte assez bien. Le temps est fort variable. Mes affaires vont assez bien. Je
t'aime et te désire beaucoup. Pultusk, le 31 décembre J'ai bien ri en recevant tes
dernières lettres. Tu te fais, des belles de la grande Pologne, une idée
qu'elles ne méritent pas. J'ai eu deux ou trois jours le plaisir d'entendre
Paër et deux chanteuses qui m'ont fait de la très bonne musique. J'ai reçu ta
lettre dans une mauvaise grange, ayant de la boue, du vent, et de la paille
pour tout lit. Je serai demain à Varsovie. Je crois que tout est fini pour
cette année. L'armée va entrer en quartiers d'hiver. Je hausse les épaules de
la bêtise de Madame de L... ; tu devrais cependant te fâcher, et lui conseiller
de n'être pas si sotte. Cela perce dans le public et indigne bien des gens. (Le lendemain 1er janvier 1807, Napoléon rencontrait Marie Walewska). Varsovie, le 19 janvier 1807 Mon amie, je reçois ta lettre ; j'ai ri de ta peur du feu. Je suis désespéré du ton de tes lettres, et de ce qui me revient, je te défends de pleurer, d'être chagrine et inquiète ; je veux que tu sois gaie, aimable et heureuse. Wittemberg, le 1er février, à midi Ta lettre du 11, de Mayence, m'a
fait rire. Février Mon amie, ta lettre du 20 janvier
m'a fait de la peine ; elle est trop triste. Voilà le mal de ne pas être un peu
dévote ! Tu me dis que ton bonheur fait ta gloire : cela n'est pas généreux ;
il faut dire : le bonheur des autres fait ma gloire ; cela n'est pas conjugal ;
il faut dire : le bonheur de mon mari fait ma gloire ; cela n'est pas maternel
; il faudrait dire : le bonheur de mes enfants fait ma gloire ; or, comme les
peuples, ton mari, tes enfants, ne peuvent être heureux qu'avec un peu de
gloire, il ne faut pas tant en faire fi ! Joséphine, votre coeur est excellent,
et votre raison faible ; vous sentez à merveille, mais vous raisonnez moins
bien. Eylau, le 14 février Mon amie, je suis toujours à
Eylau. Ce pays est couvert de morts et de blessés. Ce n'est pas la plus belle
partie de la guerre ; l'on souffre, et l'âme est oppressée de voir tant de
victimes. Je me porte bien. J'ai fait ce que je voulais, et j'ai repoussé
l'ennemi, en faisant échouer ses projets. Liebstadt, le 20 Février, à 2 heures du matin Je t'écris deux mots, mon amie,
pour que tu ne sois pas inquiète. Ma santé est fort bonne, et mes affaires vont
bien. Finckenstein, le 10 avril, à 6 heures du soir Mon amie, je me porte fort bien. Le printemps commence ici ; cependant rien n'est encore en végétation. Je désire que tu sois gaie et contente, et que tu ne doutes jamais de mes sentiments. Tout va bien ici. Finckenstein, le 14 mai, mort du fils aîné de Louis et d'Hortense Je conçois tout le chagrin que doit
te causer la mort de ce pauvre Napoléon ; tu peux comprendre la peine que
j'éprouve. Je voudrais être près de toi, pour que tu fusses modérée et sage
dans ta douleur. Tu as eu le bonheur de ne jamais perdre d'enfants ; mais c'est
une des conditions et des peines attachées à notre misère humaine. Que
j'apprenne que tu as été raisonnable, et que tu te portes bien ! Voudrais-tu
accroître ma peine ? Finckenstein, le 24 mai Je reçois ta lettre de Lacken. Je
vois avec peine que ta douleur est encore entière, et qu'Hortense n'est pas
encore arrivée : elle n'est pas raisonnable, et ne mérite pas qu'on l'aime,
puisqu'elle n'aimait que ses enfants. Friedland, le 15 juin Mon amie, je ne t'écris qu'un
mot, car je suis bien fatigué ; voilà bien des jours que je bivouaque. Mes
enfants ont dignement célébré l'anniversaire de la bataille de Marengo. Tilsitt, le 25 juin Mon amie, je viens de voir
l'empereur Alexandre ; j'ai été fort content de lui ; c'est un fort beau, bon et
jeune empereur ; il a de l'esprit plus que l'on ne pense communément. Il vient
loger en ville à Tilsitt demain. Tilsitt, le 6 juillet J'ai reçu ta lettre du 25 juin.
J'ai vu avec peine que tu étais égoïste, et que les succès de mes armes
seraient pour toi sans attraits. La belle reine de Prusse doit venir dîner avec
moi aujourd'hui. Tilsitt, le 7 juillet Mon amie, la reine de Prusse a
dîné hier avec moi. J'ai eu à me défendre de ce qu'elle voulait m'obliger à
faire encore quelques concessions à son mari ; mais j'ai été galant, et me suis
tenu à ma politique. Elle est fort aimable. J'irai te donner des détails qu'il
me serait impossible de te donner sans être bien long. Quand tu liras cette
lettre, la paix avec la Prusse et la Russie sera conclue, et Jérôme reconnu roi
de Westphalie, avec trois millions de population. Ces nouvelles sont pour toi
seule. Dresde, le 18 juillet, à midi Mon amie, je suis arrivé hier à
cinq heures du soir à Dresde, fort bien portant, quoique je sois resté cent
heures en voiture, sans sortir. Je suis ici chez le roi de Saxe, dont je suis
fort content. Je suis donc rapproché de toi de plus de moitié du chemin. Erfurt, octobre 1808 Mon amie, je t'écris peu ; je
suis fort occupé. Des conversations de journées entières, cela n'arrange pas
mon rhume. Cependant tout va bien. Je suis content d'Alexandre ; il doit l'être
de moi : s'il était femme, je crois que j'en ferais mon amoureuse. Le 31 mai 1809 Je reçois ta lettre du 26. Je
t'ai écrit que tu pouvais aller à Plombières ; je ne me soucie pas que tu
ailles à Bade ; il ne faut pas sortir de France. J'ai ordonné aux deux princes
de rentrer en France. Schoenbrunn, le 26 août Je reçois ta lettre de Malmaison.
L'on m'a rendu compte que tu étais grasse, fraîche et très bien portante. Je
t'assure que Vienne n'est pas une ville amusante. Je voudrais fort être déjà à
Paris. Nymphenbourg, le 21 octobre Je suis ici depuis hier bien
portant ; je ne partirai pas encore demain. Je m'arrêterai un jour à Stuttgart.
Tu seras prévenue vingt-quatre heures d'avance de mon arrivée à Fontainebleau.
Je me fais une fête de te revoir, et j'attends ce moment avec impatience. Je
t'embrasse.
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