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Napoléon Bonaparte
Lettres de Napoléon à Joséphine

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  • II. LE MARI
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II. LE MARI

Malmaison, le 4 messidor, an XI

J'ai reçu ta lettre, bonne petite Joséphine. Je vois avec peine que tu as souffert de la route ; mais quelques jours de repos te feront du bien. Je suis assez bien portant. J'ai été hier à la chasse à Marly, et je m'y suis blessé très légèrement à un doigt en tirant un sanglier.
Hortense se porte assez bien. Ton gros fils a été un peu malade, mais il va mieux. Je crois que ce soir ces dames jouent Le Barbier de Séville. Le temps est très beau. Je te prie de croire que rien n'est plus vrai que les sentiments que j'ai pour ma petite Joséphine.
Tout à toi.

Camp de Boulogne, le 25 thermidor, an XIII

J'ai voulu savoir comment on se portait à la Martinique. Je n'ai pas souvent de vos nouvelles. Vous oubliez vos amis ; ce n'est pas bien. Je ne savais pas que les eaux de la Plombières eussent la vertu du fleuve Léthé.
Il me semble que c'est en buvant ces eaux de Plombières que vous disiez : «Ah ! Bonaparte, si je meurs, qui est-ce qui t'aimera ?» Il y a bien loin de là, n'est-ce pas ? Tout finit, la beauté, l'esprit, le sentiment, le soleil lui-même ; mais ce qui n'aura jamais de terme, c'est le bien que je veux, le bonheur dont jouit... et la bonté de ma Joséphine. Je ne serai pas plus tendre si vous en faites des risées.
Adieu, mon amie, j'ai fait hier attaquer la croisière anglaise ; tout a bien été.

Brunn, le 28 frimaire, an XIV

Grande Impératrice, pas une lettre de vous depuis votre départ de Strasbourg. Vous avez passé à Bade, à Stuttgart, à Munich, sans nous écrire un mot. Ce n'est pas bien aimable, ni bien tendre ! Je suis toujours à Brunn. Les Russes sont partis ; j'ai une trêve. Dans peu de jours, je verrai ce que je deviendrai. Daignez, du haut de vos grandeurs, vous occuper un peu de vos esclaves.

Géra, le 13 octobre 1806, à 2 heures du matin

Je suis aujourd'hui à Géra, ma bonne amie ; mes affaires vont fort bien, et tout comme je pouvais l'espérer. Avec l'aide de Dieu, en peu de jours cela aura pris un caractère bien terrible, je crois, pour le pauvre roi de Prusse, que je plains personnellement, parce qu'il est bon. La reine est à Erfurt, avec le roi. Si elle veut voir une bataille, elle aura ce cruel plaisir.
Je me porte à merveille ; j'ai déjà engraissé depuis mon départ ; cependant je fais, de ma personne, vingt et vingt-cinq lieues par jour, à cheval, en voiture, de toutes les manières. Je me couche à huit heures, et suis levé à minuit ; je songe quelquefois que tu n'es pas encore couchée.
Tout à toi.

Posen, le 2 décembre

C'est aujourd'hui l'anniversaire d'Austerlitz.
J'ai été à un bal de la ville. Il pleut. Je me porte bien. Je t'aime et te désire.
Mes troupes sont à Varsovie. Il n'a pas encore fait froid. Toutes ces Polonaises sont Françaises ; mais il n'y a qu'une femme pour moi. La connaîtrais-tu ? je te ferais bien son portrait ; mais il faudrait trop le flatter pour que tu te reconnusses ; cependant, à dire vrai, mon coeur n'aurait que de bonnes choses à en dire. Ces nuits-ci sont longues, tout seul.
Tout à toi.

Posen, le 3 décembre, 6 heures du soir

Je reçois ta lettre du 27 novembre, où je vois que ta petite tête s'est montée. Je me suis souvenu de ce vers :

Désir de femme est un feu qui dévore.

Il faut cependant te calmer. Je t'ai écrit que j'étais en Pologne, que, lorsque les quartiers d'hiver seraient assis, tu pourrais venir ; il faut donc attendre quelques jours. Plus on est grand et moins on doit avoir de volonté ; l'on dépend des événements et des circonstances. Tu peux aller à Francfort et à Darmstadt. J'espère sous peu de jours t'appeler ; mais il faut que les événements le veuillent. La chaleur de ta lettre me fait voir que vous autres jolies femmes vous ne connaissez pas de barrières ; ce que vous voulez, doit être ; mais moi, je me déclare le plus esclave des hommes : mon maître n'a pas d'entrailles, et ce maître c'est la nature des choses.
Adieu, mon amie ; porte-toi bien. La personne dont je t'ai voulu parler est Madame L..., dont tout le monde dit bien du mal : l'on m'assure qu'elle était plus Prussienne que Française. Je ne le crois pas ; mais je la crois une sotte qui ne dit que des bêtises.

Le 10 décembre, à 5 heures du soir

Un officier m'apporte un tapis de ta part ; il est un peu court et étroit ; je ne t'en remercie pas moins. Je me porte assez bien. Le temps est fort variable. Mes affaires vont assez bien. Je t'aime et te désire beaucoup.
Adieu, mon amie ; je t'écrirai de venir avec au moins autant de plaisir que tu viendras.
Tout à toi.
Un baiser à Hortense, à Stéphanie et à Napoléon.

Pultusk, le 31 décembre

J'ai bien ri en recevant tes dernières lettres. Tu te fais, des belles de la grande Pologne, une idée qu'elles ne méritent pas. J'ai eu deux ou trois jours le plaisir d'entendre Paër et deux chanteuses qui m'ont fait de la très bonne musique. J'ai reçu ta lettre dans une mauvaise grange, ayant de la boue, du vent, et de la paille pour tout lit. Je serai demain à Varsovie. Je crois que tout est fini pour cette année. L'armée va entrer en quartiers d'hiver. Je hausse les épaules de la bêtise de Madame de L... ; tu devrais cependant te fâcher, et lui conseiller de n'être pas si sotte. Cela perce dans le public et indigne bien des gens.
Quant à moi, je méprise l'ingratitude comme le plus vilain défaut du coeur. Je sais qu'au lieu de te consoler, ils t'ont fait de la peine.
Adieu, mon amie ; je me porte bien. Je ne pense pas que tu doives aller à Cassel ; cela n'est pas convenable. Tu peux aller à Darmstadt.

(Le lendemain 1er janvier 1807, Napoléon rencontrait Marie Walewska).

Varsovie, le 19 janvier 1807

Mon amie, je reçois ta lettre ; j'ai ri de ta peur du feu. Je suis désespéré du ton de tes lettres, et de ce qui me revient, je te défends de pleurer, d'être chagrine et inquiète ; je veux que tu sois gaie, aimable et heureuse.

Wittemberg, le 1er février, à midi

Ta lettre du 11, de Mayence, m'a fait rire.
Je suis aujourd'hui à quarante lieues de Varsovie ; le temps est froid, mais beau.
Adieu, mon amie ; sois heureuse, aie du caractère.

Février

Mon amie, ta lettre du 20 janvier m'a fait de la peine ; elle est trop triste. Voilà le mal de ne pas être un peu dévote ! Tu me dis que ton bonheur fait ta gloire : cela n'est pas généreux ; il faut dire : le bonheur des autres fait ma gloire ; cela n'est pas conjugal ; il faut dire : le bonheur de mon mari fait ma gloire ; cela n'est pas maternel ; il faudrait dire : le bonheur de mes enfants fait ma gloire ; or, comme les peuples, ton mari, tes enfants, ne peuvent être heureux qu'avec un peu de gloire, il ne faut pas tant en faire fi ! Joséphine, votre coeur est excellent, et votre raison faible ; vous sentez à merveille, mais vous raisonnez moins bien.
Voilà assez de querelle. Je veux que tu sois gaie, contente de ton sort, et que tu obéisses, non en grondant et en pleurant, mais de gaîté de coeur, et avec un peu de bonheur.
Adieu, mon amie ; je pars cette nuit, pour parcourir mes avant-postes.

Eylau, le 14 février

Mon amie, je suis toujours à Eylau. Ce pays est couvert de morts et de blessés. Ce n'est pas la plus belle partie de la guerre ; l'on souffre, et l'âme est oppressée de voir tant de victimes. Je me porte bien. J'ai fait ce que je voulais, et j'ai repoussé l'ennemi, en faisant échouer ses projets.
Tu dois être inquiète, et cette pensée m'afflige. Toutefois, tranquillise-toi, mon amie, et sois gaie.
Tout à toi.

Liebstadt, le 20 Février, à 2 heures du matin

Je t'écris deux mots, mon amie, pour que tu ne sois pas inquiète. Ma santé est fort bonne, et mes affaires vont bien.
J'ai remis mon armée en cantonnement.
La saison est bizarre ; il gèle et il dégèle ; elle est humide et inconstante.
Adieu, mon amie.
Tout à toi.

Finckenstein, le 10 avril, à 6 heures du soir

Mon amie, je me porte fort bien. Le printemps commence ici ; cependant rien n'est encore en végétation. Je désire que tu sois gaie et contente, et que tu ne doutes jamais de mes sentiments. Tout va bien ici.

Finckenstein, le 14 mai, mort du fils aîné de Louis et d'Hortense

Je conçois tout le chagrin que doit te causer la mort de ce pauvre Napoléon ; tu peux comprendre la peine que j'éprouve. Je voudrais être près de toi, pour que tu fusses modérée et sage dans ta douleur. Tu as eu le bonheur de ne jamais perdre d'enfants ; mais c'est une des conditions et des peines attachées à notre misère humaine. Que j'apprenne que tu as été raisonnable, et que tu te portes bien ! Voudrais-tu accroître ma peine ?
Adieu, mon amie.

Finckenstein, le 24 mai

Je reçois ta lettre de Lacken. Je vois avec peine que ta douleur est encore entière, et qu'Hortense n'est pas encore arrivée : elle n'est pas raisonnable, et ne mérite pas qu'on l'aime, puisqu'elle n'aimait que ses enfants.
Tâche de te calmer, et ne me fais point de peine. A tout mal sans remède, il faut trouver des consolations.
Adieu, mon amie.
Tout à toi.

Friedland, le 15 juin

Mon amie, je ne t'écris qu'un mot, car je suis bien fatigué ; voilà bien des jours que je bivouaque. Mes enfants ont dignement célébré l'anniversaire de la bataille de Marengo.
La bataille de Friedland sera aussi célèbre et est aussi glorieuse pour mon peuple. Toute l'armée russe mise en déroute, 80 pièces de canon, 30.000 hommes pris ou tués ; 25 généraux russes tués, blessés ou pris ; la garde russe écrasée : c'est une digne soeur de Marengo, Austerlitz, Iéna. Le Bulletin te dira le reste. Ma perte n'est pas considérable ; j'ai manoeuvré l'ennemi avec succès.
Sois sans inquiétude et contente.
Adieu, mon amie ; je monte à cheval.
L'on peut donner cette nouvelle comme une notice, si elle est arrivée avant le Bulletin. On peut aussi tirer le canon. Cambacérès fera la notice.

Tilsitt, le 25 juin

Mon amie, je viens de voir l'empereur Alexandre ; j'ai été fort content de lui ; c'est un fort beau, bon et jeune empereur ; il a de l'esprit plus que l'on ne pense communément. Il vient loger en ville à Tilsitt demain.
Adieu, mon amie ; je désire fort que tu te portes bien, et sois contente. Ma santé est fort bonne.

Tilsitt, le 6 juillet

J'ai reçu ta lettre du 25 juin. J'ai vu avec peine que tu étais égoïste, et que les succès de mes armes seraient pour toi sans attraits. La belle reine de Prusse doit venir dîner avec moi aujourd'hui.
Je me porte bien, et désire beaucoup te revoir, quand le destin l'aura marqué. Cependant, il est possible que cela ne tarde pas.
Adieu, mon amie ; milles choses aimables.

Tilsitt, le 7 juillet

Mon amie, la reine de Prusse a dîné hier avec moi. J'ai eu à me défendre de ce qu'elle voulait m'obliger à faire encore quelques concessions à son mari ; mais j'ai été galant, et me suis tenu à ma politique. Elle est fort aimable. J'irai te donner des détails qu'il me serait impossible de te donner sans être bien long. Quand tu liras cette lettre, la paix avec la Prusse et la Russie sera conclue, et Jérôme reconnu roi de Westphalie, avec trois millions de population. Ces nouvelles sont pour toi seule.
Adieu, mon amie ; je t'aime et veux te savoir contente et gaie.

Dresde, le 18 juillet, à midi

Mon amie, je suis arrivé hier à cinq heures du soir à Dresde, fort bien portant, quoique je sois resté cent heures en voiture, sans sortir. Je suis ici chez le roi de Saxe, dont je suis fort content. Je suis donc rapproché de toi de plus de moitié du chemin.
Il se peut qu'une de ces belles nuits, je tombe à Saint-Cloud comme un jaloux ; je t'en préviens.
Adieu, mon amie ; j'aurai grand plaisir à te revoir.
Tout à toi.

Erfurt, octobre 1808

Mon amie, je t'écris peu ; je suis fort occupé. Des conversations de journées entières, cela n'arrange pas mon rhume. Cependant tout va bien. Je suis content d'Alexandre ; il doit l'être de moi : s'il était femme, je crois que j'en ferais mon amoureuse.
Je serai chez toi dans peu ; porte-toi bien, et que je te trouve grasse et fraîche.
Adieu, mon amie.

Le 31 mai 1809

Je reçois ta lettre du 26. Je t'ai écrit que tu pouvais aller à Plombières ; je ne me soucie pas que tu ailles à Bade ; il ne faut pas sortir de France. J'ai ordonné aux deux princes de rentrer en France.
La perte du duc de Montebello, qui est mort ce matin, m'a fort affligé. Ainsi tout finit !!....
Adieu, mon amie ; si tu peux contribuer à consoler la pauvre maréchale, fais-le.
Tout à toi.

Schoenbrunn, le 26 août

Je reçois ta lettre de Malmaison. L'on m'a rendu compte que tu étais grasse, fraîche et très bien portante. Je t'assure que Vienne n'est pas une ville amusante. Je voudrais fort être déjà à Paris.
Adieu, mon amie. J'entends deux fois par semaine les bouffons ; ils sont assez médiocres ; cela amuse les soirées. Il y a cinquante ou soixante femmes de Vienne, mais au parterre, comme n'ayant pas été présentées.

Nymphenbourg, le 21 octobre

Je suis ici depuis hier bien portant ; je ne partirai pas encore demain. Je m'arrêterai un jour à Stuttgart. Tu seras prévenue vingt-quatre heures d'avance de mon arrivée à Fontainebleau. Je me fais une fête de te revoir, et j'attends ce moment avec impatience. Je t'embrasse.
Tout à toi.

 




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