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Texte
SOCIÉTÉ D'AGRICULTURE DE L'ARRONDISSEMENT DE FALAISE.
EXTRAIT DU NUMÉRO SEPT DU RECUEIL DE LA SOCIÉTÉ.
~*~
DÉCOUVERTE DE
SOURCES.
La sécheresse dont notre pays a
éprouvé les effets depuis quelques années, a engagé la Société à se mettre en
relation avec M. l'abbé Paramelle que signalaient à son attention les
services qu'il a rendus dans d'autres parties de la France, en y découvrant des
sources. Pour réponse aux communications qui, en conséquence, lui ont été
adressées, M. Paramelle a écrit au secrétaire de la Société les deux
lettres qu'on va lire ci-après, suivies d'un mémoire de M. de Brébisson, qui
fait connaître la théorie dont les découvertes opérées par M. Paramelle
sont une application.
La Société fait mettre ces
différentes pièces sous les yeux de MM. les Membres et correspondans, et MM.
les Maires de l'arrondissement de Falaise et du canton de
Saint-Pierre-sur-Dive, pour qu'ils puissent, s'ils jugent convenable de
réclamer pour eux-mêmes les services de M. Paramelle, envoyer à cet
effet leurs noms au secrétariat de la Société, rue d'Argentan, n° 25, à
Falaise, et transmettre la même indication à ceux des propriétaires de leurs
différentes localités, qui pourraient être dans le cas de vouloir en profiter.
_____
St-Céré, le 3 décembre 1835 (reçu
le 11).
MONSIEUR,
Les personnes qui me sollicitent
à venir leur indiquer des sources m'expriment souvent le désir de connaître les
résultats de ma théorie, les conditions auxquelles j'opère et la forme que
doivent avoir les demandes qu'on m'adresse : cette lettre a pour objet de les
satisfaire.
Les procès-verbaux qui ont été
adressés par MM. les Maires et qui sont déposés à la Préfecture du Lot, ainsi
que le certificat de M. le Préfet dont je suis porteur, constatent que sur 75
puits, ou fontaines, qui ont été creusés d'après ma théorie, 69 ont réussi à
mettre au jour des sources salubres et abondantes. Leur profondeur moyenne est
de 19 pieds, et les frais faits pour les découvrir se montent, terme moyen, à
environ 68 francs. Parmi ces découvertes, il en est 12 qui ont coûté moins de
20 fr. chacune. Diverses lettres m'ont annoncé 82 autres réussites, mais MM.
les Maires ne les ont pas encore constatées par des procès-verbaux, et il en
existe toujours un certain nombre dont personne ne m'a donné avis.
Ne pouvant, de l'aveu de tout le
monde, faire des courses si pénibles et si dispendieuses sans aucune espèce de
rétribution, j'ai fixé les honoraires d'après les distances, leur conservant
toujours ces caractères de modicité et d'éventualité qui leur ont mérité
l'approbation générale. Ainsi, on me compte pour chaque source que j'indique,
savoir :
Dans le département du Lot : 10
fr.
Dans les six départemens circonvoisins, qui sont la Dordogne, la Corrèze, le
Cantal, l'Aveyron, Tarn-et-Garonne et Lot-et-Garonne : 15 fr.
Dans les départemens qui sont contigus à ces derniers : 20 fr.
Par conséquent dans le département du Calvados : 45 fr.
Je m'oblige par écrit envers
chaque particulier à lui rendre ces honoraires si, au lieu et à la profondeur
déclarés, il ne se trouve pas une source plus que suffisante pour tous les
besoins de la maison, ou des maisons à pourvoir d'eau ; néanmoins, ceux qui ne
creusent pas dans un an à partir du jour de l'indication, perdent le droit de
redemander la somme. Les honoraires sont remboursés, lorsqu'il y a lieu, par un
correspondant que j'établis dans chaque arrondissement où je fais des
indications.
Je n'accepte rien, lorsqu'après
mon opération je trouve que la source n'est pas dans le fond de celui qui l'a demandée,
ni lorsqu'elle est trop éloignée de sa maison, ou trop profonde ; par exemple,
si elle était à 300 mètres de distance, ou à 16 de profondeur. Les pauvres sont
partout servis gratuitement.
Dans l'impossibilité de satisfaire
à toutes les demandes que m'ont adressées 34 départemens, je tâche de rendre le
plus de services dans le moins de temps possible : en conséquence, je commence
toujours par explorer le département qui se trouve avoir formé le plus grand
nombre de demandes ; je ne passe, d'ordinaire, qu'une seule fois en chaque
endroit et ne m'occupe point à chercher des sources pour arroser les prés.
Toute lettre qui contient des
demandes pour plusieurs doit faire connaître en détail, 1° le nom de chaque
particulier qui veut que je lui indique une source ; 2° sa qualité, ou
profession ; 3° sa commune ; 4° son canton : autrement dit, on doit ME DONNER L'ADRESSE
ENTIÈRE DE CHAQUE DEMANDEUR.
Celui qui veut une source pour un domaine placé hors de sa commune, doit ajouter
à son adresse le nom de ce domaine et celui de la commune dans laquelle il est
situé. Ces désignations me sont si indispensables, que toutes les demandes qui
ne les présentent pas, sont comme non-avenues. L'itinéraire que je me trace
toujours d'après la carte du département à parcourir et les demandes que j'en
ai reçues, m'empêche, souvent de satisfaire à celles qui ne me sont faites que
durant les tournées ; le plus sûr est donc d'envoyer toutes les demandes à mon
domicile, sous l'adresse qui suit : A M. l'Abbé Paramelle, à St.-Céré,
département du Lot. Les lettres qui arrivent non-affranchies ne sont pas
reçues.
Ainsi, MONSIEUR, puisque l'on a jugé à propos de m'appeler dans
votre contrée, si vous y connaissez d'autres propriétaires qui puissent désirer
des sources, je vous serai bien obligé de leur communiquer la présente lettre
et de vous concerter avec ceux qui voudront être inscrits, pour m'envoyer les
demandes avant le 7 du mois prochain. Après la réception de votre lettre, je ne
tarderai que le moins possible à passer chez les particuliers qui s'y
trouveront dénommés ; et afin que, lors de mon arrivée, ils ne se trouvent pas
absens, j'aurai soin de les prévenir du jour où je pourrai me rendre dans
chaque localité.
J'ai l'honneur d'être, avec les
sentimens les plus distingués.
MONSIEUR,
Votre très-humble et
très-obéissant serviteur,
L'ABBÉ PARAMELLE,
à St.-Céré (Lot).
_____
St.-Céré, le 12 janvier 1836
(reçu le 18).
MONSIEUR,
La lettre que vous avez bien
voulu m'écrire le 3 du courant pour me faire connaître les 7 propriétaires de
votre contrée qui désirent que je vienne leur indiquer des sources, m'est
arrivée. Lorsqu'il me sera possible de les satisfaire, j'aurai soin de les
prévenir du jour où je pourrai me rendre chez chacun d'eux. Si, d'ici à ce temps,
on se déterminait à former de nouvelles demandes, il serait important qu'on me
les envoyât sans retard, ayant toujours soin de me donner l'adresse exacte de
chaque demandeur, et se souvenant que les lettres non-affranchies ne sont pas
reçues.
J'ai l'honneur d'être, avec les
sentimens les plus distingués,
MONSIEUR,
Votre très-humble et
très-obéissant serviteur,
L'ABBÉ PARAMELLE
à St.-Céré (Lot).
_____
DE LA THÉORIE DE
M. L'ABBÉ PARAMELLE POUR LA DÉCOUVERTE DES SOURCES PAR M. DE BRÉBISSON.
A la simple annonce des prodiges
opérés par M. l'abbé Paramelle, on est tenté de croire qu'il est question de la
fameuse baguette divinatoire, dont l'usage est encore assez répandu dans
notre pays, et à laquelle, nous sommes honteux de l'avouer, on accorde une
confiance aveugle, quà défaut du raisonnement, d'innombrables déceptions
auraient dû détruire depuis long-tems. Certaine étymologie du mot sorcier
prononcé encore sourcier dans plusieurs contrées, revient à la pensée
avant de rechercher avec attention les causes de faits vraiment
extraordinaires, tels que les découvertes de sources.
Il n'y a cependant rien de
surnaturel dans la science de M. Paramelle, et même avant l'explication de sa
théorie, dont il ne fait point mystère, on devait en être assuré par les
suffrages reconnaissans du département qu'habite cet ecclésiastique 1, et par les nombreuses attestations que se sont empressées de lui
donner les personnes qui ont été témoins de ses merveilleuses découvertes.
Les principes qui dirigent M. Paramelle
dans ses expériences, sont le résultat d'études géologiques, aidées d'un examen
approfondi de la configuration du sol et de la nature des terrains dans les
localités qu'il explore. Un article publié dans le Journal de Loir-et-Cher,
dont le rédacteur avait entre les mains un Mémoire manuscrit de M. Paramelle,
nous a mis à même de nous rendre compte de ces principes. Nous allons en citer
les passages les plus propres à faire connaître les bases de cet important
système. Qu'il nous soit permis aussi de reproduire auparavant quelques lignes
tirées d'une notice très-intéressante, publiée récemment par un célèbre
chimiste de Rouen, M. Girardin, et qui nous semblent renfermer des opinions
parfaitement justes.
« Nous ne venons pas nous poser
ici comme les champions de M. l'abbé Paramelle, dont nous n'avons pu étudier
les procédés ; mais convaincus que la science géologique peut fournir à des
esprits observateurs des données précieuses sur le gisement des eaux dans le
sein de la terre, et qu'il est possible, par suite d'observations nombreuses,
d'arriver à la découverte de quelques principes jusqu'ici ignorés, et que la
physique générale ne désavouerait pas, nous nous trouvons disposés à combattre
l'incrédulité, qui naît souvent de l'ignorance, et nous nous plaisons à croire
que l'abbé Paramelle obtient effectivement les merveilleux succès, signalés par
les journaux, en procédant d'après une théorie qu'il applique d'après
l'inspection géologique des lieux sur lesquels il est appelé. Ce qui contribue
encore à nous affermir dans cette opinion, c'est le désintéressement dont il
fait preuve, puisqu'il se contente, pour tout honoraire, du remboursement des
frais qu'occasionnent ses opérations, les indications non suivies de succès, ne
coûtant rien et les autres étant payées à raison de 15 à 45 francs, par chaque
source indiquée, suivant les départemens.
» Nous désirons donc vivement
voir M. Paramelle opérer dans notre pays, pour lequel sa découverte aurait tant
d'importance. Plusieurs préfets, entr'autres, celui d'Eure-et-Loir, et celui de
la Seine-Inférieure, M. Bourdon, maire d'Yvetot, se sont mis en relation avec
M. Paramelle, qui dans un intérêt de bien public, se rend d'abord dans les
localités où les demandes sont les plus nombreuses. Nous savons que déjà beaucoup
de propriétaires du département ont souscrit pour les expériences de M. l'abbé
Paramelle ; la Société centrale d'agriculture s'est empressée de prendre une
action de 50 francs, dans l'intention d'engager les cultivateurs à imiter son
exemple. »
» Nous n'entrerons pas dans tous
les détails des succès obtenus par ce savant, nous rappellerons seulement que
sur soixante-quinze creusemens opérés d'après ses indications, soixante-neuf
ont procuré des sources salubres et abondantes, (Voir les divers
Rapports des Sociétés d'agriculture du département du Lot, etc.) »
Nous lisons dans le Journal de
Loir-et-Cher, (3 av. 1834) : « M. Paramelle, s'appuyant de la théorie
connue de la formation des sources par les eaux du ciel, qui, après avoir
détrempé les terres qui les retiennent quelque temps, s'infiltrent lentement et
descendent vers les vallées où elles trouvent des issues, et vont former les
rivières, pense que le cours des eaux souterraines suit les mêmes lois que
celui des eaux qui circulent à ciel ouvert. Cette proposition est la base de
tout son système.
» Ainsi, procédant constamment
par analogie, il pose d'abord en principe, que les eaux après avoir pénétré la
superficie des terres, forment des veines, puis des rigoles, cherchent les
pentes des terrains, et descendent dans les vallons en suivant des conduits
souterrains dont les pentes sont régulières. Ces courans en reçoivent d'autres
et serpentent dans l'obscurité, de la même manière que les ruisseaux
découverts, jusqu'à ce qu'ils se montrent sur le bord des rivières dans
lesquelles ils se jettent.
» Or, quelque plane que paraisse
la surface d'un pays, il n'est pas d'étendue de terrain, si petite qu'elle
soit, dont la déclivité ne soit sensible, et les grandes plaines si étendues
qu'elles soient, n'en sont pas moins entrecoupées de collines et de vallons.
Là, comme ailleurs, la pluie qui tombe sur les hauteurs, descend et se réunit
au fond des vallons, qui tous ont une pente assez marquée pour qu'on puisse
reconnaître la marche que doivent suivre les eaux depuis les points les plus
élevés des plateaux, jusqu'au bord des rivières. C'est par l'observation de ces
bassins qui se communiquent les uns aux autres, et qui offrent la plus grande
similitude avec les vallées dans lesquelles coulent les ruisseaux qui alimentent
les rivières, que M. Paramelle arrive à la découverte des sources. »
Nous croyons que ces citations
suffisent pour faire concevoir les principes sur lesquels reposent la théorie
de M. Paramelle, et pour faire disparaître toute idée de moyens surnaturels,
ce qui ne rend que plus admirable le résultat des observations de son auteur.
Nous mettons d'autant plus d'intérêt à en démontrer l'importance aux habitans
de notre arrondissement, que nulle contrée ne nous semble plus favorable à
l'application du système ingénieux de M. Paramelle. C'est dans la partie que
nous appelons la Plaine, qu'il doit avoir le plus de succès. Là, ses bienfaits
seront surtout vivement appréciés, car le manque d'eau s'y est fait sentir plus
que jamais depuis deux ou trois ans.
Pour que l'on puisse bien
envisager les applications locales de la science de M. Paramelle, nous allons
jeter un coup-d'oeil rapide sur la constitution géologique de nos environs, ne
considérant que les masses générales, et ayant plus égard à la densité des terrains
qu'à la nature de leurs formations ou à leur ordre de superposition. Pour plus
de détails sur ce sujet, on pourra consulter un petit travail que nous avons
donné dans le 2e numéro des Mémoires de la Société d'agriculture de
Falaise.2
Les terrains de l'arrondissement
de Falaise appartiennent à deux classes principales. Le Bocage (pays-de-bas),
qui s'étend du sud à l'ouest, présente les terrains intermédiaires ; et la
Plaine, ou campagne, qui occupe le nord et une partie de l'est repose sur
les terrains secondaires. Les premiers composés de schistes, de marbres ou de
grès, de nature le plus souvent imperméable, offrent un sol assez tourmenté,
parcouru par de nombreuses vallées presque toutes pourvues de quelques sources,
et par conséquent, de ruisseaux superficiels plus ou moins considérables.
Dans la Plaine, au contraire,
formée généralement de dépôts calcaires propres aux terrains secondaires, les
sources sont très-rares et les vallées, d'ailleurs, peu profondes, ne sont
presque jamais arrosées par un ruisseau qui y prenne naissance. Cette
distinction est tellement marquée, que l'on peut reconnaître, sur une carte
topographique un peu étendue et où se trouve indiquée la configuration du sol,
la nature calcaire d'un terrain par l'absence de ruisseaux dans la plupart des
vallées.
Cependant ces courans,
superficiels dans le Bocage, existent aussi dans la plaine, mais ils sont
recouverts par les couches calcaires perméables des terrains secondaires, qui,
ne pouvant leur fournir de conduits impénétrables, ne permettent pas aux eaux
de venir couler à la surface du sol.
Si l'on étudie la manière dont se
dirigent les courans dans les terrains intermédiaires, la place qu'ils occupent
par rapport aux côteaux, aux bassins, la disposition qui leur est ordinaire
lorsqu'ils viennent à se joindre à une rivière, on obtiendra des inductions
propres à déterminer les points où l'on pourra creuser, dans les terrains
secondaires, des puits avec le plus de chances possibles de rencontrer des
courans souterrains, d'autant plus abondans qu'ils doivent éprouver moins
d'évaporation dans leur marche.
Nous ne pensons pas qu'on doive
regarder toutes ces eaux souterraines comme formées par une infiltration des
pluies tombées dans un rayon souvent peu étendu, comme on pourrait le croire
d'après l'opinion de M. Paramelle ; mais en admettant des points de départ plus
éloignés, on ne peut douter que les eaux sortant des roches intermédiaires, ne
se trouvent là où ces terrains sont recouverts par les formations secondaires,
qui par suite de leur perméabilité, laissent les courans les traverser selon
les lois naturelles de l'inclinaison.
Dans ces cas, il faut bien
observer si la configuration superficielle d'une localité est une conséquence
exacte de la forme des terrains inférieurs.
On doit comprendre maintenant
pourquoi nous disions qu'aucune contrée ne pouvait être plus propre que la
nôtre à démontrer la juste application des observations de M. Paramelle.
Les études chirurgicales tirent
un grand avantage de l'examen de corps dépouillés présentant à découvert les
systèmes veineux et artériels. C'est ainsi qu'on apprend à reconnaître les
points où l'on peut sur le vivant, malgré les tissus extérieurs, rencontrer
sûrement la veine qu'il faut ouvrir. L'observation exacte et détaillée des eaux
de nos terrains intermédiaires, rendra le même service à quiconque voudra les
rechercher sous l'enveloppe calcaire qui les recouvre dans les terrains
secondaires.
Nous devons rappeler qu'il ne
s'agit point ici de fontaines jaillissantes telles qu'on en obtient au moyen
des forages connus sous le nom de puits artésiens. Nous avons dit
ailleurs que nous croyons que la constitution géologique de notre
arrondissement, laissait peu d'espoir de rencontrer jamais de vastes réservoirs
d'eaux souterraines d'où peuvent s'élever ces sources précieuses.
Dans nos terrains calcaires, les
eaux ne sont pas toujours à une aussi grande profondeur qu'on pourrait le
croire, parce que leurs couches inférieures sont le plus souvent formées par
des lits épais d'argiles bigarrées très-imperméables, recouvertes de
galets roulés. C'est sur cette argile ou glaise que se trouvent le plus
grand nombre de nos courans souterrains qui parcourent avec facilité les
couches de galets ou de graviers superposés. Toutes les localités de nos
environs, du côté de la plaine, où se montrent les sources les plus fréquentes,
sont celles où le point de jonction des galets aux terrains inférieurs est à
découvert ; à Vaton, à Eraines, à Amblainville, à la Hoguette, à Caudet, à
Couvrigny, etc.
La petite rivière de Périères
présente un fait fort curieux au milieu de la plaine qui est au nord des monts
d'Eraines. Ce ruisseau, qui prend naissance à un bout de la commune, disparaît
dans les terres à l'autre extrémité. Cela s'explique aisément, en remarquant
qu'au milieu des terrains calcaires qui composent cette plaine, se trouve une
petite vallée dont les grès du terrain intermédiaire forment le fond. Au point
de jonction des deux terrains, dans la partie la plus élevée de ce vallon, naît
le ruisseau qui, coulant vers l'autre extrémité, est arrêté par des couches
calcaires, qui, étant perméables, le laissent pénétrer et suivre la surface
impénétrable des roches inférieures. Si, dans ce point, il eût rencontré des
couches imperméables, la vallée serait devenue un lac d'où serait sorti un
nouveau ruisseau superficiel qui aurait été se jeter, à Pont, dans la Dive.
Il n'y a que dans un cas de
dénudation du terrain inférieur, comme celui que nous venons de citer, que l'on
doit chercher un courant à la naissance d'un vallon, autrement, ce n'est qu'à
une certaine distance, au-dessous des points de réunion de quelques vallons
secondaires, que l'on peut espérer d'en rencontrer.
Il résulte des observations
répétées de M. l'abbé Paramelle, que dans une vallée bordée par des pentes
égales, on est sûr de trouver les eaux au milieu de la vallée ; si elles sont
inégales, le courant passera près du côteau le plus rapide.
L'examen de l'inclinaison d'un
terrain sur lequel coulera un ruisseau au moment de sa sortie, pourra indiquer
à quelle hauteur doivent se trouver les différens points de son cours
souterrain, en remontant vers le lieu présumé de son départ.
Persuadés que rien ne prouve
mieux la vérité d'un tel système que des applications locales, nous en
exposerons une dernière qui pourra être facilement démontrée à tous nos
concitoyens.
Que l'on se représente une plaine
formée de terrains calcaires, entourée par des collines appartenant à des
formations intermédiaires de nature imperméable, qui, vers la partie la plus basse
du bassin présentent une déchirure. N'est-il pas naturel de penser que si l'on
doit rencontrer des eaux cachées dans ce bassin, ce doit être dans cette partie
inférieure, et qu'un cours souterrain doit probablement se former à l'entrée du
vallon qui interrompt les collines qui bordent la plaine de ce côté ? C'est là
précisément la disposition de la fontaine de Crécy, de cette source
abondante qui alimente toutes nos fontaines de la ville, et qui est ouverte au
bas d'une plaine calcaire entourée par les roches schisteuses et quartzeuses de
Saint-Pierre-du-Bû et des Roquettes, à la naissance du petit vallon qui se
dirige vers la Cour-Bonnet.
Nous terminons cette notice,
peut-être trop étendue, puisque malgré tous les développemens que nous
essaierions de présenter, nous ne pourrions mettre à portée d'acquérir une
science que nous ne possédons pas nous-même. Rien ne peut remplacer l'habitude
d'observation qui a donné à M. l'abbé Paramelle une si grande justesse de
coup-d'oeil, qu'il lui suffit d'une simple inspection du terrain pour indiquer
les points où il faut creuser, et la profondeur à laquelle doit se trouver
l'eau.
Notre but était de montrer la
confiance que doivent inspirer les procédés de M. Paramelle, et nous désirons
que les intéressés puissent par leurs souscriptions le déterminer à venir
visiter notre pays, et à l'enrichir par ses découvertes dont deux années de
sécheresse font sentir si vivement tout le prix. Puissent aussi nos Sociétés
d'Agriculture, imiter l'exemple de celle de la Seine-Inférieure.
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