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L'ÉCOLE
Je proclame l'école de Mademoiselle
Genseigne la meilleure école de filles qu'il y ait au monde. Je déclare
mécréants et médisants ceux qui croiront et diront le contraire. Toutes les
élèves de Mademoiselle Genseigne sont sages et appliquées, et il n'y a rien de
si plaisant à voir que leurs petites personnes immobiles et leurs têtes toutes
droites. On dirait autant de petites bouteilles dans lesquelles Mademoiselle
Genseigne verse de la science.
Mademoiselle Genseigne est assise
toute droite dans sa haute chaire. Elle est grave et douce ; ses bandeaux plats
et sa pèlerine noire inspirent le respect et la sympathie.
Mademoiselle Genseigne, qui est
très savante, apprend le calcul à ses petites élèves. Elle dit à Rose Benoît :
« Rose Benoît, si de douze je
retiens quatre, combien me reste-t-il ?
- Quatre ! » répond Rose Benoît.
Mademoiselle Genseigne n'est pas
satisfaite de cette réponse.
« Et vous, Emmeline Capel, si de
douze je retiens quatre, combien me reste-t-il ?
- Huit », répond Emmeline Capel.
« Vous entendez, Rose Benoît, il me
reste huit », ajoute Mademoiselle Genseigne.
Rose Benoît tombe dans une
rêverie profonde. Elle entend qu'il reste huit à Mademoiselle Genseigne, mais
elle ne sait pas si c'est huit chapeaux ou huit mouchoirs, ou bien encore huit
pommes ou huit plumes. Il y a bien longtemps que cette idée la tourmente. Elle
ne comprend rien à l'arithmétique.
Au contraire, elle est très
savante en histoire sainte. Mademoiselle Genseigne n'a pas une seule élève
capable de décrire le Paradis terrestre et l'Arche de Noé comme fait Rose
Benoît. Rose Benoît connaît toutes les fleurs du Paradis et tous les animaux de
l'Arche. Elle sait autant de fables que Mademoiselle Genseigne elle-même. Elle
sait tous les discours du Corbeau et du Renard, de l'Ane et du Petit Chien, du
Coq et de la Poule. Elle n'est pas surprise d'entendre dire que les animaux
parlaient autrefois. Elle serait plutôt surprise si on lui disait qu'ils ne
parlent plus. Elle est bien sûre d'entendre le langage de son gros chien Tom et
de son petit serin Cuip. Elle a raison : les animaux ont toujours parlé et ils
parlent encore ; mais ils ne parlent qu'à leurs amis. Rose Benoît les aime et
ils l'aiment. C'est pour cela qu'elle les comprend. Pour s'entendre, il n'est
tel que de s'aimer.
Aujourd'hui, Rose Benoît a récité
sa leçon sans faute. Elle a un bon point. Emmeline Capel a reçu aussi un bon
point pour avoir bien su sa leçon d'arithmétique.
Au sortir de la classe, elle a
dit à sa maman qu'elle avait un bon point. Et elle a ajouté :
« Un bon point, à quoi ça sert,
dis maman ?
- Un bon point ne sert à rien, a
répondu la maman d'Emmeline. C'est justement pour cela qu'on doit être fier de
le recevoir. Tu sauras un jour, mon enfant, que les récompenses les plus
estimées sont celles qui donnent de l'honneur sans profit. »
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