I1. [377]J'aurais été bien surpris que
les Psychiques, se bornant à la luxure en vertu de laquelle ils contractent
plusieurs mariages, ne se laissassent point emporter par la gourmandise qui
leur fait mépriser les jeûnes. La volupté sans l'intempérance passerait pour
quelque chose de monstrueux, puisqu'elles sont tellement unies et indivisibles,
qu'avant de les séparer, il faudrait séparer du ventre ce qui y tient si
étroitement. Examine le corps: même théâtre pour l'une et pour l'autre; à la
disposition de ces membres répond l'ordre de ces vices; d'abord le ventre, puis
la débauche qui vient à la suite de l'intempérance. La volupté a pour
auxiliaire la gourmandise. Je reconnais cette foi amicale à son amour pour la
chair qui est son caractère distinctif aussi portée aux excès de la table qu'à
la pluralité des noces, et ne craignant point de censurer, [378] sur la question de la
continence, la discipline spirituelle qui lui est opposée en substance,
c'est-à-dire qu'elle donne pour frein à la gourmandise les jeûnes, les
abstinences, la sobriété, de même que pour limites à la volupté un mariage
unique. Il me répugne de me mesurer avec de pareils hommes, et j'ai honte de
discuter une matière dont la défense n'est pas même honnête. En effet, comment
me sera-t-il possible de venger la chasteté et la sobriété, sans parler de mes
adversaires? Quels sont les griefs intérieurs ou extérieurs des Psychiques? Je
le dirai une fois pour toutes. Us sont en opposition avec le Paraclet; voilà
pourquoi ils rejettent les prophéties nouvelles, non point que Montan,
Priscilla et Maximilla prêchent un autre Dieu, non pas qu'ils anéantissent
Jésus-Christ, ou qu'ils renversent quelque règle de la foi ou de l'espérance,
mais parce qu'ils enseignent qu'il faut jeûner plus souvent que l'on ne se
marie. Quant aux limites que doit recevoir le mariage, nous avons déjà publié
la défense de la monogamie. Il s'agit aujourd'hui défaire prévaloir la
sobriété, dans un second, ou pour mieux dire dans un premier combat en faveur
de la continence.
Nos adversaires nous
reprochent d'observer des jeûnes qui nous sont propres; de prolonger
quelquefois jusqu'au soir nos stations 2, de nous livrer à des
abstinences particulières, de nous interdire les viandes, les assaisonnements,
les fruits dont les sucs sont vineux, afin de ne jamais goûter à du vin sous
quelque forme que ce soit; et enfin de renoncer au bain, conformément à la sévérité
de ce régime. Us nous objectent la nouveauté, pour déclarer ces prescriptions
illégales. Ou il faut les tenir pour hérétiques, disent-ils, si c'est là une
invention humaine, ou il faut les regarder comme de fausses prophéties, si ce
sont [379] des ordonnances spirituelles.
Qu'importé pourvu «que nous soyons appelés anathème» de part et d'autre,
«puisque nous annonçons un autre Evangile.»
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