I. [357]Je ne doute point, mon frère,
qu'après avoir envoyé devant toi ton épouse dans la pax du Seigneur, résolu
désormais à posséder la tranquillité de l'âme, tu ne songes à vivre dans la
viduité, par conséquent, que tu n'aies besoin de conseils. Quoique, en pareille
conjoncture, chacun doive s'interroger soi-même et consulter ses propres forces,
comme les nécessités de la chair interviennent dans les délibérations de
l'esprit, et résistent dans la même conscience à la foi, celle-ci a besoin de
conseils étrangers qui lui servent, pour ainsi dire, d'avocat contre les
réclamations de la chair. Il est très-facile d'imposer silence à ces
réclamations, si l'on considère la volonté de Dieu plutôt que la condescendance
à la chair. On ne se rend point agréable à Dieu en flattant les sens, mais en
obéissant à la volonté divine. «Or, la volonté de Dieu, c'est que nous soyons
saints.» En effet, il veut que l'homme, créé à son image, devienne sa
ressemblance, «afin que nous soyons saints comme il est saint lui-même.» Ce
bien, ou en d'autres termes, la sanctification, je le divise en plusieurs
degrés, pour que chacun de nous puisse y prendre part. Le premier degré, c'est
la virginité conservée depuis la naissance. Le second comprend la virginité
qui, depuis la seconde naissance, c'est-à-dire le baptême, nous purifie dans le
mariage; d'après le consentement des deux époux, [358] ou persévère dans le célibat
par une décision volontaire. Reste un troisième degré, la monogamie, en vertu
de laquelle un sexe renonce à l'autre, quand le premier mariage a été dissous
par la mort. La première espèce de virginité a le bonheur d'ignorer
complètement ce que plus tard on regrette d'avoir connu. La seconde dédaigne
héroïquement ce qu'elle n'a que trop connu. La troisième, qui renonce au
mariage une fois que l'union conjugale est rompue, outre le mérite du courage,
a aussi le mérite de la modération. N'est-ce pas être modéré que de ne
pas regretter ce qui nous a été enlevé, enlevé surtout par le Seigneur, sans la
volonté duquel il n'est pas une feuille qui se détache de l'arbre, ni le plus
humble passereau qui tombe à terre?
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