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Thomas-Simon Guellette
La confiance de cocus

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  • SCENE IV.
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SCENE IV.

CASSANDRE, ISABELLE.

CASSANDRE.

Bonjour ma pouponne ; qu'avez-vous donc ? Vous me paroissez toute triste.

ISABELLE.

Je n'ai rien.

CASSANDRE.

Vous me pardonnerez, mignonne, la mélancolie vous afflige ; avez-vous quelque chose de caché pour votre petit mari ?

ISABELLE.

Je crains que vous n'ayez pas assez d'amitié pour moi.

CASSANDRE.

Mon Dieu je n'ai de bonheur bien heureux que depuis nos épousailles.

ISABELLE.

Vous sçavez si l'on peut z'être plus contente que moi, depuis que l'hymenée nous réunit.

CASSANDRE.

Cela z'est vrai, ma charmante, mais pourquoi donc me paroissez-vous t'en inquiétude ?

ISABELLE.

C'est qu'il y a des mâtins dans le monde qui voulont nous brouiller.

CASSANDRE.

Qui sont-ils ces chiens-là, ces Infidèles, ces Turcs ?

ISABELLE.

Oh ! je ne veux pas vous les nommer.

CASSANDRE.

Nommez, nommez toujours, mon adorable.

ISABELLE.

Non ferai, car je ne veux pas vous fâcher.

CASSANDRE.

bien je ne fâcherai pas.

ISABELLE.

Vous leur direz peut-être, et puis je vous aurois brouillé avec vos parens, et puis l'on se gourme, l'on se chamaille, et l'on s'en prend à sa femme que l'on traite de causeuse.

CASSANDRE.

bien, foi de Cassandre, je ne ferai rien de tout ça.

ISABELLE.

bien, car je ne puis rien avoir de secret pour mon cher z'époux, bien donc, Monsieur Picotin et Monsieur Cassecroute sont fâchés que je le porte plus beau que leurs femmes, car vous voyez toujours comme je suis mise ; ils ont dit à par t'eux, comment ferons-nous pour lui faire tort ? Il faut la brouiller avec son mari, ont-ils dit tous deux.

CASSANDRE.

bien ?

ISABELLE.

bien se font-ils, il faut dire à Monsieur Cassandre que sa femme l'a rendu sot ; voyez, mon cher mari, si je n'ai pas raison d'avoir le visage triste.

CASSANDRE.

Ah les méchans ! attaquer ainsi l 'honneur d'une femme si pleine de modestie et d'honnêteté.

ISABELLE.

Hélas vous sçavez comme je me comporte ; il est bien dur de se refuser tout comme je le fais, et d'être traitée de vergogne.

CASSANDRE.

, la, la, consolez-vous, mon incomparable, je vous connois si bien.

ISABELLE.

Non, je n'en puis rien faire, ce n'est pas encore tout, ils ne s'en sont pas tenus là.

CASSANDRE.

Quoi donc ! Qu'ont-ils fait ?

ISABELLE.

Ils avons dit que ce n'est pas tout que de dire comme ça ; il faut nommer queuxques-uns.

CASSANDRE.

bien qu'ont-ils nommé ?

ISABELLE.

Il faut chercher, se font-ils entr'eux, ceux qui habitent le plus chez elle ; le Chanoine par exemple.

CASSANDRE.

Ah, ah, le Chanoine ! Ils sont ma foi bien avisés.

ISABELLE.

Vous sçavez s'il sçait troubler l'eau qu'il boit ; de plus sans vous je ne le connoîtrois pas, c'est vous qui l'avez mené à la maison.

CASSANDRE.

Cela est tout vrai, mais puisqu'ils le prennent par-là, si je ne l'avois pas amené, j'irois le chercher tout-à-l'heure, et j'y vas.

ISABELLE.

Non, il n'est pas nécessaire, mon cher époux, et je ne veux plus le voir.

CASSANDRE.

Parbleu vous le verrez, c'est la joie de notre maison, il est tout-à-fait jovial.

ISABELLE.

Il faut bien qu'une honnête femme obéisse à son mari.

CASSANDRE.

Sans doute, pardi, voilà de droles de gens ; et qu'ont-ils dit encore ?

ISABELLE.

Il en faut encore un, avons-t-ils continué, afin de les brouiller plus fort. Nommons, avont-ils dit, Monsieur Liandre.

CASSANDRE.

Ah ! celui-là n'est pas mauvais, le meilleur de tous mes amis. Mais sçais-tu bien, ma mignonne, que si je ne te voyois pas triste, je rirois comme un fou, car ça est trop plaisant, Monsieur Liandre. bien ?

ISABELLE.

Voilà ce qu'ils ont arrêté de vous dire, et qu'ils vous ont peut-être déjà dit.

CASSANDRE.

Non fait, ma foi. Mais qu'ils y viennent, ils verront beau jeu. Va, si ce n'est que ça qui t'afflige...

ISABELLE.

Mais qu'est-ce qu'une femme a de plus cher que son cher honneur ? Sçavez-vous bien que j'aimerois mieux l'avoir fait, et qu'on ne le dit point ?

CASSANDRE.

Allez, ma mignonne, consolez-vous. Je suis le plus avantagé mari par la fortune qui m'a donné une femme si sage. Donne-moi, Isabelle, un petit baiser d'amour.

ISABELLE.

Tenez. Mais je les vois venir ces méchans dont je vous parle. Je rentre, car leurs regards me suffoquent.

CASSANDRE.

Vous faites bien, ma mignonne, je vais bientôt vous retrouver.

 




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