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| Thomas-Simon Guellette Le mauvais exemple IntraText CT - Lecture du Texte |
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SCENE VII. ISABELLE, MADAME GILLES.
MADAME GILLES. ENFIN, ma chere Maîtresse, le vieux penard est donc détalé, et je vous ai laissé tout le tems de ruminer z'à part vous, vot' amour. ISABELLE. Je te puis t'assurer que j'aurois tué z'un Mercier pour un peigne, tant il m'a z'ennuyé, en me sarmonant de la maniere. Mais que veux-tu ? Quand z'une fille z'est sage, il faut bien qu'elle broute où elle est liée. MADAME GILLES. Ce n'est que trop vrai, sans cela je parie bien que vous iriez drès tout à stheure par-delà Senlis. ISABELLE. J'irois de bon coeur chercher mon adorable Monsieur Liandre, et quand nous devrions coucher dans les bleds, j'en serois toujours bien contente, car c'est la belle saison pour ç'a. MADAME GILLES. Mais est-il là pour un grand tems ? ISABELLE. Il y est allé pour demander au Roi de l'emploi, mais je n'entends rien à toutes ces fichaises-là, et je m'ennuye de ne pas avoir mon Amant. MADAME GILLES. Voulez-vous, pendant qu'il n'y est pas, que je fasse comme il feroit ? ISABELLE. A ce qui z'est de moi, je n'aime point ce qui est incivil, et rien n'est si mal poli que deux femmes qui se reluquent. MADAME GILLES. Je ne prétends pardi pas vous rien faire, je voudrois tant seulement pour vous dissiper vot' ennui, vous parler un moment comme si c'étoit Monsieur Liandre, et jouer, comme on fait la Comédie, ç'a nous désennuira peut-être ; car des femmes seules, quoique d'autres en disent, ç'a n'est pas trop amusant. ISABELLE. Eh bien, voyons ç'a. MADAME GILLES. Dame, je n'ai rien à vous montrer. Mais écoutez toujours. Eh bien, ma charmante, comment ç'a va-t-il ? ISABELLE. Fort bien, mon cher Liandre, quand vous m'aurez consolée de vot' chere absence. MADAME GILLES. C'est ce que nous verrons tout à stheure. (Elle fait semblant de raper sous son tablier). Mon adorable, en voulez-vous ? ISABELLE levant le tablier. Oui, quoi, bon ! ce n'est que du tabac. MADAME GILLES. Je ne vous montre que ce bout là, parce que les passans m'empêchent de vous faire autant d'amitié que je ferois s'il étoit nuit. ISABELLE. C'est qu'il y a long-tems, mon cher Liandre, que vous me manquez ; et vot' voyage s'est-il bien porté ? MADAME GILLES. Fort bien. Stapendant, ma chere z'Isabelle, ma pensée a été toujours droite z'à votre intention, et je sentois une dureté bien dure si éloigné de vous, et de ne pouvoir vous dire à genoux, que vous êtes une z'Isabelle comme il n'y en a point.... Laissez-moi vous baiser. ISABELLE. Fort peu de ç'a, s'il vous plaît, vous iriez m'échauffer la tête, et puis ce ne seroit toujours qu'une femme. O, mon cher Liandre, que n'est-ce vous qui me parlez de la maniere, comme je vous embrasserois. (Elle embrasse Madame Gilles). MADAME GILLES. Fort peu de ç'a, s'il vous plaît, vous iriez m'échauffer la tête, et puis ce ne seroit toujours qu'une femme. ISABELLE. Ah vraiment, tu as bien de la raison : mais c'est que l'emportement m'emporte, et tu fais si justement comme lui. Mais ne crains point que je m'y fie, car je n'aime pas ç'a comme ç'a, ç'a est si plat, et j'ai toujours en tête la différence qu'il y a d'une cornette z'à un chapeau. MADAME GILLES. Pardi je le crois bien, mais à propos de ç'a, vous en coulez de bonnes avec not' Monsieur Cassandre. ISABELLE. Ne veux-tu pas que je lui dise de quoi z'il retourne, il m'empêcheroit peut-être de mettre les enjeux, et pis je vois à part moi comment tu en donnes à garder à Gilles, comme ç'a je mets tout à profit, et je pourrai faire de même à mon cher Liandre, quand z'il sera mon mari. MADAME GILLES. Ah dame, pour un mari, comment pourroit-on faire, si l'on ne l'y donnoit du galbanum. Il faudroit n'entendre pas le jar. ISABELLE. Mais quoi ! je m'amuse ici à la moutarde. Il est vrai que ce sera toujours de même pour moi dans l'absence de mon cher Liandre. Mon pere va venir, il ne faut pas qu'il me trouve ici. Adieu. MADAME GILLES. Adieu, not' Maîtresse, je boirai un coup à vot' santé ; mais je crains bien que Monsieur Cassandre ne puisse aller à la pinte, et il faudra me contenter de la chopine. ISABELLE. Tu z'es plus heureux qu'un enfant legitime de boire comme ç'a avec un homme qui t'en veut : ç'a me fait venir l'eau z'à la bouche, et je m'en vais à stintention là toute seule amuser ma tristesse.
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