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II
Une des rares résidences à
laquelle se soit attaché Jean Varce, est l'anfractuosité d'une montagne calcaire,
sur le chemin du col du Petit-Saint-Bernard, à côté d'une mince cascade, issue
des neiges voisines, qui susurre perpétuellement. Lorsque le solitaire se
hasarde à y venir laper un peu de l'ondée glaciale, dans sa paume trop froide
elle-même pour rien réchauffer, il ne cesse de surveiller les environs, car sa
conviction est qu'un serpent, un gros serpent hante le cours d'eau. Cette
obsession, probablement inspirée par quelque propos d'un colporteur jovial, est
si notoire que Varce ne peut traverser un hameau de la Tarentaise sans que les
gamins lui crient :
« Dis, Jean !... Et ton gros
serpent ? Il ne t'a donc pas encore mangé !... »
Aussitôt, il chute, par une
saccade du poignet, ces clameurs qui risquent de l'«enguigner» ; et il accélère
sa marche superficielle.
Son logis souterrain consiste en
un trou tellement noir et fétide que les chiens eux-mêmes, atterrés devant le
seuil qu'ils n'osent franchir, s'arc-boutent sur leurs quatre pattes, flairent
et reniflent d'une façon si désespérée qu'on s'attend à ce qu'ils hurlent à la
mort. Oui, cet endroit est peut-être le seul centre d'immondices, par tout
l'univers, où les représentants de la race canine, ces meilleurs amis de
l'homme, répugnent à plonger leur gueule sympathique.
Quant à l'origine du sobriquet,
c'est une mystification permanente, dont Jean Varce est à la fois la dupe et le
héros. Dès que celui-ci se croise, dans quelque localité, avec un touriste
nouveau, aussitôt un loustic indigène surgit et se taille un succès estimé de
ses pareils, par les moyens qui suivent, en plein carrefour des diligences ou
ailleurs.
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