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V
Désormais l'épilogue.
L'apothéose.
« Voyons voir un peu, Jean, si tu
te rappelles comment le feu a pris chez toi ?... Tu sais ? quand ta baraque a
flambé, avec la Roussine dedans ?... »
Guignol indique, au firmament,
des nuages, et décrit entre eux un choc d'où l'orage éclate. Sa gorge
caverneuse lance des bruits de tonnerre ; et le tranchant de ses mains, comme
une furie d'éclairs, coupe l'atmosphère en zig-zag. Affolé de terreur, il court
vers un abri qu'il semble apercevoir. Soudain il s'arrête net, et geint en
frottant son nez contre lequel une porte (celle de sa chaumière sans doute)
vient d'être repoussée. Il y frappe timidement d'abord, de l'os anguleux d'une
phalange ; puis il tambourine avec ses sabots qui s'escriment de plus en plus
fort dans le vide. Rien. L'huis reste clos. Guignol feint d'y coller son
oreille... Qu'écoute-t-il ainsi ?... Un frémissement de rage le prend. Il
réfléchit, en mordant ses ongles. Ensuite, il fait celui qui bat un briquet,
s'interrompant parfois pour tracer des éclairs, tandis que sa voix tonne, et
aussi pour querir, à droite et à gauche, des brassées de matériaux indéfinis...
Ah ! miséricorde ! Voici le tour
de l'incendie !...
Guignol s'est réfugié à l'écart,
après avoir paralysé les gonds de la porte en y plantant un coin.
« Pf ! pf ! pf ! » fait-il, à
chaque bouffée de fumée qui est censée se dégager. On entend crépiter des
étincelles ; et la flamme, enfin, une véritable flamme, prend son essor dans le
foyer infernal des yeux de Guignol...
Oui, en effet, c'est une joie diabolique
dont s'épanouit cette physionomie où apparaît, comme un reflet fugitif, une
lueur de vive intelligence, qui doit être le génie de la destruction !
« Tu la laisses donc brûler comme
ça, sans remède, ta maison ?... Hein ! Jean ?... Tu ne tâches pas un peu de
sauver la Roussine ?... »
L'incendiaire secoue négativement
la tête avec une expression radieuse ; et, s'étant lestement baissé pour
ramasser des cailloux, il accable de projectiles la géhenne idéale dans
laquelle une créature, peut-être deux, implorent et se consument. Implacable
justicier, ainsi que le peuple qui jadis lapidait les adultères...
Il convient ici de faire
remarquer que, suivant la conviction de ses prochains, le nain se vanterait, en
prétendant être l'auteur d'une catastrophe imputable seulement à la foudre
locale, qui fréquente les parois de ces montagnes et tour à tour y allume
presque tous les toits de chaume. Mais nul n'oserait, en conscience, prêter un
serment sur ce point.
Du moins Guignol prolonge
longtemps ses ricanements dont la malice paraît savante ; et sa denture,
convulsivement découverte, produit à la lumière du soleil quatre crochets
verdâtres, d'une inoubliable horreur.
Mais enfin la durée fixée à son rire
est expirée. Ses cordes vocales se détendent. Ses pupilles s'éteignent. Les
ténèbres du crétinisme, comme un rideau de théâtre, sont retombées sur lui. Le
spectacle est fatalement terminé.
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