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II
Bonchon, dont la seizième année
était juste révolue, appartenait à une excellente famille de la ville, que le
commerce héréditaire des combustibles avait avaricieusement conduite à
l'aisance. Lui-même, par un curieux phénomène d'atavisme, présentait en quelque
sorte l'aspect d'un sac de charbon, avec ses vêtements de tons si foncés, avec
sa crinière noire et ses mains perpétuellement sales, avec sa figure assombrie
sous la végétation naissante de poils très bruns et sous l'épaisseur des
sourcils qui ombraient ses regards déjà ténébreux. Grâce à une veste trop
ancienne, qui sanglait le buste en y multipliant des bosses, et un ample
pantalon, prématurément transmis par quelque frère aîné, la tournure de Bonchon
était aussi large à la base des pieds qu'au sommet des épaules. Un foulard
graisseux et fripé semblait fermer son corps en étranglant l'encolure dépourvue
de tout linge.
Bonchon était un très bon garçon
; et, d'ailleurs, Grutch, de quelques mois plus jeune, le valait bien sous tous
les rapports du caractère.
Celui-ci, originaire de
Folkestone, traversait la Manche deux fois par an, depuis sa prime enfance, pour
aller embrasser sa mère et rentrer en pension une semaine après. De la
meilleure foi du monde, il répondait : «Du diable, si je le sais !» lorsqu'on
le questionnait sur la profession des siens. Tantôt il paraissait croire que
son père était mort ; et tantôt il exprimait l'espoir d'être autorisé, vers
l'époque de sa majorité, à le rejoindre aux Indes.
Grutch, grand et maigre, portait
des culottes courtes d'où s'échappaient ses jambes nerveuses dans leurs bas de
laine rouge. Il avait un immense col, rabattu et empesé. De cette ouverture
jaillissait la tige mince, longue et mobile au bout de laquelle son museau de
rongeur était monté. Le front de Grutch fuyait et chaque autre partie de son
visage se dirigeait en s'amincissant vers l'extrémité de son nez pointu. Sa
chevelure fine, frisée, était blonde, oh ! mais blonde !... Et la vertu
colorante d'un bleu tendre se manifestait dans ses yeux telle qu'elle en
irisait l'entière surface. Toutefois, les cils du jeune étranger étaient d'une
soie très blanche, et ses paupières avaient cette transparence de peau que
possèdent les tout petits cochons.
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