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IV
... Quand l'heure de se divertir
fut arrivée, à la fin de la matinée où la grande nouvelle s'était répandue,
aucun des jeux ordinaires ne fut entrepris : ni le cheval-fondu, ni
saute-mouton, ni foot-ball !...
La foule des élèves observait
curieusement les champions. On s'entretenait d'eux, à voix basse, sans les
interpeller. Ceux-ci ne parurent point prendre garde à ces façons. Ils
persistèrent à errer négligemment parmi les groupes, engageant la conversation
sur des sujets indifférents, comme si de rien n'était.
Et le délai de repos s'acheva
ainsi, dans un désappointement universel, sans le moindre incident.
... A midi, le lendemain,
l'anxiété du public se traduisit par le même désoeuvrement symptomatique. Et
l'attitude respective des personnalités en cause ne se modifia pas davantage.
Cette situation pouvait-elle
durer ? Non ! Alors le remède indiqué était d'avertir charitablement les
intéressés. Bon ! O'Skill se chargea d'agir avec énergie à l'égard du
représentant de l'île-soeur ; et les trois frères Bléhan furent délégués auprès
de leur concitoyen boulonnais, pour lui déclarer ce qu'on attendait de lui.
Dans le premier tête-à-tête aussi
bien que dans le second rassemblement, on débattit longtemps avec l'éloquence
des mots et celle des gestes. La discussion ne se termina, de part et d'autre,
que sur les réclamations prématurées et fébriles des spectateurs. Dès qu'ils
revinrent en arrière, Bléhan II et Bléhan III furent très entourés. Pour
O'Skill et Bléhan I, retirés ensemble intraitablement à l'écart, ils se
communiquaient des appréciations cordiales mais sérieuses, à en juger par leurs
mines.
Sur ces entrefaites, Bonchon et
Grutch avaient commencé à se promener, en sens inverse, suivant toute l'étendue
de la cour. Contemplant avec fixité leur ligne de bitume parallèle, ils ne
distribuaient aucun regard ni entre eux ni de quelque côté que ce fût. Bonchon
allait, les mains plaquées sur les poches de ses chausses comme s'il eût craint
de laisser fuir par ces fentes un des morceaux de charbon dont il semblait
bâti. De temps en temps, Grutch s'occupait très gravement à parcourir une série
d'espaces à pieds joints, par des bonds saccadés de kanguroo, en remuant sa
tête minuscule qui reniflait la brise...
Ah çà ! dans un pareil moment, à
quoi songeaient donc Bonchon et Grutch ?... Si, du moins, ils eussent échangé
quelques invectives ou contracté leurs traits par une expression d'hostilité
mutuelle, la galerie eût peut-être prouvé plus indulgemment sa patience... Mais
nul signe précurseur de bonnes dispositions, ni chez Grutch ni chez Bonchon !
Sans le moins du monde réussir à les échauffer, les ardents rayons de
quatre-vingt-six paires de prunelles convergeaient vers eux !...
A la longue, des attroupements,
dont quelque énergumène était le centre, se formèrent aux quatre coins de la
cour. Les plus surexcités étaient Azor et Jean. Pour écouter tour à tour ces
brillants péroreurs, les petits franchissaient la distance dans un galop
diagonal. Le Haïtien avait mis à nu son bras noir pour y indiquer la place où
l'avait mordu jadis un chien de Port-au-Prince «g'and comme un lion» ; et afin
de mieux faire comprendre comment il avait terrassé ce fauve domestique, Jean
se démenait dans une espèce de bamboula dont l'énergie stupéfiait son
entourage. De son côté, le Polonais décrivait l'héroïque contenance qu'un de
ses oncles avait su opposer aux violences d'un seigneur lithuanien ; et il
faisait le simulacre de se décocher à lui-même cent coups de poing dans la face
sans y laisser tressaillir un muscle ni même cligner.
... Tout à coup, le Principal
apparut sur le perron de son cabinet ; et, par des gestes sévères et démonstratifs,
il rappela à la réalité Bonchon qui se précipita sur la corde de la cloche, en
s'efforçant de racheter son inexactitude par sa vigueur.
Cette fois, tout le personnel des
élèves murmurait en réintégrant les salles de travail...
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